Assurer aujourd’hui l’approvisionnement énergétique de la Guadeloupe, et de la Guyane et de la Martinique, tout en réduisant la part des énergies fossiles, c’est le défi que relève SARA. Devenue la première industrie pétrolière à adopter le statut d'entreprise à mission en décembre 2023, la Société Anonyme de la Raffinerie des Antilles veut désormais inscrire cette transformation dans la durée, mais aussi en mesurer les résultats. Pour Outremers360, Valérie Pavius, directrice RSE/Durabilité de SARA, revient sur les engagements de l’entreprise en matière de transition énergétique, d’insertion, d’éducation et d’environnement, et défend une conception de la durabilité profondément ancrée dans le développement des territoires antillo-guyanais.
Concilier sécurité énergétique et transition écologique
Comment concilier le métier historique d’une entreprise pétrolière avec l’impératif de transition écologique ? Pour SARA, la réponse passe désormais par la notion de durabilité environnementale, mais également économique et sociale.
Un positionnement particulier pour une entreprise qui occupe depuis plus de cinquante ans une place centrale dans l’approvisionnement énergétique de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Martinique . « L’activité de l'entreprise touche aussi bien le quotidien des habitants que le fonctionnement des économies ultramarines. » précise Valérie Pavius. Ses décisions ont donc, souligne-t-elle, « des conséquences qui vont largement dépasser le cadre de l'entreprise ».
C'est aussi ce qui a conduit SARA à franchir une nouvelle étape en décembre 2023 en devenant officiellement entreprise à mission. Introduit par la loi Pacte de 2019, ce statut permet à une entreprise d’inscrire dans ses statuts une raison d’être et des objectifs sociaux et environnementaux qu’elle s’engage à poursuivre et à mesurer dans le temps. Trois objectifs statutaires en découlent : réduire son empreinte carbone, servir les territoires et contribuer à l’accélération de leur transition énergétique.
Penser la transition territoire par territoire
SARA travaille plus largement sur la décarbonation de son activité historique et le développement de nouvelles énergies. Avec une conviction : les solutions définies pour l'Hexagone ne peuvent pas nécessairement être transposées telles quelles dans des territoires insulaires non interconnectés, sans production nucléaire et soumis à des contraintes énergétiques spécifiques. La transition doit donc être pensée territoire par territoire.

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Accepter de mesurer la performance
Pour Valérie Pavius, devenir entreprise à mission ne signifie pas simplement ajouter un label à une politique RSE existante. « Notre performance ne va pas se mesurer uniquement à notre capacité à assurer l'approvisionnement énergétique des Antilles-Guyane, mais également à la manière dont nous allons contribuer à leur développement », explique-t-elle. Avec, à la clé, une différence essentielle : « C'est accepter de rendre des comptes sur nos engagements, de mesurer nos résultats et de démontrer que nos décisions et nos actes sont cohérents avec la mission que nous nous sommes donnés. »
Désormais, chaque action est examinée à l’aune de la mission : pourquoi l’accompagner ? À quel objectif répond-elle ? Quel impact peut-elle produire ? Une manière, selon la directrice RSE, de structurer et d’inscrire dans la durée des engagements qui existaient déjà. Et les terrains d’action sont nombreux.

Faciliter la mobilité avec la Fondation SMA
Parmi les priorités, l’éducation et l’insertion occupent une place centrale. SARA s'est notamment engagée aux côtés de la Fondation du Service militaire adapté (SMA), qui accompagne des jeunes vers l'emploi et la formation.
L'expérience a aussi mis en lumière un obstacle très concret et commun aux trois territoires : la mobilité. L’absence de véhicule peut suffire à empêcher un jeune de se rendre à un entretien, à une formation, à un stage ou même à son premier emploi. SARA a donc choisi de compléter son soutien financier par la mise à disposition de véhicules permettant aux bénéficiaires de sécuriser temporairement leurs déplacements. En Guyane, ce partenariat a encore été renforcé en janvier 2026 par deux conventions avec la Fondation SMA associant financement, mécénat de compétences, mentorat et don d’un véhicule.

Encourager les filières scientifiques avec l’Insa Martinique
Autre engagement : l’enseignement supérieur scientifique. SARA accompagne le développement de l’INSA Martinique, avec une logique à la fois éducative et territoriale. L'entreprise participe financièrement au dispositif, accueille des stagiaires et encourage ses collaborateurs à partager leur expérience et leur expertise auprès des étudiants. Pour cet industriel qui emploie de nombreux ingénieurs, l'enjeu consiste aussi à développer localement les compétences dont les territoires auront besoin demain.


La directrice RSE insiste également sur la nécessité d’encourager davantage les jeunes filles vers les filières scientifiques et technologiques et de combattre les mécanismes qui les conduisent, malgré de bons résultats scolaires, à se détourner ensuite de ces cursus.

De la mangrove à l’hydrogène
La durabilité passe aussi par des projets environnementaux très locaux. En Martinique, SARA accompagne ainsi une action de préservation et de restauration de la mangrove au Lamentin. L'entreprise a notamment mis à disposition un véhicule électrique destiné aux interventions sur le terrain, à la plantation et aux opérations de sensibilisation menées auprès des scolaires et des entreprises.
Mais l'enjeu majeur demeure évidemment énergétique. SARA assume ici une position singulière : continuer à assurer un approvisionnement encore largement dépendant des produits pétroliers, tout en préparant les solutions capables de les remplacer progressivement. « C'est maintenant qu'il faut agir », insiste Valérie Pavius. Pour une industrie lourde, les transformations engagées aujourd'hui détermineront encore le fonctionnement de l'outil industriel en 2030 ou 2035.
En Guadeloupe, le projet JarHy donne une traduction concrète à cette stratégie. Mise en exploitation dès mars 2023 puis officiellement inaugurée en juin 2024, cette station pilote produit jusqu’à 2 kg d’hydrogène par jour et permet notamment d'alimenter deux véhicules légers. Elle doit servir de démonstrateur et contribuer à faire émerger une filière locale autour de l'hydrogène.

Un comité de mission pour « challenger » l’entreprise
Le statut d'entreprise à mission implique également une nouvelle gouvernance. SARA a fait le choix d'un comité très largement ouvert sur l'extérieur : un seul de ses membres est issu de l'entreprise, les autres représentant les territoires et différents univers économiques et institutionnels.
Il est présidé par Alain Bièvre, président du directoire de la Société Aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes. À ses côtés siègent Aurélien Adam, secrétaire général de la préfecture de la Martinique et sous-préfet de Fort-de-France ; Bruno Mencé, président du directoire du Grand Port Maritime de la Martinique ; Pierre-Gilles Placide, directeur du Centre d’affaires LCL Martinique ; Carine Sinaï-Bossou, présidente de la CCI de Région Guyane ; ainsi que Francisca Rolle, secrétaire du CSE de SARA, seule membre interne et représentante des salariés.
Le comité compte également parmi ses invités permanents Maud Charles-Duchel, directrice du cabinet Capvergence et spécialiste des stratégies écoresponsables, tandis que le directeur général, Olivier Cotta jusqu’en juillet 2026 et Lionel Mazaud depuis, et Valérie Pavius y participent comme invités permanents internes.
Cette composition est assumée comme un moyen d'éviter l'entre-soi. « Nous avons choisi de n'avoir qu'un seul membre interne et tous les autres sont des membres externes parce que c'était vraiment la volonté d'être le plus transparent possible », explique Valérie Pavius. Le rôle du comité n'est pas simplement de valider les actions réalisées : ses membres examinent les avancées et émettent des recommandations.
Chaque territoire est représenté afin de confronter les projets aux réalités locales. Le principe est simple : ceux qui connaissent directement un territoire sont aussi les mieux placés pour dire si une initiative répond effectivement à ses besoins.
Un premier audit favorable
Le dispositif ne repose pas seulement sur cette gouvernance interne et externe. Une entreprise à mission doit également se soumettre au contrôle d'un Organisme Tiers Indépendant (OTI), dont l'avis est rendu public.
SARA a connu sa première vérification entre mai et juin 2025. Quatorze entretiens ont été menés auprès de dirigeants, collaborateurs, membres du comité de mission et parties prenantes extérieures. Au terme de l'exercice, l'avis rendu est favorable sur les trois objectifs statutaires.
Une exigence de contrôle que SARA revendique. Pour Valérie Pavius, cette contrainte fait précisément partie de l'intérêt du statut et permet ainsi de rendre les engagements vérifiables plutôt que simplement déclaratifs.
La transformation se joue aussi en interne
Selon Valérie Pavius, plus de 41 % des collaborateurs se sont engagés dans des actions RSE. « SARA a également instauré une journée d'engagement social et citoyen : une journée rémunérée pendant laquelle le salarié peut quitter son poste pour consacrer son temps à une association ou à une initiative d'intérêt général. »
Car derrière le changement de statut se dessine l’ambition de démontrer qu'une entreprise industrielle peut simultanément préparer sa transformation et participer au développement durable des territoires auxquels elle est intimement liée.
Pour Valérie Pavius, la réussite pourra aussi se mesurer à l'effet d'entraînement produit autour de SARA. La Martinique compte six entreprises à missions, la Guadeloupe 5 et la Guyane 2 : « Voir ce mouvement s'amplifier constituerait déjà une forme de succès. »
Au-delà de son propre changement de statut, SARA entend aussi démontrer : « qu'il est possible de concilier performance industrielle, sécurité énergétique et contribution au développement des Antilles et de la Guyane ».

