La Commission européenne a adopté le 10 septembre 2026 une communication définissant une nouvelle vision stratégique pour les neuf régions ultrapériphériques (RUP) de l'UE. La Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, La Réunion, Mayotte et Saint-Martin sont directement concernées. Le texte est accompagné d'un paquet réglementaire visant à adapter la législation européenne aux contraintes spécifiques de ces territoires.
La stratégie repose sur quatre objectifs. Premier axe : exploiter le potentiel géostratégique des RUP en alignant mieux les politiques intérieures et extérieures de l'UE, pour approfondir la coopération régionale, la connectivité maritime et la sécurité. Deuxième axe : renforcer la compétitivité et l'accès au marché unique, en soutenant la spécialisation dans des domaines où les RUP disposent d'avantages concurrentiels (économie bleue, énergies renouvelables, biotechnologie, recherche et espace). Troisième axe : améliorer la résilience face aux catastrophes et au changement climatique, avec une mention explicite du problème des sargasses, de l'autonomie énergétique, de la sécurité alimentaire et de la protection des infrastructures critiques comme les ports et les câbles sous-marins. Quatrième axe : promouvoir l'équité sociale, avec des engagements sur l'emploi, le logement abordable, l'accès à l'eau potable, aux soins de santé et à l'éducation « en soutenant le droit des personnes à rester chez elles, en particulier pour les jeunes ».
Le paquet réglementaire couvre les domaines de l'agriculture, de la sylviculture, de la pêche, des migrations et de la fiscalité. Il sera soumis au Conseil pour accord, après consultation du Parlement européen. La Commission prévoit en parallèle d'adapter les règles sur les marchés publics et la législation sur les produits aux réalités locales des RUP. Le cadre financier pluriannuel 2028-2034 imposera par ailleurs à la France, au Portugal et à l'Espagne d'inclure des mesures spécifiques pour leurs RUP dans leurs plans de partenariat nationaux.
« Les régions ultrapériphériques sont peut-être loin de l'Europe continentale, mais elles sont au cœur de notre projet européen », a déclaré Raffaele Fitto, vice-président exécutif chargé de la cohésion et des réformes. « En transformant leur potentiel stratégique en opportunités, en croissance et en meilleures conditions de vie, nous renforçons non seulement les régions ultrapériphériques et leurs 5 millions d'habitants, mais l'Europe dans son ensemble. »
La présidente von der Leyen a quant à elle insisté sur la nécessité de « mieux prendre en compte les réalités locales et les contraintes spécifiques » de ces territoires : « Nous adaptons nos règles pour libérer le potentiel de ces régions et faire de leur unicité une force pour elles et pour toute l'Europe. »
Outre les mesures ciblées incluses dans le paquet réglementaire, les travaux se poursuivront afin de rendre le soutien de l'UE plus adapté aux besoins des régions ultrapériphériques et plus cohérent dans l'ensemble. Par exemple, la proposition de la Commission visant à réviser le système d'échange de quotas d'émission de l'UE comprend plusieurs dispositions importantes pour ces régions, en tenant compte de leurs contraintes géographiques et de la nécessité de préserver la continuité territoriale, la connectivité et l'accès aux services essentiels.
La proposition de loi sur les marchés publics présentée par la Commission permettra également d'adapter certaines règles en matière de marchés publics aux spécificités des régions ultrapériphériques. De même, la future législation européenne sur les produits devrait permettre des ajustements ciblés des exigences relatives aux produits lorsque celles-ci sont nécessaires, proportionnées et justifiées par les conditions locales, conformément au droit primaire de l'UE. La poursuite des travaux sur la législation sectorielle de l'UE applicable aux régions ultrapériphériques offrira des possibilités supplémentaires de recenser, d'évaluer et, le cas échéant, de traiter les problèmes qui touchent ces régions.
Un engagement stratégique continu avec les régions ultrapériphériques
La Commission tiendra compte plus systématiquement de la situation spécifique des régions ultrapériphériques lors de la préparation des futures initiatives avec l'instauration « d'un dialogue structuré annuel avec les RUP», un portail spécifique. Un outil de conseil renforcé continuera de fournir des services et un soutien adaptés aux parties prenantes locales en ce qui concerne les programmes, les instruments de financement et d'autres outils de l'UE. Pour la Commission européenne, cette stratégie vise à «à renforcer les capacités administratives et techniques des régions ultrapériphériques, afin qu'elles puissent tirer pleinement parti des politiques, fonds et programmes de l'UE.»
Un projet pour la jeunesse sera également mis en place pour « donner aux jeunes locaux les moyens d'agir en tant qu'acteurs actifs du changement ».
La stratégie sera mise en œuvre dans le cadre des politiques sectorielles de l'UE. Parallèlement, le paquet réglementaire sera soumis au Conseil pour accord par les États membres après consultation du Parlement européen.

