Les partis indépendantistes et autonomistes de Polynésie française devraient recevoir ce weekend un courrier de l’Élysée les invitants à Paris pour discuter sur l’avenir institutionnel de la Collectivité d’Outre-mer, vraisemblablement les 18, 19 et 20 novembre. Mais le parti indépendantiste Tavini Huiraatira, et plus précisément son leader Oscar Temaru, plaide une rencontre à Papeete.
« Je ne donne pas ma réponse, je dois réunir le comité directeur du parti. Moi, je pense que ça coûterait moins cher de faire venir Emmanuel Macron ou Sébastien Lecornu pour faire un débat télévisé, un face-à-face », a déclaré Oscar Temaru vendredi, au micro de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
Cette invitation à Paris fait suite à la démarche commune des partis Tavini Huiraatira, du Tapura Huiraatira et A Fano ti’a, qui ont fait adopter à l’Assemblée, le 24 septembre, une résolution demandant à l’État l’ouverture d’un processus d’autodétermination sous l’égide de l’ONU, puis l’ont portée à New York devant la quatrième commission.
Lire aussi : Polynésie : À New York, des élus indépendantistes et autonomistes demandent une mission de l'ONU, refusée par Paris
Le 5 octobre, le représentant permanent adjoint de la France y avait annoncé que le chef de l’État et le gouvernement mèneraient des consultations avec l’ensemble des parties prenantes polynésiennes, tout en écartant toute implication de l’ONU. Le 14 octobre, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, avait précisé devant le Sénat que les élus polynésiens seraient conviés à Paris « avant la fin de l’année ». Selon Oscar Temaru, l’invitation doit donc arriver ce week-end, même si l’État ne l’a pas encore confirmée.
Lire aussi : Polynésie : Les élus conviés à Paris « avant la fin de l’année » pour évoquer l’avenir institutionnel du territoire
Mais le leader indépendantiste, qui a lancé une pétition pour soutenir la déclaration d'indépendance des « États fédérés de Mā'ohi Nui », maintient son refus de principe de se rendre dans l’Hexagone. Historiquement, le parti indépendantiste a toujours refusé de discuter de l’avenir institutionnel à Paris, préférant New York, sous l’égide de l’ONU, ou même Papeete, d’égal à égal avec l’État.
Invité de Radio 1 Tahiti le 15 octobre, le haut-commissaire Alexandre Rochatte avait lui aussi évoqué cette invitation « de l’ensemble des élus polynésiens à Paris ». Mais il s’agissait auparavant « d’essayer de comprendre exactement ce que chacun veut à travers cette déclaration commune ».
Vendredi dernier, à son retour de New York, Antony Géros, président de l’Assemblée locale et numéro 2 du parti indépendantiste, avait dit vouloir rencontrer tous les présidents de groupe pour recueillir leurs propositions consensuelles sur le périmètre et les thèmes de ces discussions à venir, afin d’en déterminer la liste des participants et, éventuellement, la date et le lieu.
Le président de l’Assemblée comptait transmettre ces propositions à l’État quinze jours plus tard. Mais pour le représentant de l’État, date et lieu ne sont pas vraiment en débat : « Pour l’instant, c’est prévu à Paris, parce qu’il y a aussi le sujet de l’agenda du président de la République ».
Une « lettre consensuelle » des partis locaux sur le lieu, la date et le contenu
Du côté d’Antony Géros, s’il ne soutient pas la démarche de déclaration unilatérale d’indépendance de la Polynésie lancée par Oscar Temaru, le président de l’Assemblée territoriale le rejoint sur le lieu des discussions. « On va se réunir (avec les présidents des différents partis, ndlr) pour rédiger une lettre consensuelle et nous prononcer sur le lieu, la date, le contenu et la composition » des délégations.
Interrogé par Radio 1 Tahiti en marge de la Journée des Nations unies célébrée à l’Assemblée territoriale, Antony Géros confirme la lettre qui doit arriver ce weekend. Selon lui, la position d’Oscar Temaru est « sans doute le positionnement de tous les groupes politiques ».
« Quand j’aurais le consensus là-dessus, je répondrais officiellement en disant que les groupes politiques de Polynésie souhaiteraient que cette rencontre se fasse en Polynésie, avec telle composition de membres et à telles dates », a-t-il ajouté, estimant aussi que « ce qui est très important, c’est le contenu, toujours pour respecter le consensus ».
Si Paris a refusé l’envoi d’une mission des Nations unies en Polynésie, le président de l’Assemblée locale n’abandonne pas cette demande de la résolution du 24 septembre. « Même si la France refuse de la faire, il faut qu’on la remette sur le tapis ». La question de l’ouverture du dialogue sous l’égide des Nations unies doit aussi être évoquée : « C’est quand ce dialogue sera officiellement ouvert qu’on pourra véritablement reconnaître notre rattachement au processus d’accession de ce pays dans le cadre de l’acte d’autodétermination ».
« Je pense que toute discussion doit se tenir ici en toute transparence. Il ne faut pas qu’on le fasse à huis clos. Il faut que ce soit diffusé et que la population sache de quoi on parle, et surtout quel est le positionnement des uns et des autres par rapport aux sujets évoqués », a-t-il insisté.
Radio 1 Tahiti

