Trois groupes politiques – deux indépendantistes et un autonomiste- ont cosigné et fait adopter à l’unanimité, ce vendredi en commission à l’Assemblée territoriale de Polynésie, une proposition de « résolution historique » demandant la mise en œuvre effective du processus d’autodétermination sous l’égide de l’ONU. Explications de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
Une fois n’est pas coutume, les partis indépendantistes et autonomistes de l’Assemblée se sont unis en cosignant une proposition de texte commun. Et pas n’importe lequel. Ce vendredi, la commission des institutions de l’Assemblée a examiné puis adopté à l’unanimité un texte demandant la mise en œuvre effective du processus d’autodétermination sous l’égide de l’ONU.
Une proposition de « résolution historique » co-rapportée par trois élus issus des trois groupes politiques : Antony Geros qui est le vice-président du groupe indépendantiste Tavini Huira’atira, le président de A Fano Tia -plutôt indépendantiste- Tematai Le Gayic et le président du groupe autonomiste Tapura Huira’atira, Édouard Fritch.
La mise au vote de cette résolution est partie d’un constat commun : « Treize ans après la réinscription de la Polynésie sur la liste onusienne des territoires non autonomes en mai 2013, aucun mécanisme concret n’a été mis en place, ni mission de visite des Nations Unies, ni programme de travail, ni dialogue organisé avec l’État français », a souligné le Tavini sur ses réseaux vendredi soir.
Le texte présenté ce vendredi formule donc trois demandes : l’organisation d’une mission de visite du Comité spécial des Vingt-Quatre (C24) en Polynésie « afin que l’ONU constate directement la situation du territoire et entende ses institutions et sa société », l’établissement d’un programme de travail fixant étapes, garanties démocratiques, modalités d’information du peuple et calendrier, et enfin l’ouverture d’un dialogue structuré avec Paris, accompagné par les Nations Unies, sur les modalités et le calendrier de ce processus.
La force du texte réside aussi dans ce qu’il ne dit pas : l’article 6 précise que le vote n’engage aucun élu sur une option institutionnelle particulière, à savoir l’indépendance, l’autonomie, l’indépendance-association ou tout autre statut. En se concentrant sur la méthode plutôt que sur l’issue, les trois partis renvoient la décision finale au peuple polynésien lui-même, seul habilité « à décider de son avenir institutionnel ».
« Le présent projet de résolution vise à permettre à l’Assemblée de la Polynésie française de prendre position sur cette situation et, surtout, de proposer une démarche commune permettant de faire progresser concrètement le processus engagé en 2013. » Et d’ajouter : « Cette démarche n’a pas pour objet de préjuger de l’issue institutionnelle ou politique qui pourrait, à terme, être retenue par le peuple de la Polynésie française. »
Après avoir été adopté ce vendredi, en présence du président du Pays Moetai Brotherson, de Titaua Peu en tant que déléguée au suivi des conséquences des essais nucléaires et de Mareva Lechat-Kitalong, déléguée aux affaires internationales, européennes et du Pacifique, le texte doit désormais être examiné en séance plénière par l’ensemble des représentants de l’Assemblée, vraisemblablement ce jeudi, avant que les délégations indépendantistes et autonomistes , ne s’envolent à New York pour l’Assemblée générale des Nations Unies.
Cette alliance inédite sur le sujet de l’avenir institutionnel, a surtout lieu un mois et demi après le lancement, par Oscar Temaru, d’une démarche visant à proclamer unilatéralement la « pleine souveraineté des États fédérés de Mā’ohi Nui ». Une démarche que le président du Tavini espère lui aussi défendre devant l’Onu et qui a provoqué une levée de bouclier côté autonomiste et un malaise au sein de son propre parti.
C’est justement pour contrecarrer cette initiative que les trois groupes de l’assemblée — y compris ceux de son propre camp — se sont penchés ce vendredi sur cette proposition de résolution, manifestement non concertée avec le président du parti bleu ciel et leader historique du mouvement indépendantiste.
Édouard Fritch, président du Tapura, ne cache pas cette dimension tactique : « Nous voulons réagir fermement au projet de résolution qui est proposé par le Tavini Huira’atira et en particulier par Oscar Temaru » explique-t-il au micro de Radio 1, rappelant qu’il réclame depuis 2018 une visite onusienne en Polynésie pour « voir comment les accusations qui ont été faites contre la France sont réalité ou pas ici ». Une position confirmée par un communiqué du Tapura publié dans la foulée : « L’avenir de la Polynésie ne peut être décidé unilatéralement par un homme ou par un parti. »
« L’ONU doit constater, écouter et établir les faits », insiste dans son communiqué le groupe autonomiste. « C’est précisément parce que nous avons confiance dans la réalité de notre pays que nous demandons que les faits soient établis », ajoute Édouard Fritch, qui entend donc « défendre la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui, une situation d’autonomie large qui est pratiquement unique. La preuve, c’est que les départements d’Outre-mer français revendiquent aujourd’hui un statut similaire à celui de la Polynésie ».
De son côté, le président du Pays, Moetai Brotherson, a indiqué, directement dans que « le gouvernement s’inscrivait pleinement dans cette démarche », évoquant la possibilité qu’il adopte lui aussi un vœu en ce sens. Plusieurs étapes restent donc à franchir maintenant. Si le texte est adopté en séance plénière jeudi, il sera ensuite transmis à l’ONU ainsi qu’au Haut-commissaire de la République, représentant de l’État en Polynésie.
Lucie Ceccarelli pour Radio 1 Tahiti

