Le Centre spatial guyanais (CSG) se prépare à une forte augmentation de son activité. Alors que la base de Kourou vise neuf lancements en 2026 et pourrait atteindre 13 à 14 tirs en 2027, ses infrastructures sont progressivement adaptées à cette montée en cadence. Un nouveau centre des opérations doit notamment permettre de réduire le temps de préparation entre deux lancements. Focus grâce à l’interview de Philippe Lier, directeur du Centre spatial guyanais, par nos partenaires de Radio Télé Péyi.
Philippe Lier, directeur du Centre spatial guyanais, a dressé un état des lieux de la montée en puissance de la base. Ariane 6 et Vega-C ne sont désormais plus les seuls lanceurs à utiliser les infrastructures guyanaises. Le CSG fonctionne déjà en mode multi-opérateur, avec Arianespace et Avio, et doit progressivement accueillir de nouveaux acteurs privés européens.
« L'augmentation des cadences au CSG est une réalité. Le passage en mode multi-opérateur aussi, puisque vous savez qu'on a maintenant deux opérateurs sur la base : Avio et Arianespace pour les lancements Ariane 6 (…) Cette année, on vise de faire neuf lancements, probablement 13 ou 14 l'an prochain. Donc le mode multi-opérateur, il est déjà sur place. Il va continuer à se développer. La cadence monte et le CSG se modernise pour accueillir tous ces nouveaux opérateurs et tous ces lancements. Et on a un besoin de plus en plus fort de lancer des satellites européens, notamment. Le contexte géopolitique nous montre qu'il faut avoir une autonomie d'accès à l'espace pour l'Europe. Et donc il y a d'énormes besoins en termes de lancement de satellites ».
Cette évolution doit s'accompagner d'une adaptation des infrastructures. Le CSG cherche notamment à réduire le délai nécessaire pour reconfigurer ses installations entre deux tirs.
Un nouveau centre des opérations en 2027
Un nouveau centre des opérations est actuellement en construction à Kourou. Sa livraison est prévue au début de l'année 2027. Le bâtiment doit permettre de regrouper plusieurs moyens aujourd'hui répartis sur différents sites et de les rendre disponibles simultanément pour plusieurs campagnes de lancement.
« On a des moyens aujourd'hui qui sont éclatés sur plusieurs sites et ces moyens, ils sont uniques. C'est-à-dire que quand on les utilise pour faire un lancement, on ne peut pas les utiliser pour préparer le lancement suivant. Et c'était ça la, notre difficulté, c'est-à-dire que quand on réalise un lancement, on mobilise ces moyens et puis on doit attendre que le lancement soit terminé pour pouvoir les reconfigurer pour préparer un lancement suivant, qui peut être avec un autre lanceur. Là, le fait de tout regrouper et de tout unifier va nous permettre d'avoir des systèmes qui sont multiples, c'est-à-dire on pourra avoir un système qui est en train de réaliser un lancement et une sorte de clone à côté qui prépare le lancement suivant. Ça nous permettra très rapidement se reconfigurer d'un lancement à un autre (…) un autre avantage, c'est que ces moyens, ils seront très facilement reconfigurables d'un lanceur à l'autre. Un peu comme un, une salle de contrôle d'un aéroport s'adapte à des avions de tailles très différentes sans tout changer ».
L'objectif est notamment de faire passer le temps nécessaire à la préparation de la base entre deux tirs de huit à cinq jours. Une évolution jugée nécessaire alors que plusieurs nouveaux lanceurs européens doivent rejoindre progressivement les installations guyanaises.
Des ports spatiaux européens jugés complémentaires
Le CSG doit également composer avec l'apparition de nouveaux ports spatiaux en Europe. Le mois dernier, une fusée allemande a notamment atteint l'orbite depuis le site d'Andøya, en Norvège.
Pour Philippe Lier, ces nouvelles infrastructures ne constituent toutefois pas une concurrence directe avec Kourou. Il estime qu'elles pourront plutôt compléter l'offre européenne.
« C'est vrai qu'on voit aujourd'hui apparaître d'autres ports spatiaux en Europe, celui d'Andøya en Norvège, et cetera, parce que, ben, effectivement, ça suscite des envies. Notre analyse, c'est que ces offres sont complémentaires parce que ces ports spatiaux, à moyen terme, ils n'ont des capacités de lancer que des petits lanceurs sur certaines orbites et de plus, ils vont avoir une disponibilité faible. Andøya, c'est très au nord, c'est un climat qui est très particulier. Aujourd'hui, l'idée, c'est de faire ce qu'on appelle de l'interopérabilité, c'est-à-dire qu'un lanceur pourra dire : « Celui-là, je vais le lancer en Norvège, mais les autres, je vais les lancer depuis Kourou. » Donc l'idée, c'est d'avoir une offre complémentaire, interopérable (…) Mais de toute façon, pour l'instant, Kourou reste, en termes de localisation, de disponibilité et d'infrastructure, reste sans équivalent ».

