Nouvelle-Calédonie : « On avance à petit pas », « jamais été aussi proche », « une séquence utile »… Les réactions politiques après le départ de Manuel Valls

D’en haut à gauche à en bas à droite, Virginie Ruffenach (Rassemblement), Emmanuel Tjibaou (FLNKS), Milakulo Tukumuli (Éveil océanien) et Sonia Backès (Loyalistes) sont revenus sur les avancées constatées après quatre jours de négociations conduites par l Photos Archives LNC et Outremers360

Nouvelle-Calédonie : « On avance à petit pas », « jamais été aussi proche », « une séquence utile »… Les réactions politiques après le départ de Manuel Valls

Le ministre des Outre-mer a quitté la Nouvelle-Calédonie mardi 1er avril, après quatre jours de « discussions préparatoires aux négociations » conclues par la rédaction d’un projet d’accord sur l’avenir institutionnel. Si les avancées restent modestes, les responsables politiques qui y ont pris part continuent de saluer la méthode Valls et assurent vouloir parvenir à un accord dans un mois, tout en évoquant des divergences encore importantes. Réactions recueillies par notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.

Virginie Ruffenach (Rassemblement) : « Un travail pas à pas »

« Le consensus n’est pas encore là. C’est un travail pas à pas qui a été mené ces quatre derniers jours, avec une méthode à saluer. Il y a un temps d’écoute du ministre très important. L’État a eu le mérite de poser un document sur la table, qui présente beaucoup de divergences. Et c’est la raison pour laquelle il reviendra à la fin du mois, pour à nouveau continuer ce travail lent et difficile.

Nous avons demandé à nous retrouver entre formations politiques calédoniennes. Nous considérons que nous pouvons aussi faire notre part du travail sans l’État. Les divergences sont toujours sur les grands sujets clés : l’autodétermination, évidemment, ainsi que le rôle et la place des institutions, notamment des provinces, le gel du corps électoral, une citoyenneté qui divise…

Aujourd’hui, il y a une confidentialité sur le projet d’accord, et on voudrait bien l’expliquer. Ça ne sert à rien de jeter en pâture un document dans lequel il y a beaucoup de divergences entre les uns et les autres, qui n’est absolument pas finalisé, et qui serait de nature à inquiéter la population plus qu’à la rassurer, parce que la compréhension de ce document nécessite du temps.

C’est un document de travail qui est vraiment à ses prémices, donc nous n’avons aucune raison de le rendre public, puisqu’il ne fait l’accord d’aucune des parties prenantes. Mais il n’y aura aucun accord validé sans que les Calédoniens soient consultés et votent. Ce sont eux qui auront le dernier mot. »

Emmanuel Tjibaou (Union calédonienne/FLNKS) : « Se tenir à la hauteur des enjeux »

« Personne n’est sorti de la table des discussions et un principe s’est dégagé autour d’une méthode de travail, dans laquelle les uns et les autres amendent un document posé sur la table par le ministre d’État. C’est l’occasion de rappeler que l’héritage de Nainville-les-Roches, les accords de Matignon-Oudinot et l’accord de Nouméa restent le socle des discussions. Mais également qu’on s’inscrit toujours vers une trajectoire pour la pleine émancipation.

Les discussions ont précisé le cadre, la méthode de travail, que tout le monde a approuvé, et ont permis de rappeler les fondamentaux. Il faut maintenant trouver un chemin qui permette d’écrire la suite de l’accord de Nouméa. On peut déjà saluer l’état d’esprit. Les débats, qui ont peut-être été parfois passionnés, sont toujours restés cordiaux et francs.

On a des engagements vis-à-vis de ceux qui nous ont mandatés, vis-à-vis de la population de notre pays, afin de dégager des perspectives sur la sortie institutionnelle, autant que sur la stabilité économique qui en découle. On va chacun retourner au sein de nos structures pour présenter la base de discussions et amener des éléments pour préparer la suite.

Cette première partie, pour nous, a permis de clarifier les termes du débat et la méthode. C’est la base d’un accord. C’est ce qui va nous permettre d’aborder plus sereinement la suite. Il faut se tenir à la hauteur des enjeux pour les familles endeuillées et pour les entreprises qui ont été détruites. C’est un capital social qu’il faut reconstruire. Ça passe par les politiques, mais certainement aussi par la société civile. C’est également le message qu’on va faire passer auprès de tous ceux qui nous ont mandatés. »

Sonia Backès (Loyalistes) : « Je ne suis pas capable de dire s’il y aura un accord ou pas »

« Il n’y a pas d’accord global ce soir [mardi NDLR], c’était prévisible. Les positions sont très éloignées sur un certain nombre de sujets. Malgré tout, on avance à petits pas, et on se dit des choses qu’il était nécessaire de se dire. Ce temps-là, il n’est pas perdu, on est encore tous autour de la table. On travaille sur des sujets concrets, on parle beaucoup de la place de chaque communauté sur ce territoire, et du fait de ne pas faire de différence entre les uns et les autres, c’est notre position.

On va continuer de travailler sous l’égide de l’État pendant la période d’absence du ministre, sous forme de plénières en visioconférence. L’ambition du ministre, c’est de revenir pour signer quelque chose. On souhaite tous trouver ce compromis qui permettra à la Calédonie de se reconstruire. Aujourd’hui, je ne suis pas capable de dire s’il y aura cet accord ou pas, et à quelle échéance.

Je comprends très bien la frustration des Calédoniens de ne pas savoir sur quoi on discute, mais honnêtement, il n’y a pas de scoop. Ils ont vu le précédent document, ils connaissent nos points de désaccord et les positions des uns et des autres. Elles n’ont pas changé. Je crois que ce qui a souvent fait échouer des recherches de compromis, c’est la communication anticipée. On a tous intérêt à faire le maximum pour trouver un accord. À la fin, les seuls décideurs seront les Calédoniens. Il ne faut pas considérer qu’il se passera quoi que ce soit dans leur dos. »

Philippe Dunoyer (Calédonie ensemble) : « On n’a jamais été aussi proche »

« Ce qui ressort de concret de cette nouvelle séquence, c’est qu’on est maintenant engagés dans une phase de négociation directe à partir d’un document proposé par l’État, sur des thèmes qu’on a retravaillés et avec l’objectif de parvenir à un accord global lors du prochain déplacement du ministre. D’ici là, un travail entre formations calédoniennes avec Éric Thiers, le représentant du Premier ministre, sera mené.

Tout le monde est resté pendant ces quatre jours, beaucoup de choses ont été dites, ça fait partie des discussions, ce n’est pas nécessaire de revenir sur les détails. Ce qui compte, ce que les Calédoniens attendent, c’est le résultat final. Ce n’est pas encore pour aujourd’hui, mais on a franchi un pas décisif, pour reprendre le terme du ministre d’État. Il peut paraître anecdotique, il peut paraître modeste, mais on n’a jamais été aussi proche de parvenir à quelque chose. Du moins, nous nous sommes fixés comme objectif d’y parvenir dans un mois. »

Milakulo Tukumuli (Éveil océanien) : « Le compromis commence à prendre forme »

« Il y a eu des échanges nourris au cours de ces quatre jours. Ce n’est pas terminé. On est amené à se revoir dans les prochaines semaines. Le ministre revient. On espère tous arriver définitivement à un compromis à ce moment-là de l’histoire. Les échanges ont été sincères, parfois même très durs. C’était important pour arriver à comprendre les espoirs de chacun, pour arriver à avancer.

Je crois que c’est une séquence qui a été utile. On s’est beaucoup arrêté sur l’autodétermination, mais aussi sur le passé de la Nouvelle-Calédonie. C’était essentiel, et c’était une manière d’appréhender les choses. Le compromis commence à prendre forme. »

Baptiste Gouret pour Les Nouvelles Calédoniennes