À l’occasion du 86ème Congrès HLM de l’Union sociale pour l’habitat (USH) qui se tiendra à Bordeaux du 22 au 24 septembre 2026, cet organisme vient de réaliser une étude présentant les orientations stratégiques de l’habitat social ultramarin d’ici à 2032. Dans ces territoires, le logement social est appelé à affirmer davantage son rôle de levier de transformation. La diversification de l’offre, l’amélioration de la qualité et des performances, la fluidification des parcours résidentiels, la résorption de l’habitat indigne et informel, ainsi que le renforcement de l’ingénierie locale constituent autant de priorités destinées à accompagner les évolutions en cours.
Antilles-Guyane : en Guadeloupe, 16 500 ménages sont en attente d’un logement social (LS), sous la double contrainte du vieillissement rapide du parc et du dérèglement climatique affectant le territoire. Pour l’USH, les mesures prioritaires visent à accélérer la mise à niveau des réseaux d’eau et d’assainissement, à renforcer le soutien financier aux collectivités locales afin de relancer les opérations d’aménagement indispensables au développement du LS, à accompagner l’évolution des métiers du BTP par l’acquisition de nouvelles compétences — via des formations adaptées aux exigences techniques et environnementales — et à développer des résidences autonomie ainsi que des solutions d’habitat inclusif, en partenariat avec les collectivités et les acteurs médico‑sociaux.
« La Guyane connaît une situation hors norme, marquée par une forte croissance démographique et une population très jeune, dans un contexte où plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté », observe l’USH. « Plus de 17 000 ménages sont en attente d’un logement, alors que le marché privé reste peu accessible. Les besoins sont considérables (45 000 LS à produire en dix ans) alors que l’habitat informel progresse rapidement ». L’étude préconise notamment de développer une offre de logements adaptée aux réalités démographiques, sociales et climatiques de la Guyane, d’accélérer la résorption de l’habitat informel — qui compte plus de 40 000 constructions et progresse plus rapidement que la production de logements structurés — et de mobiliser le foncier public en facilitant les transferts de terrains afin de soutenir la réalisation de nouveaux programmes de logement.
En Martinique, 15 800 ménages sont en attente de LS, alors que les coûts de construction augmentent dans ce territoire. L’USH recommande dans ce contexte de faciliter l’acquisition, par les bailleurs sociaux, de logements privés arrivant en fin de défiscalisation afin de prévenir la dégradation des copropriétés ; d’adapter les bâtiments aux contraintes climatiques du territoire pour renforcer leur durabilité ; d’ajuster les logements aux besoins liés au vieillissement de la population, notamment en matière d’accessibilité et de maintien à domicile ; de mobiliser les logements vacants situés en centre‑bourg ; et de renforcer l’ingénierie locale pour accompagner plus efficacement les opérations de réhabilitation et de revitalisation.
.jpg)
Océan Indien : « La Réunion fait face à une pression croissante sur le logement : plus de 51 000 ménages en attente d’un logement social », relève l’étude. D’après celle-ci, il faudrait atteindre une production annuelle de 5800 logements d’ici 2050, en intégrant une part significative de logements à faible loyer pour répondre progressivement à la demande ; anticiper le vieillissement de la population en développant des logements adaptés et en favorisant le maintien à domicile ; poursuivre la rénovation du parc social ancien ; résorber les situations d’habitat dégradé dans le parc privé — qui concernent près de 18 000 logements — et renforcer la résistance du bâti face aux conditions climatiques locales.
Mayotte se caractérise par une crise du logement accentuée par les catastrophes climatiques récentes et une croissance démographique soutenue. Les besoins sont estimés à au moins 2000 logements par an, dans un contexte marqué par une forte pression foncière, des coûts de construction élevés et des infrastructures insuffisantes. L’USH souligne entre autres l’importance de « garantir le relogement adéquat des populations victimes des catastrophes climatiques comme Chido et Dikeledi ; de promouvoir des constructions durables, adaptées aux contraintes climatiques, sismiques et aux conditions locales ; de structurer la filière BTP et soutenir les compétences locales via des formations ; d’accélérer la mobilisation et la régularisation du foncier, notamment via les dispositifs récents comme la Commission d’urgence foncière ; et d’accélérer l’opération « du bidonville au logement » pour résorber l’habitat informel ».
.jpg)
Océan Pacifique : La Nouvelle‑Calédonie traverse une crise économique et sociale sans précédent, se traduisant par une vacance importante du parc de logements, un niveau élevé d’impayés et une fragilisation financière du secteur. Aussi, l’enjeu des prochaines années ne réside plus dans une production massive, mais dans la réhabilitation, le rééquilibrage et l’adaptation du parc existant aux réalités démographiques et territoriales ainsi qu’aux besoins des populations. Les principales préconisations de l’étude sont de sécuriser l’écosystème de l’habitat — en particulier le secteur du BTP — grâce à une programmation pluriannuelle du financement du logement social néo‑calédonien ; créer un fonds de garantie des impayés afin de stabiliser les recettes locatives ; renforcer la lutte contre la vacance locative par des opérations de reconversion du parc ; ainsi que clarifier la répartition des compétences entre l’État, le gouvernement de la Nouvelle‑Calédonie, les provinces et les communes.
En Polynésie, « l’offre de logement reste insuffisante au regard des besoins de la population, dans un contexte où la rareté du foncier mobilisable, les surcoûts inhérents à l’insularité et les effets croissants du changement climatique contraignent durablement la production », déplore l’USH. Elle propose donc, notamment, de mobiliser le foncier disponible et valoriser les logements vacants ; diversifier la production, notamment par le développement du logement intermédiaire ; renforcer la prévention des expulsions locatives afin de sécuriser les parcours résidentiels des ménages ; et développer l’offre de logements accompagnés pour répondre aux situations d’urgence et de précarité ainsi que des solutions pérennes pour les jeunes et les étudiants.
PM
À lire ► Patrick Lecurieux Durival élu à la tête de l'Union sociale pour l'habitat Outre-mer (USHOM)

