Les bovins n'ont plus de quoi se nourrir alors le monde agricole se serre les coudes. Hier (13 août), Banamart a livré plusieurs tonnes de bananes à la Codem, pour alimenter les bêtes des éleveurs du sud de l’île et éviter des morts certaines. Un sujet de notre partenaire RCI Martinique.
Terres asséchées, pâturages insuffisants et manque de ressources en eau : avec la sécheresse actuelle, ce sont plus de 200 bovins, sur un cheptel de 8000 bêtes, qui sont décédés du manque d’alimentation depuis début 2026.
Devant cette sécheresse alarmante, le monde agricole martiniquais se mobilise, en attendant des aides de « plusieurs centaines de millions d’euros », annoncées jeudi 13 août par la ministre de l’agriculture, Annie Genevard.
Des bananes parties de Basse-Pointe jusqu'à Sainte-Luce
Ce jeudi, la coopérative Banamart a livré un peu plus de 13 tonnes de Bananes, issues des écarts de production, à la Coopérative des Éleveurs Martiniquais (Codem), avec un soutien financier de l'État. Parti de Basse-Pointe, le convoi de bananes est arrivé jusqu’à Trois-Rivières à Sainte-Luce, son point de dépôt.
Pour André Prosper, président de la Codem, c’est une aide vitale aux éleveurs du sud, sévèrement touchés par la sécheresse. « On essaie de sauver le cheptel martiniquais. Grâce à nos partenaires Banamart, la filière Sica Canne Union, le Crédit Agricole, tous nos partenaires MNA, nous avons la possibilité aujourd'hui d'aider les éleveurs. Aujourd'hui, c'est Banamart qui nous donne à peu près 13 tonnes de bananes dispatchées sur les communes du Sud pour permettre aux éleveurs de protéger, de sauver leurs troupeaux ».
Mais pour lui, cette aide permet seulement de parer à l’urgence. « Regardez, déjà autour de nous, il n'y a plus rien. La végétation est complètement brûlée. Nous sommes très inquiets pour les 15 jours qui viennent parce que le cheptel ne va pas supporter 15 jours de pénurie d'alimentation. Donc, c'est un cheptel menacé. On a déjà des éleveurs qui perdent près de 30 bêtes et sur les six premiers mois de l'année, on a déjà 200 bêtes de mortes. C'est une catastrophe sanitaire qui s'annonce sur le territoire ».
« Ce ne sera pas suffisant »
Un état des lieux que confirme, avec désespoir, Marc-André Muller, éleveur de bovins, venu participer à cette action de distribution et de collecte. « On a l'opportunité d'avoir des résidus de bananes pour alimenter nos troupeaux, ce qui n'est pas négligeable. On fait diligence pour pouvoir approvisionner les troupeaux de part et d'autre. Nos animaux n’ont pas de quoi s’alimenter à cause la sécheresse. On manque de fourrage, que ça soit sur les exploitations ou pour la pâture, mais aussi pour l'approvisionnement en balles de foin qui est néant actuellement. On subit aussi le manque d'eau. Cet apport extérieur ne sera pas suffisant mais c'est le peu à prendre actuellement. A travers cette action, je pense que tout le monde nous verra, les autorités, les politiques aussi, et vont prendre en conscience que c'est la crise aujourd'hui. On tire la sonnette d'alarme parce qu'on n'a plus de quoi alimenter nos animaux ».
Cette première opération de distribution de bananes aux éleveurs pourrait être reconduite de façon régulière pendant les prochaines semaines. C’est ce qu’annonce Jean-Claude Marraud des Grottes, président de Banamart, pour qui il est naturel que le « monde agricole » soit solidaire.
« Nous sommes avant tout agriculteurs. Et un agriculteur, qu'il soit de la banane ou éleveur, quand il voit l'état de ce pâturage, il comprend tout de suite. On a ça dans le sang. On ne peut pas laisser passer cette chose-là. Au niveau de la banane, nous avons des écarts de tri qui nous permettraient, selon mes calculs, de faire des dons à l’élevage le temps de reconstituer ce pâturage. Car même s'il pleut ce week-end, les vaches vont encore souffrir pendant trois mois. Pendant trois mois, on peut mettre le paquet. J'estime qu'on peut faire un don de 300 tonnes par semaine ».
RCI Martinique

