On ne présente plus VEENI. Depuis son lancement début mai, l’application touristique du Guadeloupéen Yanis Foy a déjà connu près de 27 000 téléchargements. Désormais, son fondateur et CEO veut franchir une nouvelle étape : consolider son modèle économique, développer la réservation directe et poursuivre son déploiement dans les Outre-mer, puis en Afrique. Avec toujours la même philosophie : construire un outil utile au territoire, avec et pour ceux qui y vivent. Pour Outremers360, Yanis Foy revient sur les premiers résultats de VEENI, son modèle économique et ses ambitions de développement.
Tous prescripteurs de nos territoires
Guadeloupéen né aux Abymes et installé à Paris, Yanis Foy mène une carrière dans la stratégie et le développement bancaire. Jusqu’au jour où un accident l’immobilise plusieurs mois. Il met à profit cette parenthèse forcée pour concrétiser une idée qui germait depuis longtemps et enfin créer une application touristique capable de centraliser les richesses de la Guadeloupe. VEENI est alors conçue comme un outil simple, accessible et surtout gratuit pour l’utilisateur.
« Je suis allé assez loin dans l’apprentissage pour réussir à sortir moi-même l’application. J’ai vraiment pris le temps de comprendre les outils et de construire quelque chose de concret, même si je ne suis pas développeur de formation. En revanche, tout ce qui touche au business model, à la stratégie ou à l’étude de marché m’est plus familier. Pour le tourisme, je pars surtout d’une conviction simple : quand on connaît bien son territoire, on en devient naturellement un peu prescripteur. »
Quant au nom, lui aussi a été longuement réfléchi. « On a pris énormément de temps à le trouver. On voulait quelque chose de simple, d’assez ouvert sur le monde, pas trop local ni trop cliché, qui puisse être parlant sur différents territoires et fonctionner aussi à l’international », explique Yanis Foy. Un choix qui fait également écho au créole « vini » pour venir.
Cette volonté d’ancrage local se traduit aussi dans le fonctionnement collaboratif de VEENI : recommandations, photos, avis, signalements et nouvelles adresses sont directement nourris par les utilisateurs.
Plusieurs niveaux d’abonnement pour les professionnels
Le modèle est simple : VEENI reste gratuite pour les utilisateurs, tandis que les professionnels peuvent souscrire à différents niveaux d’abonnement pour gagner en visibilité et développer leur activité. Selon la formule choisie, ils peuvent bénéficier d’une meilleure mise en avant dans l’application, gérer leur fiche depuis un back-office, suivre leurs statistiques ou promouvoir certaines offres directement en page d’accueil.

Réservation directe sans commission
VEENI vient récemment de franchir une nouvelle étape avec l’intégration de la réservation directe. Les professionnels peuvent proposer des créneaux avec ou sans paiement en ligne, valider eux-mêmes les demandes et recevoir les réservations par notification, mail ou SMS. Leurs agendas peuvent également être synchronisés avec d’autres plateformes. Un point auquel Yanis Foy tient particulièrement : « VEENI ne prélève aucune commission sur chaque transaction. Les paiements sont versés directement aux professionnels ».
1 000 utilisateurs quotidiens
Avec près de 27 000 téléchargements, VEENI a déjà trouvé une belle visibilité. Mais pour Yanis Foy, le véritable indicateur se situe ailleurs : dans l’usage réel de l’application. « Les téléchargements, c’est important, mais ça ne veut pas dire que les gens utilisent l’application », souligne-t-il. Aujourd’hui, VEENI revendique environ 1 000 utilisateurs quotidiens, avec un temps moyen de connexion proche de cinq minutes.
L’équipe suit donc de près les comportements sur la plateforme : temps passé, contenus consultés, lieux les plus recherchés ou encore fonctionnalités utilisées. Des données qui permettent d’affiner l’application et qui pourraient, à terme, devenir aussi un outil précieux « pour les professionnels afin de mieux répondre aux attentes des visiteurs ».
Une audience moitié locale, moitié extérieure
VEENI ne séduit pas seulement les touristes préparant leur séjour. « Environ 50 % des utilisateurs se trouvent sur les territoires couverts par l’application et 50 % dans l’Hexagone ou à l’étranger », précise Yanis Foy. Une répartition qui confirme l’intérêt des habitants pour redécouvrir leur propre territoire.
Accompagner les petites structures
VEENI veut aussi faciliter l’accès au numérique des petites structures touristiques, parfois peu équipées. Certains professionnels contactent directement la plateforme, d’autres sont repérés par l’équipe via les réseaux sociaux, les recommandations des utilisateurs ou sa connaissance du terrain. L’idée est de leur proposer des outils simples sans multiplier les interfaces complexes.

Certifié Lokal
Cette sélection s’accompagne d’un badge « certifié Lokal », attribué gratuitement aux lieux ou expériences jugés particulièrement ancrés dans le territoire. Une manière de valoriser aussi bien une activité culturelle qu’une plage fréquentée par les habitants ou un professionnel proposant une expérience authentique.
Une plateforme indépendante et une équipe resserrée
VEENI est aujourd’hui autofinancée, une indépendance à laquelle Yanis Foy tient particulièrement. « On ne dépend de personne », résume-t-il. Sans investisseur extérieur ni institution pour orienter ses choix, l’équipe peut faire évoluer rapidement l’application, tester de nouvelles fonctionnalités et s’adapter aux retours des utilisateurs.
Autour de Yanis Foy, qui a développé lui-même une grande partie de l’application, trois proches ont rejoint l’aventure : Jasmine Enjreni, sa compagne, gère la relation avec les utilisateurs et les professionnels, avec parfois jusqu’à une cinquantaine de messages par jour ; Stacy Numa s’occupe de la prospection auprès des professionnels et Myrlinn Jasmine de la communication. Une organisation qui permet à VEENI de rester agile, tout en s’appuyant sur un réseau local pour garder un lien direct avec le terrain.
Des Outre-mer à l’Afrique
Présente aujourd’hui en Guadeloupe, en Martinique, à Saint-Martin et en Guyane, VEENI veut désormais poursuivre son déploiement dans les autres territoires ultramarins, avant de s’ouvrir progressivement vers l’Afrique : « Si l’on raisonne en termes de bassins de vie et de liens culturels, certains pays africains entretiennent naturellement des proximités avec les territoires ultramarins. Ce sont aussi des marchés où l’offre touristique se développe. »
Un changement d’échelle qui nécessitera toutefois de nouveaux relais par des partenariats avec les acteurs touristiques et institutionnels locaux. Avec un défi : grandir sans perdre ce qui fait aujourd’hui son identité : « Ce qu’on peut nous souhaiter, c’est de continuer à grandir, de convaincre davantage de professionnels et de faire évoluer VEENI avec eux. Mais l’objectif reste le même : nous n’avons pas créé l’application pour gagner de l’argent, nous l’avons pensée comme un outil au service du territoire. »

