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Interview exclusive. Construction de logements, emploi des jeunes, délais de paiement, comité Outre-mer: Frédéric Carré le nouveau président de la FFB affiche ses ambitions pour les Outre-mer
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Récemment élu à la présidence de la Fédération française du bâtiment, Frédéric Carré, ancien président d’Action Logement Immobilier, prend la tête d’une organisation puissante, interlocuteur majeur auprès des pouvoirs publics sur les questions de construction et de logement. Un poids qu’il entend mettre au service des territoires, avec une attention particulière portée aux réalités ultramarines et à ceux qui les vivent au quotidien. Il se rendra d’ailleurs à Mayotte et à La Réunion au cours du dernier trimestre 2026.Délais de paiement, construction de logements, emploi des jeunes, innovation, adaptation des normes, ou mécanisme carbone: Frédéric Carré veut faire des enjeux ultramarins un axe à part entière de la stratégie de la FFB et porter la voix des Outre-mer, aux niveaux national et européen.

Des réalités différentes, des défis communs

Deux mois après son élection à la tête de la Fédération française du bâtiment, Frédéric Carré prend les rênes en « mode combat ». Un mot qui résume assez bien la feuille de route qu’il entend donner à son mandat : relancer l’activité, favoriser l’innovation, renforcer l’attractivité des métiers et alléger les contraintes qui pèsent sur les entreprises.

Frédéric Carré connaît les territoires d’Outre-mer pour les avoir régulièrement fréquentés au cours de ses précédentes fonctions notamment à la tête d’Action Logement Immobilier. Une connaissance nourrie aussi par les rencontres et les échanges avec les acteurs locaux. Car derrière les grandes orientations, il revendique une approche attentive à la « vraie vie » : priorités aux réalités de terrain et à ceux qui les vivent au quotidien.

De ces expériences, il retient d’abord la diversité des territoires ultramarins. La problématique du logement ne se pose ainsi pas de la même manière dans une Martinique confrontée au vieillissement et à la baisse de sa population, en Guyane où la pression démographique nécessite notamment davantage de foncier aménagé, ou encore à Mayotte, toujours confrontée aux conséquences du cyclone Chido. La réalité du secteur de la construction, par delà le logement est disparate également entre les territoires.

Mais derrière ces situations très différentes, Frédéric Carré identifie des problématiques communes. Tous les territoires éprouvent un besoin important de logements, des infrastructures parfois insuffisantes et des entreprises fragilisées alors même que les besoins d'investissement restent considérables.

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Les retards de paiement, « première priorité »

Pour le président de la FFB, les entreprises du bâtiment ne peuvent plus servir de variable d’ajustement aux difficultés de trésorerie des acteurs publics. Un constat forgé au contact direct des professionnels, dirigeants de grandes entreprises et patrons de petites structures, souvent les premiers exposés aux retards de paiement et aux tensions de trésorerie.

À Mayotte, une consultation menée auprès d’une vingtaine d’adhérents de la fédération en juin et juillet a fait apparaître 125 millions d’euros d’impayés, principalement auprès du Département et de collectivités locales. Certaines factures dépasseraient 200 jours de retard et plusieurs chantiers auraient été interrompus.

En Martinique, un premier recensement effectué en juillet auprès d’un échantillon d’entreprises fait de son côté apparaître plus de 30 millions d’euros de créances publiques échues. « Comment voulez-vous que nos entreprises paient leurs salariés si elles sont elles-mêmes payées trois mois après ? », interroge Frédéric Carré. Le président en appelle donc l’exemplarité des collectivités publiques dont les salariés du bâtiment sont du reste des administrés. Il réclame l’application stricte des délais de paiement réglementaires mais également la libération plus rapide des retenues de garantie et une meilleure sécurisation des marchés publics. La trésorerie des entreprises est extrêmement tendu et c’est la première cause de faillite, rappelle-t-il. Il indique souhaiter se rapprocher des autorités sur ce sujet.

L’enjeu est aussi de donner davantage de visibilité aux entreprises sur les investissements à venir. Car, prévient-il, « il ne s’agit surtout pas de ralentir la commande publique ». Dans plusieurs territoires, c’est au contraire sa relance qui est aujourd’hui attendue.

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Construire davantage de logements abordables

Plus de 90 000 ménages sont aujourd’hui demandeurs d’un logement social dans les principaux territoires ultramarins, alors que les capacités de construction restent insuffisantes. « Le logement, c’est la vie quotidienne ! On ne démarre pas dans la vie sans logement, on ne trouve pas un emploi sans logement. » rappelle-t-il.

Dans la perspective du prochain projet de loi de finances, Frédéric Carré appelle à mieux prendre en compte les spécificités ultramarines. La FFB demande notamment de préserver les moyens consacrés à la Ligne budgétaire unique (LBU), drastiquement frappée sans concertation, principal outil de financement du logement social en Outre-mer. Bilan, de nombreux projets de logements et de réhabilitation sont stoppés. Le fédération attend également voir prolongé jusqu’en 2029 le prêt à taux zéro (PTZ), actuellement appelé à s’arrêter en 2027, et l’étendre dans les Outre-mer à l’acquisition de logements anciens avec travaux. « Le PTZ doit être adapté aux territoires ultramarins où le développement se fait aussi beaucoup par la réhabilitation », souligne-t-il.

Pour Frédéric Carré, la situation est d’autant plus paradoxale que « le niveau d’investissement baisse alors que les besoins augmentent ».

À Saint-Pierre-et-Miquelon, il appelle ainsi à relancer une commande publique aujourd’hui en berne alors que les infrastructures vieillissent. En Nouvelle-Calédonie, il estime nécessaire d’accélérer les appels d’offres publics de la troisième phase du plan de relance pour soutenir un secteur fragilisé depuis les émeutes de 2024.

En Martinique, il plaide notamment pour le maintien de l’investissement et l’accélération du Plan Séisme Antilles.

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Créer le réflexe Outre-mer dans la fabrication des normes

Frédéric Carré veut créer un véritable « réflexe Outre-mer » dans la conception des politiques publiques françaises et européennes. L’éloignement géographique, l’insularité, le climat ou encore les contraintes d’approvisionnement produisent en effet des surcoûts structurels dont les conséquences sont, selon lui, encore trop rarement prises en compte dans les études d’impact.

« Les normes que nous avons ici [dans l’Hexagone ndlr] ne sont pas toutes transposables aux Outre-mer », souligne-t-il. La FFB attend notamment la mise en œuvre des comités référentiels construction, prévus par l’article 2 de la loi Bélim adoptée en 2025. « Le Parlement avait vu juste par cette ambition mais l’administration piétine dans la mise en œuvre… Il faut que çà bouge !», regrette-t-il

Ces instances doivent permettre d’élaborer des référentiels normatifs mieux adaptés aux contraintes climatiques, géographiques et culturelles locales, mais aussi de faciliter la reconnaissance des matériaux et procédés de construction développés dans les territoires. « On a beaucoup à apprendre de l’innovation qui se fait dans les Outre-mer. Il faut laisser les professionnels travailler ! », affirme-t-il.

La FFB indique poursuivre ses échanges avec les ministères pour accélérer leur mise en place, mais attend de la célérité de la part de l’administration.

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Le MACF dans le viseur

Destiné à appliquer un prix du carbone à certaines importations entrant dans l’Union européenne, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) inquiète les professionnels du bâtiment ultramarin, qui redoutent une nouvelle augmentation du coût des matériaux. Pour le FFB, son impact sur les régions ultrapériphériques n’a pas été suffisamment évalué.

Avec la Fédération nationale des travaux publics, elle a donc demandé à la Commission européenne la mise en place d’un régime transitoire spécifique, des exemptions sectorielles ou des mécanismes de compensation ainsi qu’un accompagnement de la décarbonation des économies ultramarines.

Une réponse que Frédéric Carré juge pour l'instant insuffisante. En  l’état, le coût de construction en outre-mer subit des hausses du fait de ce texte européen mal calibré. La FFB se mobilisera pour que le dispositif soit corrigé.

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Un Comité Outre-mer au sein de la FFB

Avec la création d’un Comité Outre-mer, dont la présidence a été confiée à Julian Champiat, président de la fédération mahoraise du BTP, Frédéric Carré entend modifier la place des territoires ultramarins au sein même de la Fédération.

Le dispositif doit d’abord permettre d'éviter que les problématiques ultramarines ne soient traitées uniquement qu’ à l’occasion d’une crise ou d’un déplacement. « Je suis allé en Outre-mer, j’ai vu les réalités, je veux qu’elles soient traitées comme celles que nous traitons en hexagone », martèle-t-il.

Le comité devra définir une feuille de route et construire les propositions que la FFB entend notamment porter dans la perspective de la prochaine élection présidentielle. Mais Frédéric Carré prévient : « Nous n’attendrons pas l’élection présidentielle pour porter certains sujets ».

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Attirer la jeunesse vers un secteur en mutation

Frédéric Carré veut combattre une image surannée du bâtiment. « Le bâtiment d’aujourd’hui n’est pas le bâtiment d’hier », insiste-t-il. Numérique, intelligence artificielle, drones, robotique, exosquelettes ou nouveaux procédés de construction ont profondément modifié les chantiers. À ses yeux, le secteur offre également de véritables perspectives de progression professionnelle et d’entrepreneuriat, particulièrement importantes dans des territoires confrontés au chômage des jeunes.

Plusieurs initiatives sont déjà menées localement. En Guyane, la fédération régionale a organisé en février un événement consacré à l’intelligence artificielle. En Martinique, le Salon des Bâtisseurs a permis de rapprocher entreprises, jeunes et rectorat et d’aborder également les transformations numériques du secteur.

Des démarches auxquelles Frédéric Carré veut associer davantage les professionnels de terrain. « Construire, ça ramène de la richesse. C’est un moteur de croissance. On travaille sur l’emploi, sur la formation, sur le pouvoir d’achat », défend-il.

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Dans les jours qui ont précédé cette interview, les équipes d’Outremers360 ont pu le croiser à La REF, multiplier les échanges avec les présidents de fédérations ultramarines, entrepreneurs et divers acteurs du secteur, une impression se dégage, malgré un programme très dense, Frédéric Carré prend le temps. Le temps d’écouter, de comprendre, de répondre, quel que soit l'interlocuteur, affichant une forte volonté de changer les choses. « On m’attend sur des résultats. » résume -t-il avec pragmatisme.