Emmanuel Macron est arrivé ce samedi 19 septembre à Saint-Pierre-et-Miquelon pour une visite de trois jours dans l’archipel, la première d’un président de la République depuis celle de François Hollande en 2014. À sa descente de l’avion, peu après 19 heures, heure locale, le chef de l’État a détaillé les principaux enjeux de ce déplacement, qui doit mêler développement économique, adaptation au changement climatique et affirmation de la place stratégique de l’archipel dans l’Atlantique Nord.
« Très heureux de pouvoir être à vos côtés à Saint-Pierre-et-Miquelon », a déclaré Emmanuel Macron lors d’un micro tendu à son arrivée. Le Président entend profiter de son déplacement pour « faire le tour des enjeux » du territoire avec les élus et les acteurs locaux, avec une attention particulière portée aux questions économiques. Avant cela, le Président de la République a participé à un dépôt de gerbe au monument aux morts où il a pu rencontrer la population. il est ensuite attendu à un diner républicain.
Du spatial à la pêche, des investissements attendus
Développement économique, aménagement, diversification ou encore pêche doivent ainsi rythmer les nombreux échanges. Emmanuel Macron a également annoncé que plusieurs entreprises confirmeront des investissements au cours de sa visite.
« Des câbles au spatial, c’est très clairement un sujet d’avenir », a-t-il insisté, mettant en avant le « caractère stratégique de Saint-Pierre-et-Miquelon ». Il entend plus largement mettre en avant plusieurs secteurs susceptibles de participer à la diversification de l’économie de l’archipel, notamment le spatial, le numérique, la pêche et l’économie bleue. A ce titre, le Président de la République est par ailleurs accompagné dans son déplacement par le Président de CCI France Alain di Crecenzo, le Président du Conseil National des pêches, l’ambassadeur chargé des Pôles, Olivier Poivre d’Arvor, des représentants d’entreprises, pour deux d’entre elles, Skynopy et Lookup, qui sont des entreprises qui vont installer des antennes satellitaires dans les prochains mois à Saint-Pierre, ainsi que l’entreprise SCLES, qui a un projet de déploiement d’un câble numérique entre la Bretagne et New-York avec possible dérivation sur l’ile de Saint-Pierre. Ils ont arrivés par le prelier avion qui a attéri.
Interrogé sur les relations halieutiques avec le Canada, Emmanuel Macron s’est par ailleurs dit prêt à discuter d’un élargissement de la gestion commune de certaines ressources. Le chef de l’État a surtout insisté sur sa volonté de développer « beaucoup plus fortement » les activités de pêche et de transformation afin de « créer de la richesse et de créer des emplois ». « On est prêts à investir et à co-investir aussi avec les Canadiens », a-t-il ajouté, évoquant la volonté « d’ouvrir une nouvelle page » après le traumatisme provoqué dans l’archipel par la décision arbitrale de 1992 sur les espaces maritimes et les difficultés traversées ensuite par le secteur de la pêche.
Stratégie polaire
Le Président a également replacé Saint-Pierre-et-Miquelon dans la stratégie polaire française, aussi bien dans le domaine de la recherche que sur le plan militaire. Une stratégie qui, selon lui, se consolide en lien étroit avec le Canada et le Danemark.
Cette dimension environnementale trouvera un prolongement quelques jours plus tard à New York où Emmanuel Macron a indiqué qu’en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, la France réunirait notamment plusieurs États insulaires du Pacifique autour de la protection des océans. L’objectif sera de poursuivre la mobilisation internationale après la ratification de l’accord sur la haute mer et de préparer la première COP consacrée à sa mise en œuvre.
Une visite historique de Mark Carney dimanche, un tour "boréal"
La principale séquence diplomatique du déplacement aura lieu dimanche avec l’arrivée du Premier ministre canadien Mark Carney. Pour la première fois, un chef de gouvernement canadien effectuera une visite officielle à Saint-Pierre-et-Miquelon. A noter que 55 ans avant Mark Carney, un autre Premier ministre canadien se rendait à Saint-Pierre-et-Miquelon mais en visite privée, le Premier ministre Pierre Elliott Trudeau.
« C’est un moment important », a souligné Emmanuel Macron. La rencontre doit permettre d’approfondir les liens entre le Canada et l’archipel, mais aussi plus largement les relations franco-canadiennes en matière économique, énergétique et de défense.
Le Canada a de son côté annoncé que les discussions porteraient notamment sur l’aérospatiale, l’énergie, les minerais critiques, le quantique, les satellites et la superinformatique.
Le Président français souhaite également avancer avec Ottawa sur la sécurisation des approvisionnements énergétiques. Il a notamment évoqué à son arrivée la possibilité de conclure des accords permettant d’acheminer davantage de gaz naturel liquéfié canadien vers la façade atlantique, dans un contexte international marqué par de fortes tensions sur les marchés de l’énergie. Pour Emmanuel Macron, le rapprochement entre Ottawa et les Européens prend ainsi depuis Saint-Pierre-et-Miquelon « un tour boréal ». Le chef de l’État a évoqué une « autonomie stratégique » partagée et la volonté de renforcer les capacités de la France, du Canada et de l’Europe à agir par eux-mêmes.
« Il n’y a pas de débat » sur la souveraineté française
Cette visite intervient également dans un contexte particulier en Amérique du Nord. Début septembre, Donald Trump avait publié sur son réseau Truth Social une carte représentant une grande partie du continent sous les couleurs du drapeau américain. Le Canada, le Groenland, le Mexique mais également plusieurs territoires français, dont Saint-Pierre-et-Miquelon, apparaissaient intégrés à cet ensemble.
Interrogé dès son arrivée sur le caractère français de l’archipel, Emmanuel Macron a répondu sans ambiguïté : « C’est une évidence pour nous que c’est un territoire français, un territoire attaché à la France et fier d’être français, comme nous le sommes ». Le Président a également rappelé le ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon à la France libre en décembre 1941 : « Nous n’oublions pas ce jour de Noël. Donc nous y sommes attachés, il n’y a pas de débat, il n’y a pas de discussion ».
Questionné sur un éventuel message adressé à Donald Trump, Emmanuel Macron a déclaré « qu’il ne faut pas être aussi obsédé que ça par adresser des messages », a-t-il répondu, assurant qu’il s’agissait « d’abord d’une affirmation pour nous-mêmes ».
Le chef de l’État a néanmoins clairement mis en avant la proximité politique et stratégique entre Paris et Ottawa. La venue de Mark Carney envoie « un message fort d’amitié, de volonté d’aller de l’avant » entre des pays qui croient « dans la démocratie et l’État de droit », « le respect du droit international » et « le commerce libre et équitable ».
Saint-Pierre-et-Miquelon au cœur d’une stratégie nord-atlantique
Au-delà des enjeux locaux, Emmanuel Macron entend ainsi profiter de ces trois jours pour souligner la position singulière de Saint-Pierre-et-Miquelon. Seul territoire français d’Amérique du Nord, l’archipel doit être présenté comme un point d’ancrage de la France dans une région devenue centrale pour les questions de souveraineté, d’énergie, de défense, de numérique et de changement climatique. « La France est présente grâce à Saint-Pierre-et-Miquelon, par Saint-Pierre-et-Miquelon, ici au cœur des enjeux du globe dans cette région », a affirmé le chef de l’État.
Après les premières rencontres à Saint-Pierre, la journée de dimanche sera donc notamment marquée par la venue historique de Mark Carney et les échanges franco-canadiens. Le déplacement se poursuivra à Miquelon autour des enjeux climatiques et d’aménagement, avant la fin de la visite présidentielle lundi 21 septembre.
Cette fin journée, après la séquence de dépôt de gerbes aux monuments aux morts, il s'est rendu au dîner républicain à la résidence préfectorale.


