Plateau des Guyanes : Face à l’orpaillage illégal, aux appétits de la Chine et des États-Unis, la France doit développer sa coopération régionale, estime un rapport sénatorial

Plateau des Guyanes : Face à l’orpaillage illégal, aux appétits de la Chine et des États-Unis, la France doit développer sa coopération régionale, estime un rapport sénatorial

Mercredi 7 janvier, les sénateurs Cédric Perrin, Olivier Cigolotti et Etienne Blanc ont présenté les conclusions du rapport « Plateau des Guyanes : affirmer la France comme un acteur régional clé ». Les sénateurs ont dressé 20 recommandations, notamment approfondir la coopération régionale, accentuer l’efficacité des actions menées dans le cadre de la lutte contre la criminalité en Guyane et renforcer le partenariat avec le Guyana. 

Dans le prolongement des travaux menés il y a plus de deux ans sur le Plateau des Guyanes, le bureau de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées a décidé de conduire une nouvelle mission dans la région, confiée aux sénateurs Cédric Perrin (LR, Territoire de Belfort), Olivier Cigolotti (Les Centristes, Haute-Loire) et Etienne Blanc (LR, Rhône).

Seul État européen présent dans la région à travers la Guyane, « notre pays partage (…) les formidables atouts, mais également les défis propres à cette région », bien que « l’Amérique du Sud a longtemps constitué un angle mort de la diplomatie française », note le rapport. « La France doit par conséquent se donner les moyens de devenir un acteur régional clé, en développant la coopération avec ses voisins et en réaffirmant sa souveraineté ». 

La mission visait en premier lieu à identifier les leviers possibles de renforcement des relations bilatérales entre la France et le Guyana, « alors que notre pays a ouvert une ambassade à Georgetown en septembre 2025, devenant ainsi le premier État membre de l’Union européenne à disposer d’un tel niveau de représentation dans ce pays » qui possède « la plus forte réserve pétrolière par habitant au monde », et enregistre ces dernières années « la plus forte croissance » sur la planète.

D’après les estimations du Fonds monétaire international (FMI), « le Guyana pourrait se hisser au premier rang mondial d’ici 2030, devant Singapour, le Luxembourg et le Qatar », indique le LR Étienne Blanc. « Il est extrêmement important pour la France d’être présente, compte tenu de cette réussite financière et économique, qu’on attend dans les prochaines années », ajoute-t-il. 

Ce dynanisme offre « une opportunité majeure pour nos entreprises » assument les sénateurs. « Par ailleurs, le renforcement de la coopération avec nos voisins, dont le Guyana, est indispensable pour lutter efficacement contre les activités illicites en Guyane, en grande partie « importées » ». Selon les sénateurs, le chiffre d’affaires lié à l’orpaillage illégal en Guyane s'élèverait à 1,2 milliard d’euros chaque année.

Un « montant volé à la France » bien au-dessus des 50 millions d’euros de l’orpaillage légal.  Le chiffre d'affaires de l’orpaillage illégal est « ensuite exploité notamment par la Chine, via le Suriname », explique Cédric Perrin. « Les ressources aurifères sont prises en mains par des comptoirs chinois qui vendent à crédit les produits nécessaires à l’extraction illégale », abonde son collègue, Olivier Cigolotti.

Les trois sénateurs recommandent notamment, pour lutter contre l’orpaillage illégal et la criminalité qui en découle, de renforcer les contrôles aux frontières, de développer rapidement l’extraction légale afin d’exploiter pleinement le potentiel aurifère de la Guyane, ou encore poursuivre « la montée en puissance » des Forces armées en construisant des logements et en facilitant la scolarisation des enfants de militaires.

Une lutte qui doit aussi passer par des leviers économiques et de coopération avec le Guyana, pour « valoriser l’expertise française et renforcer la compétitivité sur ce marché », en « encourageant les entreprises françaises à mettre en avant des offres globales, intégrant notamment des volets de formation et de maintenance ». L’idée : concurrencer les conditions de financement proposées par la Chine ou l’Inde auprès du Guyana.

Les sénateurs recommandent aussi de « faire de la diplomatie économique une priorité pour la nouvelle ambassade de France au Guyana, en poursuivant et renforçant les efforts déjà engagés afin de soutenir les entreprises françaises dans l’identification et l’exploitation des opportunités offertes par ce pays ». Ils proposent aussi de « relancer le gouvernement guyanien sur le projet de convention judiciaire, visant notamment à faciliter le retour des détenus guyaniens arrivant en fin de peine dans les établissements pénitentiaires de Guyane ».

Dans le prolongement de la dernière édition du dialogue stratégique du plateau des Guyanes, les sénateurs appellent à étudier « les possibilités de partage d’informations avec le Guyana afin de renforcer la coopération opérationnelle avec ce pays ». Ils appellent aussi à « faire aboutir le projet de création d’une zone de biodiversité protégée avec la mise en réseau du parc amazonien de Guyane et du parc national des montagnes du Tumucumaque », et à « créer un centre de coopération policière et douanière (CCPD) à Saint-Laurent du Maroni ».

Dernières recommandations des sénateurs : doter la nouvelle ambassade de France au Guyana d’une section consulaire lui permettant la délivrance de visas pour la France. L’ouverture d’une ligne aérienne entre Georgetown et Cayenne permettrait aussi de dynamiser les échanges, estime pour sa part Cédric Perrin. 

Impossible d’évoquer le Plateau des Guyanes en passant à côté de la situation au Venezuela, voisin du Guyana, et qui en 2024 n’a pas caché ses appétits sur la région guyanienne de l’Essequibo. Un territoire que Nicolas Maduro, capturé par les États-Unis samedi 3 janvier, considère comme vénézuélien. « Le soutien des Américains au Guyana ne s’est jamais démenti, ni sous l‘administration Biden, ni sous celle de Trump », rappelle Olivier Cigolotti, pour qui les derniers événements « changent la donne ». « Reste à voir si le principal prédateur du Guyana ne deviendra pas les États-Unis », ajoute-t-il.

Le rapport complet ici