Les dirigeants du Pacifique comptent attirer l'attention du monde entier sur la réalité vécue en première ligne face au réchauffement climatique, lors d'une réunion préparatoire à la COP31 qui s'est ouverte lundi aux Fidji.
Ministres, négociateurs et une poignée de dirigeants mondiaux sont réunis jusqu'à jeudi dans la ville de Nadi pour cette pré-COP visant à faire avancer les négociations climatiques. Ces discussions doivent préparer le terrain pour la COP31, grande conférence mondiale sur le climat sous l'égide de l'ONU qui doit se tenir en novembre à Antalya, en Turquie.
« Notre Premier ministre transmettra cette semaine trois messages clairs aux dirigeants : maintenir l'objectif de 1,5°C à portée de main, faire en sorte que les financements parviennent aux communautés qui en ont besoin et accorder à l'océan la place qui lui revient dans le régime climatique », a déclaré la ministre fidjienne du Climat Lynda Tabuya, lors de la cérémonie d'ouverture.
Le niveau de la mer s'élève à un rythme record, sous l'effet du réchauffement des océans et de la fonte des glaciers, selon un rapport du Secrétariat général de l'ONU publié en août. Cela pourrait contraindre 1,2 milliard de personnes dans le monde à être déplacées d'ici 2050, les pays insulaires étant confrontés à une élévation du niveau de la mer deux fois supérieure à la moyenne mondiale.
Le rapport pointe aussi un déficit de financement : les pays en développement, qui auraient besoin de 310 à 365 milliards de dollars pour s'adapter, ne disposaient que de 26 milliards de dollars à ce titre en 2023. Les dirigeants régionaux, menés par l'Australie, ont présenté la pré-COP comme une occasion d'attirer l'attention du monde entier sur le Pacifique.
Chris Bowen, ministre australien chargé du climat et président des négociations de la COP31, a souligné que les discussions porteraient sur « la collecte, la valorisation et la mise en œuvre des connaissances de ceux qui sont en première ligne face au changement climatique, à la pointe de la lutte ».
« L'influence du Pacifique sur l'action climatique mondiale a toujours été supérieure à sa taille », a déclaré Lynda Tabuya. Moins d'une douzaine de dirigeants mondiaux ont cependant publiquement confirmé leur présence. Et dans les rues de Nadi, la plupart des habitants semblent largement ignorer qu'un sommet mondial s'y tient.
L'Australie a indiqué en septembre que 4 000 personnes de 60 pays participeraient, sans fournir de répartition détaillée. Parmi les participants figurera le ministre des Affaires étrangères du Népal, Shisir Khanal, dont le pays est encore sous le choc après la crue dévastatrice survenue dans l'Himalaya le 26 août. Les Fidji ont également indiqué en septembre compter sur les chefs d'État et de gouvernement d'Antigua-et-Barbuda, du Cap-Vert, de Thaïlande, des Maldives et du Timor oriental.
La hausse du niveau de la mer
Au programme des principaux délégués, une journée est prévue à Tuvalu, petit État insulaire qui prépare des plans de déplacement de sa population face à la montée des eaux. Les délégués observeront les travaux de poldérisation à Tuvalu, dont le point culminant se situe à seulement deux mètres au-dessus du niveau de la mer.
Deux des neuf atolls coralliens du pays sont déjà en grande partie submergés. « La montée du niveau de la mer n'est pas une menace future, c'est une réalité du présent », a souligné à l'ONU la semaine dernière le Premier ministre du pays, Feleti Teo. « Le Pacifique ne doit pas devenir une zone sacrifiée pour les grands pollueurs et les entreprises de combustibles fossiles », a exhorté Shiva Gounden, de Greenpeace.
L'Australie, chef de file des négociations climatiques, est taxée d'hypocrisie et accusée de « double langage » par les militants écologistes, en tant que producteur majeur de gaz et charbon, des énergies fossiles qui contribuent au réchauffement. La ministre fidjienne du Climat, Lynda Tabuya, a dit avoir eu une « discussion franche » lundi avec son homologue australien Chris Bowen et des responsables du Pacifique.
« Oui, certains pays ont fait part de leurs sentiments », a-t-elle répondu lorsque des journalistes ont demandé si elle soutenait les appels d'autres dirigeants du Pacifique pour une suspension de l'expansion des projets australiens liés au charbon et au gaz. Mais pour le Pacifique, il est important, lors de cette pré-COP, « que nous trouvions un terrain d’entente », a tempéré la ministre.
Le ministre australien chargé du climat et président des négociations de la COP31 Chris Bowen a de son côté assuré qu' « en tant que pays exportateur de combustibles fossiles, nous avons quelque chose de différent à apporter ».

