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Martinique : L’accord-cadre sur l’évolution institutionnelle dénoncé par le monde économique et le RN
©RCI Martinique / Outremers360

Au lendemain de la signature d’un accord-cadre entre l'État et la Collectivité Territoriale de Martinique, le collectif « Martinique Économique » dénonce un manque de concertation et de visibilité. De son côté, le Rassemblement national dénonce « un coup de force inacceptable ».

Au lendemain de la signature surprise de l’accord entre la Ministre des Outre-Mer, Naïma Moutchou et Serge Letchimy ce mercredi (1er juillet), le président du conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique, le monde économique réagit. Réunis sous l’appellation « Martinique Économique », l’ensemble des organisations représentatives ont déploré ce jeudi une fuite en avant, qui ne correspond pas aux besoins actuels du territoire.

Des interrogations et un besoin de visibilité

Au-delà du fond, ils dénoncent aussi la forme et l’absence de concertation avec les acteurs économiques. Pour ces derniers, ce nouveau virage lance une nouvelle période d’instabilité dans un contexte déjà difficile, après 10 années de Collectivité Territoriale de Martinique. Les organisations estiment qu'il est nécessaire d'apporter une solution aux problèmes de l’eau, des déchets, du transport avant d’aller plus loin. 

Pour Catherine Rodap, présidente du Medef Martinique, il n’y a donc pas de blanc-seing du monde économique à cet accord-cadre. Elle demande une étude d’impact : « Cet accord-cadre, signé entre l’État et la Collectivité Territoriale de Martinique, suscite de nombreuses interrogations et inquiétudes. Où sont les études d’impact économique, juridique et social indispensables pour nous donner de la visibilité ? Quelle fiscalité locale supplémentaire va s'ajouter aux taxes nationales ? Quelles sont les garanties pour le maintien de la solidarité nationale en matière fiscale ? Pour l'instant, c'est le flou total. Quel sera le gain réel pour la population ? Les Martiniquais auront-ils un accès facilité à l'emploi et au logement ? Nos jeunes pourront-ils entreprendre plus aisément ou auront-ils simplement envie de revenir au pays ? Qu’est-ce qui va concrètement s’améliorer pour notre territoire ? Ce sont des questions légitimes qui restent sans réponse. En tant qu'acteurs économiques, nous aurions dû participer à l'élaboration de cet accord plutôt que de le découvrir après coup. Nous exigeons cette étude d'impact afin de construire une véritable valeur ajoutée pour l'île. Au fond, une question centrale se pose : les Martiniquais sont-ils prêts à accorder davantage de pouvoir à leurs élus ? ». 

« Nous dénonçons fermement cette méthode »

Très inquiet, Charles Larcher, président de l’AMPI Martinique, estime, de son côté, que la façon dont le gouvernement et la CTM ont décidé d’agir crée une rupture avec le monde économique : « Nous avons découvert cet accord-cadre en même temps que l'ensemble des Martiniquais. Nous regrettons profondément de ne pas avoir été consultés en amont et nous dénonçons fermement cette méthode à laquelle nous sommes opposés. La CTM est une institution nouvelle créée il y a dix ans ; nous estimons qu’un bilan de cette décennie est un préalable obligatoire à toute évolution institutionnelle. Nous le devons aux entreprises et aux citoyens de la Martinique. Analysons la situation selon des critères objectifs : le transport, la gestion de l'eau ou le traitement des déchets se sont-ils améliorés ? Le développement du territoire est-il plus performant ? Nos jeunes restent-ils ici et la population a-t-elle augmenté ? La réalité actuelle de notre territoire est dégradée, marquée par le narcotrafic, les violences et un chômage qui repart à la hausse. La signature de cet accord, qui ne figurait pas au programme initial de la ministre, ne fait que nous plonger dans une période d'incertitude. Or, le flou est l’ennemi du développement économique. Pour investir et embaucher, un chef d'entreprise a besoin de visibilité et de confiance. Ce qui s'est produit marque une rupture de confiance majeure entre le monde politique et le monde économique ».

Lire aussi : Évolution institutionnelle de la Martinique : l'accord-cadre entre l'État et la Collectivité territoriale officiellement signé

Pour Cédric Wallé-Clerc, président de Contact Entreprises, c’est l’évolution statutaire elle-même qui est une erreur. Il explique y être « opposé » alors que beaucoup de choses ne fonctionnent pas aujourd'hui, y compris la CTM elle-même. Une rencontre est prévue ce vendredi matin (2 juillet) entre le monde économique et la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou. Cette question sera notamment au centre des discussions.

L’accord-cadre a aussi fait réagir dans l’Hexagone, et notamment au Rassemblement national. Dans un communiqué, le député européen et référent Outre-mer du parti André Rougé dénonce « un coup de force inacceptable » et un texte qui « est paraphé dans des conditions qui bafouent les principes démocratiques les plus élémentaires ».

« La cérémonie de signature de cet accord n’a même pas été inscrite au programme officiel de la ministre » relève André Rougé, fustigeant une « stratégie du secret » qui « trahit la fébrilité du gouvernement et des exécutifs locaux, conscients de l'illégitimité de leur démarche ». Or pour André Rougé, « les derniers sondages d'opinion confirment en effet qu'une majorité claire de la population continue aujourd’hui de rejeter l'autonomie, comme elle l’avait déjà fait lors de la consultation de 2010 ».

Selon un sondage ETOM commandé par le MoDem en août 2025, « 56 % des sondés déclarent vouloir préserver les relations avec la France dans leur état actuel. Cette majorité demeure toutefois relative, puisque 44 % expriment des doutes ou une préférence pour une évolution. La société martiniquaise apparaît ainsi profondément partagée sur la question ». 

« A neuf mois des élections présidentielles, un président de la République en fin de mandat et un gouvernement sans majorité n’ont plus la légitimité requise pour altérer l’architecture institutionnelle de la République » estime encore André Rougé. 

Avec RCI Martinique