Oui ou non à l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie : Les conséquences en débat à Paris

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Oui ou non à l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie : Les conséquences en débat à Paris

A l'invitation de Jean Castex, indépendantistes et loyalistes de Nouvelle-Calédonie se réunissent du 25 mai au 3 juin à Paris pour tenter de préciser les conséquences du maintien ou non de l'archipel dans le giron français.

« Il s'agit de forcer tout le monde à discuter de ce que sera le jour d'après », indique-t-on dans l'entourage de Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer. Ces échanges sont indispensables alors qu'un troisième et dernier référendum sur l'indépendance doit se tenir avant octobre 2022 en Nouvelle-Calédonie, mettant un terme à l'accord de Nouméa (1998), qui a organisé l'émancipation progressive de ce territoire de 270 000 habitants. 

Les deux premiers scrutins référendaires, en 2018 et 2020, ont vu la victoire des partisans du maintien dans la France, avec des scores qui se sont érodés de 56,7% à 53,3%. Quel que soit le résultat du troisième vote, il faudra imaginer un nouveau statut pour le Caillou où les clivages politiques sont aussi communautaires, entre loyalistes très majoritairement d'origine européenne et indépendantistes kanak (peuple autochtone).

La semaine dernière, le gouvernement a transmis à dix dirigeants locaux (5 loyalistes, 5 indépendantistes) un document de plus de 40 pages, attendu de longue date, détaillant les conséquences du oui et du non à l'indépendance. Ce texte confidentiel, qui doit nourrir les échanges parisiens, décline les impacts techniques, juridiques et financiers dans le domaine des compétences régaliennes, de la citoyenneté, de l'économie, du corps électoral ou encore de la position vis-à-vis de l'ONU. Depuis 1986, la Nouvelle-Calédonie est réinscrite sur la liste des pays et territoires à décoloniser des Nations Unies.

« On a toujours réclamé que la France nous dise quels sont ses intérêts à maintenir sa présence ici », rappelle Gilbert Tyuienon, vice-président de l'Union Calédonienne (UC-FLNKS) dont le parti avertit que « rien » ne serait validé à Paris. Côté loyaliste, Thierry Santa, président du 16ème gouvernement et du parti Rassemblement-LR, salue « le travail de fond de l'État, qui va pouvoir être exploité lors des discussions ».

« Quand les acteurs politiques calédoniens seront à Paris, nous mettrons aussi sur la table un deuxième document sur les implications du OUI et du NON mais qui feront l’objet de négociation », avait aussi déclaré le ministre devant le Sénat, lors d'un débat sans vote autour de la Nouvelle-Calédonie le 4 mai. « Est-ce qu'une monnaie d’une Kanaky indépendante a vocation à s'adosser à l’euro ? Le principe, non. Est-ce que cela peut faire l’objet d’une négociation plus globale, peut-être », avait-il poursuivi. 

Des réunions avec différents ministères référents selon les thématiques sont à l'agenda, dont un entretien avec le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur la place de la Nouvelle-Calédonie dans l'axe Indo-Pacifique, que défend la France en contrepoint à « l'hégémonie chinoise ». Une « séquence » avec Emmanuel Macron pourrait « éventuellement » avoir lieu, a en outre indiqué le ministère des Outre-mer.

Désunion du FLNKS

La question sensible de la date du troisième référendum sera également évoquée. Les non indépendantistes le réclament « au plus vite » soit fin 2021, tandis que les indépendantistes n'en veulent pas avant septembre 2022. La période intermédiaire a été neutralisée pour éviter que le dossier calédonien ne devienne un enjeu national des élections présidentielle et législatives. Compte tenu des divergences, la date du scrutin pourrait n'être arrêtée que fin juin. « Nous nous tenons prêts techniquement à l’organiser fin 2021 ou au plus tard en octobre 2022. Ça va beaucoup dépendre des échanges politiques et des éclairages sur le OUI et le NON », avait ajouté Sébastien Lecornu devant le Sénat. 

Le paysage politique de Nouvelle-Calédonie ne sera pas au complet à Paris. L'Union nationale pour l'indépendance (UNI), qui forme avec l'Union Calédonienne (UC) les deux tendances du FLNKS, ne fera pas le voyage, en raison notamment d'un objectif « flou » de l'État « quant aux résultats escomptés et leur formalisation ». Cette formation, dont le chef de file est l'influent président de la province nord, Paul Néaoutyine, a aussi mis en cause la transmission jugée tardive du document sur les implications du oui et du non et « la rupture observée depuis 2 ans dans le pilotage de l'accord de Nouméa ».

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Il s'agit d'un nouvel épisode dans la lutte fratricide entre l'UC et l'UNI, qui empêche d'ailleurs le nouveau gouvernement collégial élu le 17 février, d'entrer en fonction. Alors que pour la première fois depuis le début de l'accord de Nouméa, les indépendantistes sont majoritaires dans l'exécutif (six membres sur 11), UNI et UC se disputent sa présidence. Le gouvernement sortant, présidé par Thierry Santa, est cantonné à l'expédition des affaires courantes. « C'est l'une des raisons majeures de notre décision » de ne pas aller à Paris, indique l'UNI, assurant ne pas « vouloir minimiser l'impact sur la crédibilité (des indépendantistes) » de cette situation au gouvernement local.

Avec AFP.