Les soixante et un nouveaux bénéficiaires de Cadres avenir ont été reçus vendredi 24 juillet à la résidence du haut-commissaire. Cette promotion 2026 inaugure un dispositif destiné à maintenir le lien avec le pays et à y préparer leur insertion professionnelle.
Jérôme Gau en a pour "au moins dix ans" d’études. À 19 ans, il fait partie des soixante et un nouveaux bénéficiaires du programme Cadres avenir, reçu vendredi 24 juillet à la résidence du haut-commissaire avant leur départ en formation. Le jeune Calédonien entrera en deuxième année de médecine à Bordeaux, avec l’intention de revenir exercer au pays. Le dispositif lui permettra de se consacrer pleinement à son cursus. "C’est une opportunité de faire des études sans avoir à travailler à côté", souligne le jeune homme. Lors d’un récent stage au Médipôle, Jérôme a vu des services saturés et le manque de médecins. "Je serais très heureux de revenir aider ma population", affirme-t-il.
La promotion 2026 réunit trente-trois étudiants et vingt-huit professionnels issus des trois provinces. Avec sept prolongations, elle compte en tout soixante-huit personnes. La santé et le soutien aux entreprises sont les secteurs les plus accompagnés. Né en 1989 sous le nom de 400 Cadres, dans le sillage des Accords de Matignon, le dispositif devenu Cadres avenir a financé plus de 2 100 parcours (lire ci-dessous).
Si les heureux élus affichaient un large sourire pour la photo de famille qui a suivi leur séminaire de préparation, ce vendredi, l’appréhension du départ n’était jamais très loin. Car intégrer Cadres avenir est un engagement. Il ne s’agit pas seulement de partir obtenir un diplôme en Métropole. Les bénéficiaires ont signé pour revenir exercer en Calédonie dans l’année suivant l’obtention de leur diplôme, même si une dérogation peut être accordée, au cas par cas.
"Préparer le retour et l’insertion"
Cette obligation ne garantit toutefois pas un emploi. Steven Joop, le directeur du programme, confirme que le taux de 93 % d’insertion professionnelle mis en avant par les services de l’État ne concerne que les bénéficiaires effectivement revenus au pays. Interrogé sur la proportion de retours, le directeur n’avance pas de chiffre précis. "Tout dépend du moment où on le mesure : au bout de six mois, d’u an ou de trois ans…", répond-il, tout en assurant que "la grande majorité" finit par rentrer au pays.
C’est justement pour préparer ce moment que Cap Carrière en Nouvelle-Calédonie est lancé cette année en collaborations avec Talents calédoniens, Sibel Mobilité pro et la Chambre de commerce et d’industrie. Avant même leur départ, les bénéficiaires réfléchissent déjà à leur futur emploi et maintiennent ensuite le lien avec les employeurs du pays. Ils pourront être conseillés par un professionnel ou accompagnés dans la création d’une entreprise. "Former des compétences ne suffit pas. Encore faut-il préparer leur retour et leur insertion", résume Steven Joop.
"Revenir servir le pays"
Mais pour les plus jeunes, la perspective du retour reste encore lointaine. Le premier défi sera déjà de réussir le départ. Originaire de Poindimié, Louise Poawi, licence de droit en poche, s’apprête à partir pour deux ans au moins, suivre un master en droits de l’homme, une spécialisation que ne propose pas l’Université de la Nouvelle-Calédonie. Elle veut devenir juriste et exercer au pays, mais pour l’instant elle appréhende le saut dans l’inconnu. "J’ai peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas réussir à m’intégrer…"
Soralya Gambey, elle, a déjà tracé dans son esprit la suite de son parcours. La jeune femme de 21 ans suivra à Lille une licence professionnelle dans la protection juridique avant de présenter le concours de conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation. Plusieurs membres de sa famille ont bénéficié de Cadres avenir, elle vit donc avec fierté cette aventure. Et elle sait déjà ce qu’elle veut : travailler pour la réinsertion des anciens détenus. "Je m’engage à revenir ici pour servir le pays", insiste-t-elle.
Le chemin que s’apprêtent à parcourir les deux jeunes femmes, Mellody Tranty, 39 ans, le connaît déjà, et dans les deux sens. Revenue au pays après un premier parcours avec Cadres avenir, cette éducatrice spécialisée y travaille depuis onze ans. Aujourd’hui éducatrice de rue à la mairie de Nouméa, elle repart à Toulouse préparer le certificat requis pour diriger un établissement ou un service social. Son expérience illustre concrètement le nouveau dispositif Cap carrière, qu’elle juge "certainement bénéfique", notamment pour ceux qui souhaitent créer une entreprise.
"Une comète sociale !"
Une génération plus tôt, Vaimu’a Muliava a lui aussi posé ses pas sur ce chemin. Vendredi il est venu apporter son témoignage et encourager les futurs cadres du pays. Bénéficiaire du programme 400 Cadres – le prédécesseur de Cadres avenir – et issu d’un milieu modeste, il a, grâce à son parcours, été chargé des musées de la province Sud avant de devenir, en 2010, responsable de la conservation préventive des collections au musée du quai Branly, à Paris. Revenu au pays, il a piloté des projets stratégiques pour le gouvernement, où il a siégé de 2019 à 2024. Pour illustrer ce qu’il doit au dispositif, il livre aux jeunes qui l’écoutent cette image : "Ce n’est pas un ascenseur social, c’est une comète sociale !"

