Depuis le 1er juillet, Amina Nichols dirige plus de 250 agents au sein de la circonscription de Longwy-Villerupt et du district Nord de Meurthe-et-Moselle. Une nouvelle étape pour cette Martiniquaise entrée très jeune dans la police, passée par la police aux frontières, la voie publique, le judiciaire, la formation et le renseignement avant de devenir commissaire. Un parcours construit sans véritable plan de carrière, mais guidé depuis l’adolescence par une même envie : servir son pays, progresser et ne jamais s’installer trop longtemps dans sa zone de confort. Pour Outremers360, elle revient sur ce parcours fait de convictions, de rencontres et d’opportunités saisies.
Maintenir le cap
À 46 ans, Amina Nichols compte déjà vingt-neuf années dans la police. Gardienne de la paix, officier, puis commissaire ; la police aux frontières, la voie publique, le judiciaire, la formation, le renseignement… Pourtant, elle récuse l’idée d’une trajectoire programmée. Son moteur est ailleurs : une envie de servir, très tôt chevillée au corps, et cette conviction qu’il existe presque toujours un chemin pour atteindre ses objectifs.
Cette vocation, elle l’a très tôt. En Martinique, elle n’a que 17 ans lorsqu’elle sait déjà qu’elle veut entrer dans la police. L’insularité n’est pas étrangère à ce choix. À l’époque, partir dans l’Hexagone apparaît souvent comme une condition pour trouver des débouchés professionnels. Mais elle n’a aucune envie de quitter son île. La question des migrations l’interpelle alors : pourquoi certaines personnes sont-elles contraintes de partir de chez elles ? C’est notamment cette interrogation qui la conduit vers la police aux frontières. Avec, déjà, cette même motivation : « l’envie de servir le pays ».
Elle passe presque dans le même temps son baccalauréat et le concours de gardien de la paix, et réussit les deux. Mais avant de pouvoir intégrer l’école de police, elle doit patienter une année. Qu’à cela ne tienne : elle s’inscrit en droit à l’université des Antilles-Guyane. Puis vient l’école de police de Draveil, dans l’Essonne. Une fois en poste, elle poursuit ses études de droit, cette fois à la Sorbonne, en suivant ses cours le soir. Plus tard, elle passera le concours d’officier, puis celui de commissaire.
« Je ne suis jamais restée dans ma zone de confort et c’est ce qui m’a permis, à chaque fois, d’avancer. » Elle assure pourtant n’avoir « jamais eu véritablement de projet de carrière ». Ce qui tient lieu de boussole est ailleurs : le travail, la persévérance, l’envie d’apprendre et cette capacité à saisir une opportunité sans perdre de vue ce qui l’anime profondément.
Longwy, un nouveau terrain à apprivoiser
À peine sortie de l’École nationale supérieure de la police, Amina Nichols prend, le 1er juillet, sa première affectation comme commissaire. Direction Longwy et le nord de la Meurthe-et-Moselle, un territoire qu’elle ne connaît pas encore. Avant son arrivée, les mises en garde se ressemblent toutes : « Attention, il fait froid ! » La Martiniquaise, passée aussi par le Nord et le Pas-de-Calais, en sourit. Elle débarque finalement en pleine période caniculaire et retient surtout : « l’accueil très chaleureux » de ses équipes.
Mais, le défi est bien réel. À la tête de la circonscription de Longwy-Villerupt et du district Nord, elle dirige plus de 250 agents répartis sur trois circonscriptions, Longwy, Briey et Conflans. Son rôle est à la fois opérationnel et managérial : donner l’impulsion, fixer les priorités, organiser la vie du commissariat, suivre les dossiers importants et assurer le lien avec la préfecture, la sous-préfecture et sa direction interdépartementale. À cela s’ajoute toute la gestion quotidienne d’un service de cette taille : effectifs, mutations, départs à la retraite, organisation interne.
Une responsabilité nouvelle, Amina Nichols se retrouve une nouvelle fois là où elle semble le plus à l’aise : dans un environnement qu’elle doit encore apprivoiser.
« La police est à l’image de sa population »
Amina Nichols revendique avant tout un attachement intact au terrain. Elle a commencé en police de proximité, à une époque où elle parcourait les rues à pied, saluait les commerçants et échangeait avec les associations de quartier. De cette expérience, elle a conservé une certitude : « connaître la population permet aussi de mieux agir. »

Elle porte sur la police un regard résolument incarné. Parce qu’elle y est entrée il y a près de trente ans, elle a vu l’institution se transformer. « Les profils se sont diversifiés, les femmes y sont désormais plus présentes. » Plus largement, elle aime rappeler que « la police est à l’image de sa population ».
Suivre sa bonne étoile
Amina Nichols ne croit pas vraiment aux trajectoires toutes tracées. Elle croit davantage aux opportunités, encore faut-il savoir les voir et les saisir. « On s’impose nos propres limites », résume-t-elle. Une conviction qui traverse tout son parcours : ne pas se fermer de portes, accepter de sortir de sa zone de confort et avancer sans se laisser arrêter par la peur de l’échec. « Je me conditionne au succès. Tout ce que je risque, c’est de réussir. »
Cette confiance, elle la doit aussi à l’institution dans laquelle elle a grandi professionnellement. « La police m’a tout donné », dit-elle, évoquant autant les métiers exercés que les rencontres, la solidarité entre collègues et cette impression d’avoir pu évoluer sans jamais se renier.
Elle tient aussi à nuancer l’image parfois négative renvoyée de la police. Entre ce qui est visible et ce qui se vit au quotidien, elle voit un décalage. Sur le terrain, assure-t-elle, les policiers sont le plus souvent bien accueillis. « On reçoit ce qu’on donne : de la considération, de la bienveillance, parfois même des lettres ou des chocolats pour dire merci. »
Pour Amina Nichols, servir n’a jamais été une simple étape de carrière. C’est le fil qui les relie toutes. « Si je réussis à convaincre ne serait-ce qu’une seule personne que la police est un bon choix de carrière, j’aurai réussi. »

