Chiffre d’affaires en hausse de 38 %, trafic en progression de 27 % et coefficients de remplissage avoisinant les 60% : Air Moana dresse un bilan « très satisfaisant » de son premier semestre 2026 et veut rassurer sur la poursuite de son développement. Bien que toujours déficitaire, la compagnie poursuit le renouvellement de sa flotte, avec deux nouveaux ATR attendus d’ici la fin de l’année, et maintient un horizon de rentabilité à « deux-trois ans ». Un sujet de notre partenaire Radio 1.
Près de trois ans et demi après son premier vol, Air Moana continue de gagner du terrain mais pas encore de l’argent. Pour son bilan à mi-année, la compagnie met en avant une activité en progression : « Si on compare les six premiers mois de l’année par rapport à 2025, on est en progression de notre chiffre d’affaires de plus de 38% et du nombre de clients passagers de plus de 27%. »
Des « chiffres encourageants », pour Mariana Boixière Guérin, directrice générale déléguée à l’expérience client, qui les rattache au plan de développement engagé par la compagnie auprès des résidents comme des touristes. « Ça correspond à une ligne de conduite qu’on s’est donnée sur un business plan qu’on a élaboré jusqu’à cinq ans. L’objectif, c’est de développer aussi bien la clientèle résidente que la clientèle visiteur », poursuit-elle.
Air Moana ne communique en revanche pas le montant de ses pertes au premier semestre. En janvier, Lionel Guérin tablait sur plus d’un milliard de francs de pertes en 2025 et prévenait que 2026 resterait dans le rouge, notamment en raison du renouvellement de la flotte et de la restitution des premiers appareils loués.
Côté remplissage, les niveaux varient « Ça dépend des mois, on est entre 57% et 65% de coefficients de remplissage », précise Mariana Boixière Guérin. En avril, Air Moana annonçait déjà un taux supérieur à 60 %, avec une capacité accrue de moitié depuis l’arrivée de son troisième appareil en juin 2025.
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Deux nouveaux ATR et une levée de fonds toujours en cours
Après l’arrivée en avril de Poereva, un ATR loué venu renforcer la flotte, deux ATR 72-600 XT neufs doivent encore rejoindre Air Moana fin août puis en novembre. Ils remplaceront les deux appareils loués avec lesquels la compagnie avait lancé ses opérations en 2023. « À la fin de l’année 2026, nous serons à un total de quatre avions dont trois XT9, deux de cette année, un de l’année dernière et un en leasing qui est arrivé en avril », résume la directrice générale déléguée.
Le financement repose notamment sur les dispositifs de défiscalisation locale et métropolitaine. Air Moana affirme avoir mobilisé plus de 260 entreprises en Polynésie, des grands groupes aux PME et PMI. Parmi les participants figure désormais le Port autonome, qui a apporté 225 millions de francs à Natireva dans le cadre de la défiscalisation, une opération qui doit lui ouvrir droit à 300 millions de francs de crédit d’impôt. Une participation contestée par A here ia Porinetia : Nuihau Laurey, qui y voit une « subvention déguisée » a saisi le Haut-commissariat au titre du contrôle de légalité ainsi que la Chambre territoriale des comptes. Le Port défend de son côté une opération « purement fiscale », sans prise de participation dans Air Moana.
Le montage n’est pas encore bouclé pour l’ensemble des appareils. « La levée de fonds n’est pas terminée puisqu’il y a eu le premier avion l’an dernier. Cette année, on est en cours de financement de celui qui arrive au mois d’août et puis il y a encore celui du mois de novembre. »
Pour le premier des deux, une étape vient toutefois d’être franchie. « Nous avons eu la semaine dernière l’agrément de la DGFIP pour la défiscalisation de l’avion qui arrive au mois d’août et nous avons également toutes les souscriptions relatives à cette défiscalisation métropolitaine qui ont été honorées. »
Les actionnaires prennent le relais sur les garanties
Reste une incertitude sur une partie des financements de la compagnie. En janvier, le tribunal administratif avait annulé trois des cinq mesures contestées par Air Tahiti : un prêt de 600 millions de francs et deux garanties d’emprunt totalisant 937 millions. Air Moana assure que ces annulations n’ont pas entamé sa capacité à financer son développement. « Nos capacités de financement ne sont pas du tout obérées par ces recours ni remises en question. Nous continuons notre développement sur l’investissement des prochains avions à venir », soutient Mariana Boixière Guérin. Les deux garanties d’emprunt annulées ont, depuis, trouvé un relais privé et « sont assurées maintenant par nos actionnaires, ça n’a pas du tout donné lieu à la moindre inquiétude des investisseurs.»
Reste le sort du prêt de 600 millions de francs accordé par le Pays. « C’est toujours en attente mais nous sommes en discussion pour les modalités de remboursement éventuelles », indique-t-elle.
Air Moana et le Pays ont fait appel du jugement de janvier. Début juillet, la compagnie a échoué à obtenir la suspension de ses effets, mais insiste sur le caractère provisoire de cette étape. « Ce n’est pas une décision d’appel, c’était juste un acte procédural qu’il y a eu à la Cour d’appel de Paris », souligne Mariana Boixière Guérin. « Le processus juridique suit son cours. Et il ne nous impacte pas dans notre voie et dans notre développement et le financement de nos avions. »
La cour devra encore se prononcer sur le fond du litige, notamment sur la situation financière de Natireva au moment où le Pays lui a accordé ses soutiens.
La rentabilité à « deux-trois ans »
Alors que Lionel Guérin situait jusque-là le croisement des courbes entre 2027 et 2028, Mariana Boixière Guérin conserve aujourd’hui une échéance plus large : « Nous espérons une rentabilité d’ici à 2-3 ans. »
La compagnie mise sur la progression du trafic, l’amélioration du remplissage et le renouvellement de sa flotte. « On est sur un train avec un coefficient de remplissage qui va aller en augmentant, un chiffre d’affaires qui va aller en augmentant ». Air Moana affirme donc maintenir son cap, malgré un contentieux toujours pendant sur le fond.
Apollonia Elia pour Radio 1

