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La Martiniquaise, Prescillia Avenel-Delpha, directrice marketing monde du Groupe TRACE à Johannesburg, fait de l’éducation et de la culture un tremplin pour la jeunesse afro-caribéenne et africaine
© DR

De Paris à Johannesburg, en passant par la Martinique, Prescillia Avenel-Delpha a fait de l'éducation bien plus qu'une conviction personnelle : un levier d'émancipation. Aujourd'hui, basée en Afrique du Sud, directrice marketing monde de Groupe Trace, elle a piloté TRACE Academia, une plateforme qui utilise les codes du numérique et du divertissement pour favoriser l'accès à la formation, à l'emploi et à l'entrepreneuriat pour des milliers de jeunes afro-caribéens et africains. Pour Outremers360, elle revient sur son parcours, ses racines martiniquaises et son engagement en faveur de l'égalité des chances.

 

L’éducation comme boussole

A Johannesburg, où elle vit depuis neuf ans, Prescillia Avenel-Delpha parle de l'éducation avec la même émotion qu'elle évoque le parcours de ses parents. Rien d'étonnant ! D’origine martiniquaise, aujourd'hui directrice marketing monde du Groupe Trace, c'est au sein de sa famille que tout a commencé.

Dans les années 1980, ses parents, alors jeunes adultes, quittent la Martinique pour s'installer à Paris. Son père est titulaire du baccalauréat, sa mère du BEP mais tous deux partagent une certitude absolue : l'école sera la clé d'une vie meilleure pour leurs enfants. « Ils nous ont toujours répété que l'éducation était la seule chose que personne ne pourrait nous enlever », raconte-t-elle.

Cette conviction familiale devient rapidement une boussole. Élevée dans un environnement modeste, ses très bons résultats lui permettent d’intégrer une école à Neuilly-sur-Seine. Une expérience fondatrice qui lui ouvre les portes d'un autre univers social et intellectuel. « Mes parents ont fait d'énormes sacrifices. Ils voulaient nous donner accès à des opportunités qu'ils n'avaient jamais eues. Un pari tenu: son frère, lui, est avocat spécialisé en droit des charges sociales au sein d'un grand cabinet parisien.

Diplômée d'une école de commerce qu'elle finance en partie elle-même, elle se spécialise dans le marketing digital, travaille dans l'automobile, la grande consommation et les nouvelles technologies. Sa carrière semble tracée en France. Jusqu'à ce qu'une opportunité professionnelle conduise son mari en Afrique du Sud.

Elle le suit. Le couple s'installe alors à Johannesburg.

Une société fragmentée

Pour Prescillia, le choc est multiple. Elle découvre une société marquée par les inégalités héritées de l'apartheid, mais aussi une énergie entrepreneuriale qui la fascine. « J'ai rencontré des personnes qui avaient construit des entreprises en partant de rien. Malgré les difficultés, elles avançaient avec une force incroyable. »

Cette rencontre avec l'Afrique du Sud agit comme un révélateur. Peu après son arrivée, elle croise la route d'Olivier Laouchez, cofondateur martiniquais de TRACE. Visionnaire et pionnier dans la promotion des cultures afro-urbaines, Olivier Laouchez a bâti un groupe média présent dans 190 pays, convaincu que la culture, les industries créatives et le divertissement peuvent être des vecteurs puissants de transformation sociale et économique. Elle rejoint l'aventure.

À première vue, tout semble tourner autour de la musique, des artistes et du divertissement. Mais sur le terrain, une autre réalité s'impose.

Tracer le sillon

Lorsque Prescillia Avenel-Delpha rejoint TRACE il y a neuf ans, le groupe est déjà une référence des cultures afro-urbaines. Mais au contact de la jeunesse sud-africaine, elle prend conscience d'une réalité qui dépasse largement le divertissement. Dans un pays où le chômage des jeunes dépasse 50 % et où le décrochage scolaire reste massif, l'accès à l'éducation et à l'emploi demeure l'un des principaux défis sociaux. 

C'est la vision d'Olivier Laouchez qui prend la mesure du potentiel transformateur de TRACE au-delà du divertissement : et si les codes qui rendent la musique et la culture si engageantes pour la jeunesse africaine pouvaient aussi servir l'éducation, la formation professionnelle et l'entrepreneuriat ? « Nous avons compris que divertir les jeunes ne suffisait pas. Leur réussite devait devenir une priorité », explique Prescillia.

Le tournant intervient lorsque TRACE remporte un appel d'offres soutenu par la Fondation Mastercard, qui lui accorde un financement de plusieurs millions d'euros. Pour Prescillia Avenel-Delpha, c'est l'occasion de concrétiser une intuition : mettre l'expertise du groupe dans les médias et le divertissement au service de l'éducation et de l'emploi, tout en développant de nouveaux métiers liés à l'univers de l'Ed-Tech et de l'ingénierie pédagogique.

L'équipe imagine alors un nouveau modèle de « micro-learning », fondé sur la production interne de contenus courts, accessibles depuis un smartphone et adaptés aux usages des jeunes. L'objectif est de répondre à une problématique simple : de nombreuses entreprises peinent à recruter, tandis que des milliers de jeunes restent éloignés de l'emploi faute de formation adaptée. TRACE propose donc à ces entreprises de transformer leurs programmes de formation en contenus numériques attractifs. Les cours sont digitalisés, scénarisés sous forme de vidéos, enrichis de quiz interactifs et débouchent sur des certificats de compétences. 

Cette approche séduit rapidement de grands acteurs économiques et institutionnels. Des partenariats sont noués avec l'Université de Johannesburg, tandis qu'en Côte d'Ivoire, TRACE participe au lancement de formations autour de l'intelligence artificielle en collaboration avec le ministère de la Jeunesse et de l'Emploi.

« Nous avons utilisé les codes du divertissement pour rendre l'apprentissage plus accessible et plus engageant », résume-t-elle.

 Trace Academia

De cette vision naît TRACE Academia, une plateforme de formation en ligne, et désormais accessible depuis l'application Trace+ (  www.trace.plus ). Le principe repose sur des formats courts et interactifs : vidéos pédagogiques, quiz, certifications et parcours gratuits accessibles directement depuis un smartphone. L'objectif est de toucher des jeunes qui, souvent, n'ont ni les moyens financiers ni la possibilité géographique d'accéder à une formation traditionnelle.

La plateforme est conçue en partenariat avec des entreprises confrontées à des besoins réels de recrutement. Canal+, Schneider Electric, Visa, Unesco, des universités, académies et différents gouvernements participent à l'élaboration des contenus. Les formations permettent d'acquérir des compétences concrètes dans des secteurs porteurs, mais aussi de développer l'esprit entrepreneurial grâce à des programmes de mentorat, des bootcamps et des ateliers consacrés à la création d'entreprise en lien direct ou indirect avec les industries créatives et culturelles que Trace incarne depuis ses origines. 

Bootcamp TraceAcademia, Mai 2023 © DR

L'une des réussites les plus emblématiques concerne un programme développé avec Canal+. Le groupe audiovisuel cherchait à recruter des techniciens capables d'installer ses équipements "Service+" dans plusieurs pays africains. TRACE a alors entièrement digitalisé la formation pour la rendre accessible à des jeunes souvent éloignés des centres de formation et ne disposant pas des moyens financiers nécessaires pour se déplacer.

Diffusé dans treize pays africains, le programme a rapidement rencontré son public. À son issue, 37 jeunes ont bénéficié d'une formation terrain et se sont vu proposer un emploi. Un résultat dont Prescillia Avenel-Delpha reste particulièrement fière, tant il illustre la vocation de TRACE : transformer l'accès au savoir en opportunités concrètes.

« Les messages (bien au-delà de Canal+) que nous recevions étaient bouleversants. Des jeunes nous écrivaient pour nous dire qu'ils avaient retrouvé espoir ou trouvé un travail grâce à ces formations. »

Bootcamp TraceAcademia, Mai 2023 © DR

 Corriger une injustice

Pour Prescillia Avenel-Delpha, il ne s'agit pas seulement de transmettre des compétences. Il s'agit de corriger une injustice. « Le talent est universel. Les opportunités ne le sont pas. »  une conviction qui fait écho à son propre parcours, et qui guide également son engagement au sein d'ADWIN (African and African-Descendant Women Impact Network), qu'elle a cofondé aux côtés d'Élisabeth Moreno et George-Axelle Broussillon Matschinga pour accompagner les femmes africaines et afro-descendantes vers l'entrepreneuriat et le leadership à travers le mentorat. 

Sommet Africa Forward à Nairobi les 11 et 12 mai 2026 organisé par la France et le Kenya © DR

À travers TRACE, Prescillia contribue à offrir à des milliers de jeunes Africains ce que ses propres parents lui ont offert : une chance d’apprendre, de croire en soi et de construire son propre avenir.

Dans une Afrique du Sud où l'accès à l'éducation reste l'un des plus grands défis de société, Prescillia mesure le succès des actions que Trace porte au nombre de jeunes qui trouvent un emploi après une formation et de jeunes femmes qui osent entreprendre.

Prescillia Avenel-Delpha cherche avant tout à transmettre une conviction simple : il faut oser croire en ses rêves. Les obstacles et les refus ne doivent pas être perçus comme des impasses, mais comme des occasions de progresser. « Les « non » sont un moyen d'aller plus loin », affirme-t-elle. Chaque échec oblige à se réinventer, à affiner son projet et à persévérer.

L'éducation a changé sa vie. Aujourd'hui, elle s'efforce de faire en sorte qu'elle change celle des autres.