Le Bezos Earth Fund et l’organisation Re:wild, cofondée par Leonardo DiCaprio, ont annoncé le lancement du Phoenix Species Project, une initiative dotée de 200 millions de dollars destinée à sauver 100 espèces parmi les plus menacées de la planète. Parmi elles figurent plusieurs espèces présentes dans les territoires français d’outre-mer, notamment en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie, tandis que d’autres évoluent dans les grands bassins régionaux auxquels appartiennent les territoires ultramarins.
Sauver de l’extinction 100 espèces parmi les plus menacées au monde. C’est l’ambition du Phoenix Species Project, nouvelle initiative internationale de conservation portée par le Bezos Earth Fund et Re:wild, organisation environnementale cofondée par l’acteur Leonardo DiCaprio.
Dévoilé début août, le programme bénéficie d’une enveloppe initiale de 200 millions de dollars. Le Bezos Earth Fund, créé par le fondateur d’Amazon Jeff Bezos, apporte 100 millions de dollars, tandis que Re:wild mobilise 100 millions supplémentaires avec le soutien de plusieurs partenaires et philanthropes.
Le Phoenix Species Project entend concentrer des moyens importants sur 100 espèces animales et végétales considérées comme étant au bord de l’extinction. Mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, invertébrés ou encore plantes : les espèces retenues sont réparties dans une trentaine de pays sur cinq continents.
L’objectif n’est pas uniquement d’empêcher leur disparition immédiate. Le programme entend financer sur le long terme des opérations de restauration des habitats, de lutte contre les espèces invasives et le braconnage, des programmes d’élevage conservatoire et de réintroduction, mais également soutenir les communautés et organisations locales engagées dans leur sauvegarde.

Deux espèces emblématiques en Polynésie française
Parmi ces 100 espèces figurent plusieurs représentants de la biodiversité exceptionnelle des outre-mer français. C’est notamment le cas du monarque de Fatu Hiva (Pomarea whitneyi), l’un des oiseaux les plus menacés au monde.
Endémique de Fatu Hiva, dans l’archipel des Marquises, en Polynésie française, l’espèce ne vit nulle part ailleurs sur la planète. Autrefois relativement abondante, sa population s’est effondrée notamment sous l’effet du rat noir, espèce invasive introduite sur l’île. Le Phoenix Species Project estime qu’il ne resterait aujourd’hui qu’une trentaine d’individus.
Le programme doit contribuer aux efforts déjà engagés pour empêcher sa disparition, notamment à travers le contrôle des prédateurs invasifs et la protection de son habitat.

Autre espèce polynésienne sélectionnée : le Partula affinis, un minuscule escargot arboricole endémique de Tahiti. Autrefois très diversifiés dans les îles de la Société, les escargots du genre Partula ont été décimés par l’introduction d’espèces invasives.
La situation de Partula affinis est aujourd’hui particulièrement critique. Selon le Phoenix Species Project, il ne subsisterait qu’entre un et une cinquantaine d’individus à l’état sauvage, auxquels s’ajoute une population maintenue dans le cadre de programmes d’élevage conservatoire.

Des raies menacées présentes en Nouvelle-Calédonie
La Nouvelle-Calédonie est elle aussi concernée par la sélection du Phoenix Species Project, à travers plusieurs espèces marines dont l’aire de répartition comprend ses eaux.
Parmi elles figure Rhina ancylostoma, connue en anglais sous le nom de Bowmouth guitarfish. Malgré son apparence intermédiaire entre le requin et la raie, l’espèce appartient au groupe des raies et est aujourd’hui classée en danger critique d’extinction.
Présente dans une vaste partie de l’Indo-Pacifique, de l’Afrique orientale jusqu’au Japon et à la Nouvelle-Calédonie, elle a subi un déclin important sous la pression de la pêche, notamment en raison de la valeur élevée de ses ailerons.

Autre espèce sélectionnée et présente dans les eaux néo-calédoniennes : Rhynchobatus australiae, le Whitespotted wedgefish, une autre grande raie de l’Indo-Pacifique classée en danger critique d’extinction. Son aire de répartition s’étend de l’océan Indien occidental jusqu’au Pacifique, et comprend notamment la Nouvelle-Calédonie.
Ces deux espèces illustrent l’importance particulière des eaux ultramarines françaises dans la conservation mondiale des requins et des raies, alors que la France dispose, grâce à ses territoires d’outre-mer, de l’une des plus vastes zones économiques exclusives au monde.

Des espèces également présentes dans les bassins régionaux ultramarins
Au-delà des espèces directement présentes dans les territoires français, plusieurs autres membres du « Phoenix 100 » évoluent dans les mêmes grands ensembles biogéographiques que les outre-mer.
C’est particulièrement le cas dans l’océan Indien, où figure notamment le requin nourrice à queue courte (Pseudoginglymostoma brevicaudatum), l’une des espèces de requins les plus menacées de cette région du monde. Son aire est concentrée dans l’ouest de l’océan Indien, vaste espace auquel appartiennent également Mayotte, La Réunion et les Îles Éparses.
Le poisson-scie vert (Pristis zijsron), autre espèce retenue par le Phoenix Species Project, possède pour sa part une vaste aire historique dans l’Indo-Pacifique. Comme l’ensemble des poissons-scies, il a connu un effondrement spectaculaire de ses populations sous l’effet des captures accidentelles, de la pêche et de la disparition de certains habitats côtiers.
Dans les Caraïbes, le Phoenix Species Project s’intéresse également au leptodactyle des Antilles (Leptodactylus fallax), imposante grenouille plus connue sous son nom anglais de « Mountain Chicken ». L’espèce ne subsiste aujourd’hui naturellement que sur quelques îles, notamment la Dominique et Montserrat, mais son aire historique concernait également les Antilles françaises. Elle est notamment considérée comme une espèce autochtone aujourd’hui disparue de Martinique.

200 millions de dollars pour éviter de nouvelles extinctions
Avec le Phoenix Species Project, ses initiateurs souhaitent changer d’échelle dans la lutte contre l’érosion mondiale de la biodiversité. L’idée est de concentrer des moyens humains et financiers importants sur un nombre limité d’espèces dont la situation est particulièrement critique, tout en protégeant les écosystèmes dont elles dépendent.
« Nous avons les connaissances, les outils et l’expérience nécessaires pour empêcher les extinctions », défend Re:wild, qui entend démontrer que le déclin d’une espèce n’est pas nécessairement irréversible lorsque des moyens suffisants sont mobilisés.
Pour les territoires français d’outre-mer, qui concentrent une part majeure de la biodiversité française et abritent un niveau particulièrement élevé d’endémisme, le lancement de ce programme international résonne tout particulièrement. De Tahiti aux Marquises en passant par les eaux de Nouvelle-Calédonie, plusieurs espèces du Phoenix 100 rappellent ainsi le rôle majeur joué par les territoires ultramarins dans la préservation de la biodiversité mondiale.

