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La dette de la Collectivité territoriale de Martinique dépassera le milliard d’euros en 2026
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La Chambre régionale des comptes dresse un constat sévère sur les finances de la Collectivité territoriale de Martinique. Endettement proche du milliard d’euros, recul de l’autofinancement, délais de paiement très élevés et comptes insuffisamment fiabilisés figurent parmi les principaux points d’alerte. La CTM reconnaît la nécessité d’un redressement mais conteste certains points. Détails avec notre partenaire RCI Martinique.

 

La Chambre régionale des comptes dresse un constat préoccupant sur les finances de la CTM.

Entre 2021 et 2024, sa dette a augmenté de 28 % pour atteindre 977 millions d’euros. Selon la Chambre, elle pourrait dépasser le milliard d’euros en 2026. Dans le même temps, les dépenses progressent plus rapidement que les recettes. En moyenne, les recettes de gestion ont augmenté de 1,2 % par an, contre 2,1 % pour les dépenses.

Conséquence : la CTM dispose de moins en moins de marge financière pour rembourser ses emprunts et financer ses investissements.

Les délais de paiement se sont également fortement dégradés. Ils sont passés de 65 jours en 2021 à 131 jours en 2025, alors que le délai réglementaire est de 30 jours.

Des dépenses de personnel en hausse mais moins d'agents

Les dépenses de personnel ont également progressé. Elles sont passées de 229 millions d’euros en 2021 à 263 millions, alors que le nombre total d’agents a diminué de près de 3 %.

Cette augmentation s’explique en grande partie par des mesures nationales : revalorisation du point d’indice des fonctionnaires, progression des salaires avec l’ancienneté et les carrières ou encore garantie individuelle du pouvoir d’achat.

La masse salariale représente désormais près de 26 % des recettes de fonctionnement de la CTM, contre 23,4 % en 2021.

La structure des emplois a aussi changé : les emplois non permanents ont fortement diminué tandis que le nombre d’agents sur des emplois permanents a légèrement augmenté, avec notamment davantage de contractuels.

Des comptes encore difficiles à fiabiliser

La Chambre ne s’intéresse pas seulement au niveau de la dette. Elle relève aussi plusieurs problèmes dans la tenue des comptes.

L’un des exemples les plus marquants concerne le patrimoine de la CTM. Un écart de 6,99 milliards d’euros existe entre la valeur des biens enregistrés par le comptable public et l’inventaire tenu par la Collectivité.

Cela ne signifie pas que 6,99 milliards d’euros « manquent ». Cet écart montre surtout que les deux inventaires ne correspondent pas et doivent être remis à jour.

La Chambre relève également 14,8 millions d’euros de sommes restant à recouvrer, 30,5 millions d’euros de retenues de garantie qui doivent être régularisées et des provisions jugées insuffisantes.

Plusieurs de ces problèmes avaient déjà été signalés lors d’un précédent contrôle.

183,2 millions d’euros de dette envers la CAF

Autre dossier important : la dette de la CTM envers la Caisse d’allocations familiales, liée notamment au financement du RSA et du RSO.

Son montant atteint 183,2 millions d’euros au 31 décembre 2024.

La CTM reconnaît cette dette et s’est engagée à la rembourser. Elle conteste toutefois la manière dont la Chambre l’a prise en compte dans certains calculs.

La Collectivité explique que 122,5 millions d’euros avaient déjà été enregistrés dans ses comptes en 2024. Selon elle, il ne faudrait donc ajouter que les 60,7 millions d’euros restant à comptabiliser, afin d’éviter de compter deux fois une partie de la dette.

La CTM et la Chambre ne font pas exactement les mêmes calculs

Le désaccord porte notamment sur la capacité d’autofinancement. Concrètement, cet indicateur permet de savoir combien d’argent il reste à une collectivité une fois ses dépenses courantes payées, notamment pour rembourser sa dette ou financer des investissements.

Dans sa synthèse, la Chambre estime que cet autofinancement, après corrections, devient négatif dès 2022.

La CTM conteste cette lecture et estime qu’il reste positif jusqu’en 2024 selon certains calculs. Elle reconnaît toutefois que sa situation s’est fortement dégradée.

Selon ses propres chiffres, une fois le remboursement du capital de la dette pris en compte, sa capacité financière devient négative en 2023, à -9 millions d’euros, puis tombe à -38,3 millions en 2024.

Sur le fond, Chambre et Collectivité s’accordent donc sur un point : un redressement est nécessaire.

Quinze recommandations formulées

La Chambre régionale des comptes adresse 15 recommandations à la CTM.

Elles concernent notamment la mise à jour de son patrimoine et de ses comptes, la gestion de ses provisions, la prise en compte de l’ensemble de ses dettes et engagements ou encore l’amélioration de sa trésorerie.

La Chambre demande aussi une meilleure programmation des investissements, afin que la CTM ne lance pas davantage de projets qu’elle ne peut réellement financer.

Elle souhaite également une meilleure maîtrise des délais de paiement et des fonds européens.

La CTM assure qu’elle mettra en œuvre l’ensemble de ces recommandations.

Près de 75 millions d’euros de mesures déjà engagées

L’exécutif territorial rappelle qu’un plan d’économies et d’amélioration des recettes est déjà en cours.

Au 30 juin 2026, près de 75 millions d’euros de mesures avaient été mises en œuvre. Selon la CTM, leur effet réel et durable sur ses finances représente environ 26,4 millions d’euros.

D’autres mesures, représentant 20,8 millions d’euros, sont encore en cours.

Mais la Collectivité reconnaît que cela ne suffira pas. Un deuxième plan de redressement doit donc être préparé.

Moins d’emprunts et moins d’investissements prévus

La CTM a également revu ses prévisions pour 2026.

L’autorisation d’emprunter est passée de 165 millions à 109,8 millions d’euros. La somme qui pourrait effectivement être empruntée cette année est, elle, plafonnée à 80 millions.

Les investissements prévus ont parallèlement été réduits de 40,2 millions d’euros, hors fonds européens.

La Collectivité s’est également dotée d’un programme d’investissement pour 2026-2029, d'une projection de ses finances jusqu’en 2030 et d’un plan de trésorerie pour mieux anticiper ses recettes et ses dépenses.

Une plénière importante le 24 septembre

Le rapport de la Chambre régionale des comptes et la réponse de l’exécutif seront examinés lors de la séance plénière de l’Assemblée de Martinique prévue le 24 septembre.

Les élus pourront débattre du diagnostic, des 15 recommandations et des mesures que la CTM prévoit de mettre en place pour redresser ses finances.

La Collectivité devra ensuite suivre leur mise en œuvre et rendre compte des résultats. Un nouveau bilan des actions engagées devra notamment être présenté à l’Assemblée dans un délai d’un an.

Par RCI Martinique