La ville de Montrouge a commémoré ce jeudi 8 janvier la policière municipale Clarissa Jean-Philippe, originaire de Martinique, victime des attentats terroristes de janvier 2015. Même onze ans après, « la peine demeure intacte, silencieuse, toujours présente ».
« Il y a 11 ans, jour pour jour, le 8 janvier 2015, Clarissa Jean-Philippe était assassinée ici même alors qu'elle accomplissait sa mission de policière municipale. Onze ans ont passé, mais le temps n'efface ni la douleur ni l'absence. Des années passent, mais la peine demeure intacte, silencieuse, toujours présente » a déclaré le maire de cette ville proche voisine de Paris, Étienne Lengereau.
Ce 8 janvier 2015, alors que la France et le monde était sous le choc de l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, la jeune policière municipale intervient sur un banal accident de la route, avenue Pierre Brossolette, qui marque la frontière entre Montrouge et Malakoff, quand le terroriste islamiste Amedy Coulabaly l’assassine. Le lendemain, il poursuit sa cavale meurtrière à Vincennes, où il commet la prise d’otage de l’Hyper Casher, entraînant la mort de plusieurs personnes.
« Clarissa avait 26 ans. Elle avait la vie devant elle. Elle avait choisi de servir, servir les autres, les protéger, servir son pays. Elle avait rejoint la police municipale de Montrouge le 15 octobre 2013 comme stagiaire. Elle devait recevoir son diplôme le 12 janvier 2015, quelques jours seulement après ce 8 janvier tragique, avant d'être titularisée » rappelle encore le maire, qui pour marquer les 10 ans des attentats de janvier 2015, avait rebaptisé l’an dernier l’hôtel de Police municipale de Montrouge à son nom.
« Clarissa fait désormais partie de l'histoire de Montrouge et qu'elle y restera. Son nom résonne ici, à Montrouge, sur l’avenue de la Paix-Clarissa Jean-Philippe, mais aussi bien au-delà de ville. Il résonne à Carrières-sous-Poissy, où elle vivait, à Sainte-Marie, en Martinique, sa terre d'origine, mais aussi à Paris, à Fécamp, à Toulouse et dans bien d'autres communes qui ont choisi, elles aussi, de faire vivre sa mémoire en donnant son nom à une rue ou à un bâtiment public », a ajouté Étienne Lengereau.
« Son prénom, Clarissa, évoque la lumière, une lumière qui ne s'est pas éteinte, une lumière qui demeure dans nos dans nos cœurs » a-t-il poursuivi, soulignant aussi la mémoire de la mère de la jeune policière, « Marie Louisa, qui nous a quittés », et « la douleur immense que cette famille a traversée et qu'elle traverse encore ». « Clarissa est tombée parce qu'elle incarnait la République, parce qu'elle la servait, parce qu'elle la protégeait », a conclu l’édile francilien.
Côté gouvernement, c’est Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, qui a pris la parole. « Ce matin-là, Clarissa intervenait pour une mission ordinaire, celle que les forces de sécurité accomplissent chaque jour avec professionnalisme », a-t-elle déclaré. « Elle n'était pas sur une scène de guerre, elle n'était pas en opération antiterroriste, elle faisait simplement son métier : protéger, sécuriser, servir », incarnant aux yeux de la ministre « l'engagement et la jeunesse ».
« Elle incarnait ces femmes et ces hommes qui ont choisi de consacrer leur vie à la protection des autres. Aujourd'hui, 11 ans plus tard, nous en aurons son souvenir parce que son nom demeure, parce que son sacrifice demeure », a-t-elle ajouté. « En assassinant Clarissa Jean-Philippe, c'est notre modèle de sécurité, notre République, notre cohésion nationale qui ont été attaquées (…). Aucune parole ne peut combler l'absence. Aucun hommage ne peut réparer l'injustice. Mais la République n'oublie pas : Clarissa Jean-Philippe est morte pour la France ».
La ministre a profité de cette commémoration, « moment de vérité et de responsabilité », pour défendre le bilan du pays contre le terrorisme. « Depuis 2015, notre pays a renforcé ses capacités de renseignement, de prévention, de détection, de neutralisation. Des attentats sont déjoués 93 depuis 2012, 62 depuis 2007. Des réseaux sont démantelés, des individus radicalisés sont surveillés, judiciarisés, expulsés, parce que la loi le permet. Cette fermeté est une nécessité et une exigence vis-à-vis de celles et ceux comme Clarissa, qui portent un uniforme et vis-à-vis de chacun de nos concitoyens ».
Comme chaque année, la maire de la commune voisine de Malakoff, de nombreux élus et parlementaires, à la fois de la circonscription, du département des Hauts-de-Seine et de la Région Île-de-France participent à cette commémoration. José Althey, président de l'Association nationale des élus des Outre-mer ainsi que Daniel Dalin, président du Crefom, ont aussi fait le déplacement. Seule représentante de la famille, Suzanne Alcindor, tante de Clarissa Jean-Philippe.
« Il y a toujours de la tristesse » a-t-elle confié à l’issue de la cérémonie. « C'est un grand vide, même si ça fait déjà 11 ans » ajoute Suzanne Alcindor qui depuis le décès de la mère de Clarissa Jean-Philippe fin 2024, fait en sorte d’être présente à chaque commémoration : « Je lui avais fait une promesse d'être présente, même quand elle était là. J'ai du mal à m'empêcher de ne pas venir, surtout qu'elle n'est plus là pour représenter sa fille ».
Pour Suzanne Alcindor, ces commémorations annuelles sont « importantes ». « À un moment, je me disais qu'il fallait la laisser se reposer, laisser sa mémoire, mais après, je me dis, je pense que là-bas, en Martinique, ça leur fait du bien peut-être de voir les reportages » de ces commémorations à Montrouge. Enfin, parmi les quelques citoyens présents, Serge Éliette, qui n’est ni de la famille ni des proches de Clarissa Jean-Philippe, était là, comme à chaque commémoration depuis 11 ans, avec sa pancarte « Je suis Clarissa ».























