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Polynésie : À New York, des élus indépendantistes et autonomistes demandent une mission de l'ONU, refusée par Paris
©TNTV

Des élus indépendantistes et autonomistes de Polynésie française ont réclamé lundi aux Nations unies l'envoi d'une mission et un dialogue avec Paris sur l'évolution de leur statut politique, la France promettant des consultations, mais refusant une mission de l’ONU.

Le président indépendantiste Moetai Brotherson et des élus des trois groupes de l'Assemblée polynésienne se sont exprimés devant la Quatrième Commission de l'ONU sur la décolonisation, à New York. Ce déplacement fait suite à une résolution votée par l'Assemblée territoriale et demandant à la France une mission de l'ONU. 

Situés à 18 000 km de Paris, les cinq archipels polynésiens ont été réinscrits en 2013 sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser. « Nous pouvons avoir des convictions différentes, mais nous avons un seul pays et un seul peuple », a souligné Tematai Le Gayic, l'un des dirigeants du parti indépendantiste A Fano Ti'a.

Il a cité une mission de visite onusienne, un programme de travail sur l'évolution du statut politique et un dialogue avec la France. Ce statut relève d'une loi organique votée au Parlement français, où la Polynésie compte 0,5 % des parlementaires, a-t-il rappelé.

Lire aussi : L'Assemblée de la Polynésie française réclame une mission de l'ONU que Paris a toujours refusée

Pour Antony Géros, le président de l'Assemblée qui dirige la délégation du parti indépendantiste radical, le Tavini, « la question centrale n'est plus de savoir si notre peuple possède le droit à l'autodétermination », mais « de savoir comment lui donner un effet concret. »

« Notre processus de décolonisation est malheureusement dans l'impasse », a dénoncé Moetai Brotherson, reprochant à Paris de ne s'être « toujours pas engagé dans un dialogue structuré sous les auspices des Nations unies ». L'autonomiste Édouard Fritch, sénateur et ancien président de la Polynésie, souhaite pour sa part que la mission constate « que nos institutions fonctionnent, que notre autonomie est réelle et que notre démocratie est bien vivante ».

Adjoint au représentant de la France à l'ONU, Jay Dharmadhikari a réaffirmé que la Collectivité « dispose d'une grande autonomie politique », « garanti par la Constitution française », et qui a été construit « dans un esprit de coopération et de respect des aspirations des Polynésiens et de leur droit, qui sont les mêmes que tout citoyen français ». 

« La République française a pris note de la résolution adoptée le 24 septembre dernier par l’assemblée de Polynésie française » a-t-il aussi assuré. Le chef de l'État et le gouvernement « mèneront des consultations avec l'ensemble des acteurs polynésiens, prenant en compte les messages passés et les demandes exprimées ». 

Le diplomate a défendu « un dialogue direct et constant » avec le territoire, qui reçoit selon lui environ 2 milliards d'euros de transferts de l'État chaque année, soit 30 % du PIB polynésien. « Ce dialogue se manifeste par des contacts réguliers à tous les niveaux, dans lesquels l’État est pleinement engagé », précise-t-il. 

La France a répété que ce dialogue ne réserve aucun rôle à l'ONU. D'après TNTV, l'ambassadeur et Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies, Jérôme Bonnafont a clairement exprimé la position française de ne pas donner son accord au déplacement d’une mission de visite des Nations Unies en Polynésie française.

Lire aussi : Après l’Assemblée locale, le gouvernement de Polynésie adopte un vœu pour ouvrir avec l’État le dialogue sur la décolonisation

« Il faudra recaler et revérifier avec Paris, parce que moi j’ai reçu des informations un peu dissonantes, donc on va vérifier ça », a confié Moetai Brotherson à l'issue des prises de paroles. « Je ne comprendrai pas que la France maintienne cette position, puisqu’il y en a eu dans le cas de la Nouvelle-Calédonie », également réinscrite sur la liste onusienne des territoires non-autonomes depuis 1986.

« Vouloir maintenir le dialogue dans une situation bilatérale, c’est la négation de la réinscription. La réinscription, c’est précisément reconnaître que ce n’est pas un sujet domestique, ce n’est pas une affaire intérieure, c’est un sujet qui doit être discuté avec l’ONU », estime-t-il.

« Même si la France n’a pas changé de point de vue et de discours, ce qui est intéressant, c’est que tous les pétitionnaires, que ce soit du premier au dernier, ont tous été alignés sur leur discours en demandant à la France d’ouvrir le dialogue sur la décolonisation », a salué pour sa part le président de l'Assemblée locale Antony Geros, estimant que la résolution « a eu un effet positif du côté du gouvernement central et du côté du président de la République ». 

La Quatrième Commission se prononcera le 15 octobre sur les projets de résolution relatifs à la décolonisation. Cette session s'est tenue dans un climat assombri par le décès soudain à New York, le 4 octobre, du délégué polynésien Léon Tefau, un fidèle du parti indépendantiste Tavini venu spécialement pour cette réunion, à qui les orateurs ont rendu hommage.

Avec AFP, Radio 1 Tahiti et TNTV