Sonia Pallin est la nouvelle directrice interrégionale de la Protection judiciaire de la Jeunesse (PJJ) pour l’Île-de-France et les Outre-mer. Installée ce mercredi par le directeur de la PJJ, Thomas Lesueur, elle devra notamment revoir la gouvernance des Outre-mer dans cette direction interrégionale avec la création, en 2027, d’une direction dédiée aux territoires ultramarins.
« Cette direction interrégionale couvre 14 directions territoriales et un volume de jeunes suivis qui est trois fois supérieur à celui des autres interrégions » a rappelé Thomas Lesueur. En 2025, 34 720 jeunes étaient suivis par la direction régionale Île-de-France et Outre-mer. « Cette réalité, conjuguée aux spécificités ultramarines dont la prise en compte est déjà réelle mais doit être renforcée, nécessite une réflexion approfondie sur l'organisation de notre action vis-à-vis de ces territoires ».
Ainsi, la nouvelle directrice interrégionale de la PJJ, Sonia Pallin doit « engager une réflexion sur cette organisation en vue de la préfiguration, à partir du janvier prochain, d'un poste de directeur de l'Outre-mer ». « Le périmètre exact de l'organisation et des services propres à cette direction de l'Outre-mer doivent être définis à partir de scénarios que vous me proposerez et que vous proposerez au ministre (de la Justice, Gérald Darmanin, ndlr) d'ici novembre 2026 », a précisé Thomas Lesueur.
Cette réforme, poursuit-il, sera engagé sur la base d’un récent rapport conduit par l'Inspection générale de la Justice sur l'ensemble des Outre-mer. Sonia Pallin travaillera en lien avec la Direction générale des Outre-mer et avec l'ensemble des territoires concernés pour « proposer ces scénarios ». « L'essentiel, c'est qu'au bout de ce processus, l'Outre-mer puisse être incarnée par un ou une directrice qui aura plus de disponibilité ».
Concrètement, Sonia Pallin entend, pour créer cette direction Outre-mer de la PJJ, « évaluer les dispositifs existants et voir quels moyens complémentaires mettre ». « J'ai des directeurs et des directrices territoriales qui sont sur place et qui vont me faire cette évaluation fine des moyens, de la prise en charge, comment renforcer cette prise en charge, quel lieu d'hébergement penser. C'est un chantier important que je dois faire rapidement compte tenu des enjeux budgétaires actuels » a abondé la directrice interrégionale.
Première femme à occuper ce poste pour la région francilienne et les Outremer, Sonia Pallin était jusqu’alors directrice interrégionale de la PJJ pour le Sud-Est, dont Marseille, où le narcotrafic a entraîné dans son sillage des mineurs « impliqués dans ces réseaux, recrutés pour tuer ». Une expérience qui pourrait lui être utile en Outre-mer, notamment aux Antilles et en Guyane, où la criminalité a, là aussi, un lien fort avec le narcotrafic et où des mineurs y sont parfois entraînés.
« On a vraiment travaillé sur la question des profils de ces mineurs, mieux comprendre leurs vulnérabilités, les raisons qui les amènent à être dans ces réseaux pour travailler en prévention de la récidive, les sortir de ces réseaux qui sont des réseaux lucratifs et qui mettent sous emprise des personnes qui peuvent se retrouver dans des grandes précarités », à la fois financières et sociales, a-t-elle expliqué. « Donc je vais mettre mon expertise au service de l'Île-de-France et de l'Outre-mer pour renforcer l'étude de ces phénomènes. Si vous voulez endiguer un phénomène, il faut le comprendre et le connaître ».
Parmi les autres chantiers sur le bureau de la nouvelle directrice interrégionale : la réforme des Unités judiciaires à priorité éducatives (UJPE), anciennement « centres éducatifs fermés (CEF) » et « unité éducative d'hébergement collectif », à poursuivre. On en compte pour l’heure trois en Outre-mer -La Réunion, Guadeloupe et Martinique-. Le CEF de Montsinéry-Tonnegrande géré par le groupe SOS doit devenir une UJPE à l’horizon 2028.
Pour Thomas Lesueur, « cette réforme de l'hébergement est une réforme globale, une réforme de fond » qui doit aussi concerner Mayotte, « où les enjeux post-cycloniques rendent particulièrement indispensable le renforcement des capacités d'accueil ».
Troisième chantier pour Sonia Pallin : la masse des jeunes confiés par l'autorité judiciaire. « La pression sur le dispositif de milieux ouverts est très forte, notamment en Seine-Saint-Denis, dans le Val-d'Oise, en Guadeloupe, avec une difficulté à prendre en charge tous les flux de jeunes » constate Thomas Lesueur. Si 19 équivalents temps-plein arrivés courant septembre, « il en faudra d'autres et nous travaillons au plan national pour continuer à accompagner les conséquences de la mise en œuvre du Code de la justice pénale des mineurs qui a cinq ans dans quelques jours, mais dont les effets continuent à être travaillés et se produire sur les équipes de milieux ouverts ».
Autre sujet sur le bureau de la nouvelle directrice interrégionale de la PJJ, celui de la criminalité organisée, qui « nécessite aussi une prise en charge adaptée, de plus en plus adaptée, de plus en plus individualisée ». Sur ce sujet, le prédécesseur de Sonia Pallin, Hervé Duplenne, a créé un dispositif d'accompagnement et de soutien face à la criminalité organisée, le DASCO, « dédiée à la prise en charge et à la protection des mineurs impliqués dans les réseaux criminels, de trafic ou de prostitution ». Un dispositif que Sonia Pallin sera chargée de déployer.
Pour mener à bien l’ensemble de ses chantiers, et notamment la réforme de la gouvernance Outre-mer, Sonia Pallin est attendue en Martinique début novembre, avec Thomas Lesueur. Des déplacements sont également prévus en Guyane et dans l’océan Indien d’ici la fin de l’année.

