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Le Bureau de recherches géologiques et minières consacre une large partie aux Outre-mer dans son rapport annuel 2025
Cratère Napoléon, volcan de la Soufrière (Guadeloupe) ©BRGM/C. Jacson

Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) du Service géologique national vient de publier son rapport pour l’année 2025. Certains territoires ultramarins y sont mentionnés en détail : géophysique et sismologie à Mayotte, potentiel de ressources minérales en Guyane, géothermie en Guadeloupe, hydrogène naturel et énergie décarbonée en Nouvelle-Calédonie, ainsi que restauration des fonctions écologiques des sols et protection des eaux souterraines à La Réunion. Tour d'horizon. 

Le document du BRGM consacre une large partie à Mayotte. Depuis l’éruption du volcan sous‑marin Fani Maoré, en mai 2018, l’archipel fait l’objet de recherches approfondies afin d’améliorer la compréhension des processus géologiques associés. Lancé en février 2020, le projet COYOTES porté par le BRGM a permis de produire des connaissances essentielles en géologie, géophysique, géodynamique et sismologie. « COYOTES visait à combler le besoin de connaissances sur le sous-sol du canal Nord Mozambique – où se trouve l’archipel des Comores dont fait partie Mayotte – et les événements passés, à l’échelle régionale comme locale, afin de comprendre le contexte de la crise sismo-volcanique en cours et de mieux contraindre l’évaluation des aléas », observe Isabelle Thinon, chercheuse géologue et géophysicienne spécialisée dans les domaines maritimes, interviewée dans le rapport.

L’enregistrement des phénomènes sismiques, associé à des prélèvements de sédiments et de roches réalisés à terre comme en mer, a favorisé la constitution d’un ensemble important de données. Ces dernières ont permis de déterminer la profondeur et la morphologie des fonds marins, à décrire l’architecture du sous‑sol, à identifier les failles, les glissements de grande ampleur, les édifices volcaniques, ainsi qu’à préciser la nature, l’origine et l’âge des événements volcaniques. Leur interprétation a donné lieu à une série d’ateliers réunissant géologues, géophysiciens, sismologues, sédimentologues, structuralistes, géochimistes et volcanologues. Le projet COYOTES a notamment produit la première image sismique révélant l’architecture interne de Fani Maoré.

« Ce sont autant de connaissances régionales qui alimentent des discussions au sein du Réseau de surveillance volcanologique et sismologique de Mayotte (REVOSIMA) mis en place en 2019, que le BRGM copilote avec l’Institut de physique du globe de Paris », relève le Service géologique. Des travaux ont déjà été initiés par le Programme national de recherche sur les risques (PEPR Irima), également co-piloté par le BRGM, sur la modélisation des impacts des tsunamis qui pourraient affecter Mayotte. Par ailleurs, la construction d’un modèle géologique 3D de l’archipel a été mis en place. 

Début 2025, le BRGM a entrepris une actualisation de l’inventaire des ressources minérales du sous‑sol français. Cette initiative s’inscrit dans un contexte où la souveraineté nationale et européenne en matière d’approvisionnement en substances stratégiques constitue un enjeu majeur. Mobilisant l’ensemble des directions de l’établissement ainsi que sa filiale BRGM Explore, la démarche vise à analyser et caractériser les territoires susceptibles de contenir des ressources minérales d’intérêt économique. « Cinq zones situées dans l’Hexagone et en Guyane ont été définies comme prioritaires pour leur potentiel de découvertes. Le travail consiste tout d’abord à y acquérir, au sol et par voie aéroportée, des données géophysiques (par gravimétrie, magnétisme/spectrométrie, électromagnétisme) et géochimiques », explique le BRGM. Les campagnes de géochimie de terrain ont eu lieu de mars à décembre en Guyane.

Il y a quarante ans, le BRGM a créé la Compagnie française de géothermie (CFG) afin de répondre aux enjeux énergétiques consécutifs au premier choc pétrolier et de valoriser le potentiel géothermal majeur d’île‑de‑France. Forte d’une expertise reconnue et de compétences consolidées en gestion de projet, la CFG contribue désormais au développement de l’ensemble des filières géothermiques, en France comme à l’international. Elle a mené plusieurs programmes d’exploration à l’étranger et a participé, pendant plus d’une décennie, aux opérations de la centrale géothermique électrogène de Bouillante, en Guadeloupe.

En Nouvelle-Calédonie, le BRGM a effectué une étude pré-exploratoire sur le potentiel en hydrogène naturel, « généré par des phénomènes de serpentinisation, pour le compte du Centre du nickel - Recherche, Technologie, Environnement et Compétitivité (CNRTEC). Une production locale d’énergie décarbonée pourrait en effet contribuer à favoriser la relance de l’industrie nickélifère de l’archipel », souligne le Service géologique national. Basés sur la compilation de données existantes et la réalisation de mesures géochimiques, ces travaux ont contribué à des avancées significatives dans la compréhension du devenir des gaz en proche surface et des zones émettrices d’hydrogène. Par ailleurs, BRGM SA détient une créance sur la Société de participation minière du Sud calédonien (SPMSC), à la suite de la cession, en 2005, par le groupe BRGM, de sa participation dans le projet de Goro en Nouvelle‑Calédonie.

À La Réunion, où le potentiel de désimperméabilisation est élevé, l’enjeu consiste à améliorer l’infiltration des eaux pluviales, restaurer les fonctions écologiques des sols et protéger les eaux souterraines. Pour y répondre, la Cinor — regroupant Saint‑Denis, Sainte‑Marie et Sainte‑Suzanne — a lancé le projet ZAN Cinor, inscrit dans la démarche Zéro artificialisation nette (ZAN). « Accompagnant les collectivités dans leurs actions de désimperméabilisation, le BRGM a appliqué la méthode DésiVille qu’il avait développée sur Nantes Métropole, en l’adaptant au contexte réunionnais, en utilisant une approche multicritère hybride et en requalifiant notamment la pondération de la pente des sols. Les résultats révèlent un potentiel de désimperméabilisation important, à hauteur de 86,61 % des surfaces imperméables du territoire », précise le rapport.

Enfin, le BRGM et le ministère des Outre‑mer ont décidé de renforcer leur coopération opérationnelle. Ils s’engagent, pour une période de trois ans, à améliorer la coordination et l’efficacité des actions géologiques et environnementales menées dans les territoires ultramarins. Cette collaboration vise à répondre aux enjeux majeurs liés à la gestion des eaux souterraines, la prévention des risques naturels et anthropiques, ainsi qu’à la valorisation durable des ressources du sous‑sol.

PM

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