Le nouveau parti de Moetai Brotherson a enfin publié sa déclaration d’association au Journal officiel. L’annonce ne fait pas de référence à l’indépendance ou à l’autodétermination, mais à un projet politique « fondé sur les trois souverainetés : économique, alimentaire et énergétique » et sur la défense de « la dignité, l’identité, les langues, les cultures et les solidarités polynésiennes ». Une étape importante pour A Fano tià, qui accélère aussi son effort de recrutement, comme le montre le ralliement d’Ernest Teagai. Détails avec notre partenaire Radio 1.
Trois mois et demi. C’est le temps qu’il aura fallu entre les premières annonces de constitution d’un nouveau mouvement par Tematai Le Gayic et Moetai Brotherson, et sa formalisation, actée le lundi 20 juillet dans une publication au Journal officiel de la Polynésie française. Entre-temps, et après un discours en forme de manifeste prononcé par le président du Pays le 9 avril dernier à Tarahoi, les statuts du nouveau parti aux couleurs bleu foncé ont été rédigés. Et une assemblée constitutive a eu lieu le 20 juin à Papeete, dans une relative discrétion, justifiée par la santé chancelante d’Oscar Temaru, qui a plusieurs fois tenté de dissuader cette scission au sein du Tavini. On apprenait tout de même, au sortir de cette réunion fondatrice, que Moetai Brotherson était bien le président de A Fano tià, Tematai Le Gayic, chef du groupe à Tarahoi, son vice-président, en plus de huit présidents de sections collant aux circonscriptions des territoriales. Celle des îles Sous-le-Vent est sous la responsabilité de la députée Mereana Reid Arbelot. Suivant la procédure classique de constitution des associations, ces statuts, ainsi que la liste de ses cadres et le procès-verbal de l’assemblée générale doivent être ensuite déposés au Haut-commissariat. Ce qui avait été fait le 2 juillet. La publication au JOPF, obligatoire sous un mois, était la dernière étape de cette formalisation.
Les « trois souverainetés »
La brève déclaration d’association précise que A Fano Tià, hormis les objectifs généraux d’un parti politique – « concourir à l’expression du suffrage universel », « participer à la vie démocratique » et « contribuer au débat public en Polynésie française, dans le respect des principes constitutionnels, démocratiques et républicains » – a pour objet « de rassembler les personnes physiques partageant ses principes et son projet politique fondé sur les trois souverainetés : économique, alimentaire et énergétique ». Aucune référence à la quête de l’indépendance ou au droit à l’autodétermination, mais les membres du nouveau parti devront « défendre les intérêts matériels, sociaux, économiques, culturels, environnementaux et institutionnels de la Polynésie française », « promouvoir la dignité, l’identité, les langues, les cultures et les solidarités polynésiennes » et « contribuer à l’élaboration de projets publics pour les communes, les archipels et la Polynésie française ». Le parti, dont le siège social est établi dans une résidence de Pamatai, à Faa’a, « exerce son activité dans le respect des principes démocratiques, de la probité, de la transparence, du pluralisme et de l’égalité entre les femmes et les hommes », précise encore l’annonce officielle.
Ernest Teagai, premier tavana et 17ᵉ élu à Tarahoi
Cette formalisation intervient alors que A Fano tià accélère sa structuration, urgente vu les risques de renversement du gouvernement et d’élection territoriale anticipée. Si le nouveau parti n’a émis qu’un seul communiqué – un premier acte qui a abouti à la démission d’office de Moetai Brotherson du Tavini –, n’a jamais tenu de conférence de presse, de congrès ou de réunion publique officielle, ni lancé sa communication sur les réseaux sociaux, il a connu deux ralliements récents. Ceux du représentant bleu ciel et maire déléguée de Ruutia, à Taha’a, Tevahiarii Teraiarue, d’abord, puis Ernest Teagai, qui a annoncé quitter à son tour le Tavini ce vendredi.
Le tavana de Tatakoto a expliqué, au micro de Polynésie la 1ʳᵉ, vouloir « faire avancer le Pays, mais surtout pouvoir avoir des financements pour les projets de sa commune », citant un projet d’abri pour le coprah, des achats d’engins pour la municipalité et une salle polyvalente dont le financement avait déjà été refusé par le Pays en 2024. De quoi donner du grain à moudre à l’opposition, autonomiste notamment, qui accuse Moetai Brotherson d’utiliser ses fonctions présidentielles pour recruter à A Fano tià. « Moetai ne m’a rien promis, mais je place beaucoup d’espoir en lui », précisait tout de même l’élu des Tuamotu, ancien président du SIVMTG, où il avait été remplacé à la mi-mai, après s’être fait remarquer par la chambre territoriale des comptes pour ses frais de missions abusifs dans cette fonction, ses « manœuvres grossières », et ses projets mal conduits. Ernest Teagai assume aussi d’être en charge de convaincre d’autres élus, aux Tuamotu mais pas seulement, de rejoindre le mouvement bleu foncé.
À Tarahoi, ces deux transferts devraient faire grimper à 17 le nombre d’élus du groupe A Fano Tià, contre 20 pour le Tavini et 16 pour le Tapura. À noter qu’un renversement du gouvernement ferait redescendre vers l’assemblée Moetai Brotherson et Minarii Galenon, qui remplaceraient Cliff Loussan et Ruben Teremate, deux élus bleu ciel. Si on considère au Tavini que l’hémorragie d’élus est terminée, A fano tià ne compte pas s’arrêter là. Et c’est aussi du côté du Tapura qu’on craint des départs d’élus, ce qui serait un mauvais signal à deux mois des sénatoriales. « M. Brotherson met les moyens pour s’acheter la sympathie des électeurs et de certains maires », lançait ainsi mardi Édouard Fritch, en regardant notamment du côté des Marquises, où le conseil des ministres s’est délocalisé cette semaine.
Par Radio 1

