Le Calédonien-Wallisien Ryhdon Hautaulu, étudiant à l'UNC et vainqueur d'un concours d'éloquence national : "C'est une grande fierté"

© IUT Tours

Le Calédonien-Wallisien Ryhdon Hautaulu, étudiant à l'UNC et vainqueur d'un concours d'éloquence national : "C'est une grande fierté"

L’étudiant en Gestion des entreprises et des administrations âgé de 19 ans a décroché, vendredi 28 mars, la première place du concours d’éloquence organisé par l’IUT de Tours, en s’attaquant à une phrase de Molière sur la notion d’hypocrisie. Une performance qu’il a fait résonner avec ses origines wallisiennes. Témoignage avec notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.


C’est vêtu d’une tenue traditionnelle wallisienne et fort de toutes les valeurs propres à son "très grand océan, le Pacifique", que Ryhdon Hautaulu s’est présenté devant les 200 personnes réunies dans l’amphithéâtre de l’IUT de Tours, vendredi 28 mars. Après six minutes d’allocution qui ont suffi à séduire son audience autant que le jury, le jeune Calédonien s’est assuré la première place du concours d’éloquence organisé par l’établissement.

L’étudiant de 19 ans inscrit en Gestion comptable, fiscale et financière à l’Université de la Nouvelle-Calédonie avait décroché son billet pour la finale après avoir remporté la phase qualificative, organisée en octobre à l’UNC. Il s’était envolé vers l’Hexagone quelques jours avant le concours pour affronter quatorze concurrents venus de tout le territoire national. Une joute verbale qu’il a remportée en s’attaquant brillamment à une phrase prononcée par Dom Juan, célèbre personnage imaginé par Molière : "l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus."

Autodérision

"J’avais le choix avec une citation philosophique, 'faut-il être ou avoir ?', raconte Ryhdon Hautaulu. J’étais d’abord parti là-dessus, parce que la phrase de Molière me faisait un peu peur. Mais finalement, je me suis rendu compte que c’étaient de grands mots pour dire quelque chose de simple." Dans une intervention pleine d’autodérision, le jeune homme n’a pas hésité à se servir de ses références culturelles pour évoquer une hypocrisie dont personne n’est préservée.

"Chez moi, quand quelqu’un quitte son foyer, nos familles sont affligées, le cœur serré. Alors, on remplit une enveloppe pleine de billets en guise de cadeau d’adieu, un geste sacré, avec de vrais billets en francs pacifiques, notre monnaie. Croyez-moi que la personne qui part l’air attristé ne l’est plus, quand elle voit la somme récoltée", a exposé Ryhdon Hautaulu devant un public hilare.

"Quand j’ai commencé à travailler, je ne voulais pas forcément intégrer mon expérience personnelle", relate l’étudiant. Des conseils pris auprès "de mes professeurs et de comédiens" lui feront changer d’avis. C’est d’ailleurs en évoquant son origine qu’il a entamé sa prise de parole : "Me voilà, moi, Calédonien-Wallisien, élevé dans une langue et une culture bien éloignées de celle de Jean-Baptiste Poquelin, face à une citation en français ancien énoncée il y a plusieurs siècles et qui pourtant, résonne encore dans le mien."

"Beaucoup de confiance acquise"

En se racontant à travers le thème abordé, Ryhdon Hautaulu a conquis son audience. "Je pense que ça a clairement fait pencher la balance", estime-t-il. Si la prise de parole en public n’a jamais été une difficulté pour lui, sa participation à la finale d’un concours d’éloquence n’a pas manqué de générer du stress chez le jeune homme. "J’étais surtout inquiet du niveau de mes concurrents", reconnaît-il. L’incarnation de son sujet et son maniement des mots comme des figures de style ont laissé peu de chance à ces derniers. "Leurs discours étaient superbes, salue Ryhdon Hautaulu, mais je pense que le public a parfois eu du mal à comprendre certains textes, très pointus", analyse-t-il avec du recul.

Le jeune Calédonien né à Nouméa est reparti du concours avec 60 000 francs en poche, mais surtout avec "beaucoup de confiance en moi acquise". "C’était la première fois que je m’adressais à un public aussi nombreux. Quand on voit que les spectateurs approuvent et rigolent de ce qu’on dit, ça fait vraiment du bien. C’est une grande fierté."

Par Les Nouvelles Calédoniennes