Haïti: des tirs nourris entendus près du Palais présidentiel à Port-au-Prince

Vue aérienne de Port-au-Prince, la capitale d'Haïti © Leonara Baumann

Haïti: des tirs nourris entendus près du Palais présidentiel à Port-au-Prince

Des tirs nourris ont été rapportés vendredi 8 mars au soir près du Palais présidentiel d'Haïti, dans la capitale Port-au-Prince, selon les informations de l'agence de presse EFE. 

 

Des échanges de coups de feu ont été entendus pendant toute la soirée, selon le journaliste de l'AFP sur place, les quartiers du centre-ville, tels que Turgeau, Pacot, Lalue, Canapé-Vert, étant particulièrement sous tension. Le port était le théâtre de scènes de pillages, a déclaré le directeur général de l'Autorité portuaire nationale (APN), Jocelin Villier. Les forces de l'ordre sont parvenues à sécuriser une partie de l'enceinte mais les pillages de conteneurs s’y poursuivaient.

Les riverains redoutant des attaques des groupes armés se mettent à l'abri. Des habitants contactés par l'AFP affirment avoir assisté à des affrontements «entre des policiers et des bandits». Ces derniers veulent visiblement prendre le contrôle des bâtiments de la police situés au Champ-de-Mars, dans le centre de la capitale. Selon Jaqueline Charles, correspondante du Miami Herald, le ministère de l'Intérieur était en proie aux flammes dans la nuit de vendredi à samedi, et les gangs tentaient de s'en prendre également au bâtiment de la Cour suprême.

Le premier ministre Ariel Henry à Porto Rico

Les bandes criminelles, qui contrôlent la majeure partie de la capitale ainsi que les routes menant au reste du territoire, s'en prennent depuis plusieurs jours aux sites stratégiques (commissariats, prisons ou encore tribunaux), en l'absence du premier ministre Ariel Henry, dont elles réclament la démission tout comme une partie de la population. L’île, en proie au chaos, était entrée en état d'urgence dimanche dernier après que des gangs armés eurent pris d’assaut plusieurs prisons, faisant s’échapper leurs détenus par milliers.

Pendant ce temps, le premier ministre et président par intérim, qui était au Kenya à la recherche d'un accord pour une force internationale afin de lutter contre les gangs haïtiens, est arrivé mardi sur le territoire américain de Porto Rico. Les États-Unis lui ont demandé plus tôt cette semaine d’accélérer une transition politique alors que des gangs armés cherchent à l'évincer.

Quelque 23 «grands gangs» opèrent dans la capitale dont ils contrôlent 80% du territoire. Ils sont regroupés en deux coalitions principales engagées dans des guerres de territoires: la «famille G9» dirigée par Jimmy Chérizier, alias «Barbecue», et le G-Pèp. Mais plusieurs de leurs dirigeants se sont alliés dans les attaques des derniers jours contre les sites stratégiques du pays, réclamant la démission d’Ariel Henry. «S'unifier est la seule manière pour les gangs d'avoir une influence de grande envergure sur ce qui se passe maintenant dans le pays et dans l'élaboration d'un prochain gouvernement», explique Robert Fatton, de l'université de Virginie, doutant toutefois que leur alliance «opportuniste» puisse durer.

«Vers une guerre civile qui conduira à un génocide»

Jimmy Cherizier, alias «Barbecue», le plus puissant chef de gang de Port-au-Prince qui contrôle une bonne moitié de la ville avec les milliers d'hommes à son service, dont de nombreux anciens policiers comme lui, avait appelé fin février au renversement du premier ministre. «Si Ariel Henry ne démissionne pas, si la communauté internationale continue de le soutenir, nous allons tout droit vers une guerre civile qui conduira à un génocide», a-t-il déclaré récemment lors d'une interview à la presse.

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La Communauté des Caraïbes (Caricom) a convié des représentants des États-Unis, de la France, du Canada et de l'ONU à une réunion lundi en Jamaïque pour discuter de cette flambée de violence. «Des questions cruciales pour la stabilisation de la sécurité et la fourniture d'une aide humanitaire urgente» seront abordées, a précisé le président du Guyana Mohamed Irfaan Ali, qui assure la présidence tournante de cette organisation régionale.

Avec AFP