L’essor de l’intelligence artificielle générative transforme déjà les pratiques dans l’enseignement supérieur. Face à des travaux parfois difficiles à authentifier, les enseignants de l’Université de la Polynésie française adaptent leurs méthodes d’évaluation. L’établissement souhaite également proposer des outils sécurisés afin de mieux protéger les données universitaires. Détails avec notre partenaire TNTV.
Des dissertations parfaitement structurées, des exposés soigneusement construits et des formulations particulièrement fluides : l’intelligence artificielle générative s’invite désormais dans les salles de cours. Depuis plusieurs mois, les enseignants de l’Université de la Polynésie française constatent une évolution notable dans les travaux de leurs étudiants. Mais lorsqu’il faut défendre ces derniers à l’oral, les limites apparaissent parfois.
« Cela se remarque dans les travaux que rendent les élèves lorsqu’il est question par exemple de rendre une dissertation dont le style est beaucoup trop lisse ou beaucoup trop différent de ce dont on a l’habitude pour cet étudiant en particulier. Cela peut se remarquer aussi dans les exposés oraux qui auront été faits avec l’IA et qui là encore ne ressemblent pas à l’argumentation que présentent habituellement les étudiants », explique Marie Leyral, maître de conférences en langue et littérature françaises.
Des évaluations repensées
Pour les enseignants, l’utilisation de l’IA impose de revoir certaines modalités d’évaluation afin de ne pas noter uniquement des travaux rédigés en dehors des salles de classe. Ils misent notamment davantage sur les échanges à l’oral.
« On ne va pas supprimer les exposés, l’expression orale c’est quelque chose d’important, mais on va privilégier le dialogue, les questions, pour vraiment vérifier finalement que l’étudiant maîtrise son sujet et qu’il a acquis les bases de ce qu’il doit avoir. »
Les longues épreuves sur table, d’une durée de cinq, six ou sept heures, font également leur retour, notamment dans les filières littéraires. Elles permettent de s’assurer que les étudiants mobilisent eux-mêmes leurs connaissances et leurs capacités de réflexion.
Cette évolution concerne toutefois l’ensemble des disciplines. Pour le corps enseignant, le principal risque ne réside pas seulement dans la triche, mais aussi dans le fait d’accepter sans recul les réponses fournies par l’intelligence artificielle.
« Le plus gros danger, c’est de prendre la réponse sans avoir un esprit critique ou la compétence nécessaire pour comprendre la réponse de l’IA », souligne Sébastien Chabrier, vice-président des systèmes d’information et du numérique de l’UPF.
« Un étudiant qui ne pense pas, c’est forcément un citoyen qui manque d’esprit critique, c’est quelque chose qui nous alerte », indique de son côté Marie Leyral.
Apprendre à travailler avec l’IA
Certains enseignants choisissent donc d’apprendre aux étudiants à utiliser l’intelligence artificielle comme un outil. Une manière de stimuler l’écriture et la réflexion plutôt que de les remplacer.
« On a mené un atelier d’écriture créative, c’est-à-dire dans le cadre duquel les étudiants ont proposé des nouvelles par exemple, ou de la poésie qui devait être inventée. On peut très bien demander à une IA générative de produire pour nous. En revanche, si vous réfléchissez très précisément aux promptes que vous allez rédiger, à ce que vous souhaitez, aux modalités, aux contraintes, alors vous êtes déjà en train de faire un travail de création. Donc il peut y avoir un partenariat finalement de collaboration avec l’IA. »
L’intelligence artificielle apparaît désormais comme un outil incontournable. Pour l’université, tout l’enjeu consiste à accompagner son utilisation. L’établissement ne se contente donc pas d’adapter ses examens : il souhaite également fournir ses propres outils numériques.
« L’IA nous oblige à repenser et à fournir aux enseignants et à l’université des outils qu’ils attendent et des réponses aux problématiques de formation, d’encadrement et pratiques qu’elles sont en mesure d’attendre de l’administration », explique Nicolas Truchot, responsable de la transformation numérique à l’UPF.
Protéger les données universitaires
Derrière l’essor de l’IA se pose enfin la question de la protection des données. Pour l’UPF, il n’est pas question que les copies des étudiants ou les travaux de recherche servent à entraîner des modèles étrangers. L’université expérimente donc des solutions françaises, hébergées sur des infrastructures nationales de recherche.
Par TNTV

