Alors que l’Union européenne accélère sa stratégie de décarbonation et de réindustrialisation, une question se pose pour les régions ultrapériphériques : comment appliquer ces nouveaux dispositifs sans aggraver les contraintes structurelles des économies ultramarines ?
C’est autour de cet enjeu qu’Outremers360 a réuni au Parlement européen le député européen Christophe Grudler (Renew Europe), rapporteur sur l’Industrial Accelerator Act (IAA), le député européen François-Xavier Bellamy (PPE) et la déléguée générale adjointe d'EURODOM Perrine Orosco.
Au cœur des échanges : le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) et l’Industrial Accelerator Act, deux textes qui illustrent à la fois les risques et les opportunités de la nouvelle politique industrielle européenne pour les Outre-mer.
MACF : un dispositif à adapter aux réalités ultramarines
Le MACF vise à soumettre certains produits importés de pays tiers à un coût carbone comparable à celui supporté par les producteurs européens. Un principe soutenu par les trois intervenants, qui soulignent néanmoins les effets spécifiques du mécanisme dans les RUP.
Ces territoires doivent importer de nombreux intrants indispensables — clinker, acier, aluminium ou engrais — faute de pouvoir les produire localement. Une partie de ces approvisionnements provient également de leur environnement régional immédiat, avant transformation sur place.
L’application du MACF pourrait ainsi entraîner des surcoûts importants sur certaines matières premières, avec des répercussions sur le BTP, le logement, l’agriculture et la souveraineté alimentaire.
François-Xavier Bellamy défend une dérogation durable, estimant que les contraintes liées à l’éloignement, à l’insularité et à la taille des marchés sont structurelles et ne disparaîtront pas avec le temps.
Christophe Grudler soutient également une dérogation, mais souhaite qu’elle s’accompagne d’une trajectoire de décarbonation et puisse être renouvelée tant qu’aucune alternative viable n’existe.
Perrine Orosco souligne pour sa part que les producteurs ultramarins ne remettent pas en cause les objectifs climatiques du MACF, mais demandent une adaptation permettant d’éviter qu’un dispositif destiné à protéger la compétitivité européenne ne fragilise la production locale.
Industrial Accelerator Act : une opportunité pour les territoires
Le débat a également porté sur l’Industrial Accelerator Act, qui doit soutenir les investissements industriels, les technologies propres et la préférence européenne. Pour Christophe Grudler, l’IAA peut ouvrir de nouvelles perspectives dans les RUP, notamment dans les énergies renouvelables, les technologies propres ou certains secteurs stratégiques comme le spatial en Guyane.
Perrine Orosco a mis en avant la possibilité de décliner le principe du « Made in Europe » en une préférence pour la production locale ultramarine, notamment dans les marchés publics, afin de soutenir davantage l’emploi, l’investissement et la création de valeur dans les territoires.
François-Xavier Bellamy a soutenu cette orientation, tout en insistant sur la nécessité de mieux mobiliser les financements européens déjà disponibles, parfois sous-utilisés en raison de la complexité des procédures ou du manque d’ingénierie locale.
Vers un véritable « réflexe RUP »
Au-delà des différences d’approche, les échanges ont fait apparaître une convergence : les spécificités des régions ultrapériphériques doivent être intégrées dès la conception des politiques européennes, plutôt que corrigées a posteriori par des dérogations.
Le MACF pose aujourd’hui la question de l’adaptation des règles européennes aux réalités ultramarines. L’IAA ouvre, à l’inverse, une perspective plus offensive : faire des RUP non seulement des territoires à protéger, mais aussi des territoires d’investissement, d’innovation et de production dans la nouvelle stratégie industrielle européenne.
L’émission « MACF et politique industrielle : quels enjeux pour les Outre-mer ? » est à retrouver sur les plateformes d’Outremers360.
Voir aussi : [Emission] « L’Europe et les Outre-mer » : Quel avenir pour les régions ultrapériphériques et leurs agricultures ?
