Chasse "excessive", forêt "détruite" pour un projet immobilier de luxe, "retour des épandages aériens" et "pollution lumineuse": plusieurs associations de défense de l'environnement de Guadeloupe ont annoncé vendredi vouloir "aller au-delà des alertes" et "faire appliquer" les décisions de justice prises ces dernières années.
Les associations Amazona, AEVA, ASFA, To-Ti-Jon et le collectif Lannuit Pa Gwanjou ont souhaité "informer le public" sur une dizaine de recours engagés, et d'autres victorieux, "pour qu'il se rende compte qu'on peut faire quelque chose", a lancé devant la presse Claudie Pavis, présidente de l'association AEVA (Association pour l'Etude et la protection de la Vie sauvage dans les petites Antilles).
"Des recours sont en cours, pour suspendre la chasse de sept espèces d'oiseaux en Guadeloupe et Martinique", a ainsi expliqué Anthony Levesque, fondateur de l'association AMAZONA (Association des Mateurs Amicaux des Z'Oiseaux et de la Nature aux Antilles) et "chasseur depuis près de 30 ans".
Une décision du Conseil d'Etat est aussi attendue sur un arrêté ministériel paru en 2024, fixant la liste des espèces protégées en Guadeloupe: "beaucoup d'espèces n'y figurent pas, comme la grive à pieds jaunes, le pigeon à couronne blanche et cinq espèces de limicoles", a-t-il ajouté.
"Nous avons eu une quarantaine de recours victorieux en faveur des oiseaux (ndlr, depuis 2014), mais il n'y a pas de décision politique et publique à la hauteur pour tous", et les décisions de justice ne "sont pas assez respectées", a déploré Béatrice Ibéné, présidente de l'association de l'ASFA (Association pour la Sauvegarde et la réhabilitation de la Faune des Antilles).
Elle a dénoncé, avec M. Levesque, "du braconnage très important en Guadeloupe, par méconnaissance de la réglementation" et "la faiblesse ahurissante des moyens de contrôles".
"Il faut voir le temps et les frais" qu'engendrent ces recours pour les associations, a souligné Claudie Pavis, évoquant un autre dossier brûlant: "un gros projet d'aménagement sur la plage des Dauphins, au Moule (...) 60 logements de luxe en bordure de plage", impliquant "la destruction de 5000 km2 de forêts".
Les associations s'inquiètent aussi d'une reprise annoncée de l'épandage aérien dans les bananeraies. Interdite en 2012, la pratique est de nouveau légalement autorisée, par drone, pour certains produits, notamment dans les bananeraies, sous certaines conditions.
"Ce sont des drones de plus d'un mètre de long et plusieurs dizaines de kilos, il n'y a eu que trois expérimentations en Martinique, incomplètes selon nous", a continué Mme Ibéné. Elle note aussi "des réserves formulées par l'ANSES", dans un avis paru en 2025.
Concernant la pollution lumineuse, Miriam Chaulet, présidente de l'association To-Ti-Jon, a rappelé que les lumières artificielles "désorientent les tortues femelles venues pondre, et les nouveau-nés lors de l'émergence".
Plus d'une centaine de tortillons ont ainsi été trouvés morts ou désorientés en juillet et août près de lampadaires selon Mme Chaulet.
Le collectif "Lannuit pa Gwanjou" a développé un site internet "pour signaler les éclairages illégaux ou abusifs" afin, selon Jean-Marie Flower, membre de ce collectif, de "retrouver la beauté de nos nuits antillaises".
Avec AFP

