Mayotte : Un groupe d'intérêt public l'Europe à Mayotte mis en place pour la consommation des fonds européens et de financement des projets

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Mayotte : Un groupe d'intérêt public l'Europe à Mayotte mis en place pour la consommation des fonds européens et de financement des projets

Une nouvelle entité vient de faire son apparition à Mayotte, le Groupement d’intérêt Public l’Europe à Mayotte. Mais qu’est-ce que cette chose-là et à quoi va-t-elle servir. Réponse de Ali Soula, directeur du GIP l’Europe à Mayotte, avec notre partenaire France Mayotte Matin.

France Mayotte Matin : Qu’est-ce que le GIP l’Europe à Mayotte ? 

Ali Soula : Le GIP est avant toute chose un outil pratique et pragmatique que le conseil départemental et l’État ont voulu mettre en place pour faire en sorte que tous les fonds européens qui sont fléchés à Mayotte soient consommés en totalité et permettre le développement du territoire. Mayotte a besoin de tout, mais elle a aussi tout en matière financière. 

France Mayotte Matin : Comment faire pour accéder au GIP et ses services et comment cela fonctionne-t-il ? 

Ali Soula :  Dans notre organisation, nous avons créé une structure nouvelle qui s’appelle le pôle animation et d’appui aux porteurs de projets. C’est le point d’entrée qui a vocation à recevoir les porteurs et les accompagner de la réflexion jusqu’à la rédaction s’il le faut. Mais il faut se dire la vérité, tout n’est pas finançable, tout projet n’est pas forcément éligible. Notre vocation première est donc de voir si le projet est réalisable avec des fonds européens ou alors avec d’autres fonds. Car les fonds européens sont additionnels à des fonds nationaux, ce qui signifie que quand l’Europe met 1 euro, l’État membre a l’obligation doit mettre aussi l’équivalent. Etat membre, c’est l’État, le conseil départemental et toutes les entités à émanation nationale… Le GIP contribue donc à l’élaboration de la maquette financière. Qui plus est, les fonds européens ne financent pas l’intégralité d’un projet qui doit donc trouver d’autres appuis. Chaque projet est donc examiné dans sa globalité et pas seulement au plan européen. 

France Mayotte Matin : Le GIP et ses services sont-ils accessibles malgré la crise covid ? 

Ali Soula :  La crise sanitaire de la covid nous touche depuis deux ans et les services administratifs se sont organisés pour continuer à fonctionner. C’est aussi le cas du GIP et nous avons mis en place une organisation en ce sens, même s’il est vrai que nous avons dû faire face à de nombreux cas. Mais cela n’a pas affecté le fonctionnement du service qui est très bien équipé pour répondre à ce genre de situation. Il n’y a donc aucun souci, nous sommes là pour les porteurs de projets, nous sommes là pour Mayotte. Qui plus est, nous n’avons pas de raison d’exister s’il n’y a pas de porteurs devant nous. Je tiens d’ailleurs à préciser que les fonds européens ne se destinent pas à une élite, tout le monde peut en bénéficier et nous sommes là pour ça. 

France Mayotte Matin: Quels sont les prochains rendez-vous du GIP ? 

Ali Soula :  Nous sommes partis d’une feuille blanche en 2021 et nous avons mis en place une interaction avec tous les services financeurs et nous envisageons de rencontrer toutes les banques à Mayotte avec qui trouver des solutions pour orienter mais aussi pourquoi pas préfinancer les projets. Parce que la difficulté avec les fonds européens vient du fait qu’ils viennent rembourser lorsque tout a déjà été payé. Donc, entre le moment où le projet est conventionné c’est-à-dire signé avec le GIP et le porteur de projet, il faut qu’il soit réalisé et payé et c’est là aussi que nous intervenons pour le remboursement. 

France Mayotte Matin : A quoi ressemble aujourd’hui le GIP ? 

Ali Soula : Nous sommes une équipe de 50 personnes, c’est beaucoup mais le challenge en vaut la peine. Il y a eu ou il y a encore beaucoup de défiance sur la gestion des fonds européens et des subventions d’une manière générale à Mayotte. Il fallait donc mettre en place quelque chose de pragmatique avec des effectifs suffisamment étoffés pour répondre aux enjeux financiers immédiats mais aussi futurs. Il s’agit de montrer à l’Union Européenne et à notre pays, qu’il y a à Mayotte une structure à même de consommer ces fonds. A partir de là, nous aurons alors les enveloppes qui correspondront aux enjeux réels de Mayotte. A ce titre, c’est un pari qui n’est pas risqué mais qui est passionnant et nous allons le réussir. Ainsi, après deux mois effectifs de travail, les résultats sont extraordinairement encourageants. Pour l’heure, les locaux du GIP sont provisoirement installés à Longoni et seront prochainement basés à Tsingoni. En attendant, les enveloppes promises sur le Feder sont de 350 millions d’euros, Feder qui a donc doublé avec la nouvelle programmation (146 millions auparavant), lorsque le FSE passe à 120 millions, là encore multiplié par 2. Il y a donc de quoi faire avec le GIP l’Europe à Mayotte… 

Propos recueillis par Samuel Boscher
 

Mais qu’est-ce qu’un Groupement d’Intérêt Public ?

Le Groupement d'Intérêt Public (GIP) permet à des partenaires publics et privés de mettre en commun des moyens pour la mise en œuvre de missions d’intérêt général. Les GIP ont été créés en 1982 pour les seuls besoins du secteur de la recherche. Leur essor, dans de nombreux domaines de l’action publique, notamment l’environnement, la santé et la justice a montré le succès de cette forme de collaboration. 

Le GIP permet, en particulier, aux collectivités publiques et aux personnes morales de droit privé de développer et de pérenniser des coopérations entre elles ; d’affecter, notamment, à ces coopérations des moyens en personnels ; de réaliser et d’exploiter en commun les équipements nécessaires à des activités d’intérêt général. Ainsi, le GIP est nécessairement une personne morale de droit public dotée de l’autonomie administrative et financière. C’est en somme une structure de coopération institutionnelle entre plusieurs personnes morales. Cependant, un GIP ne peut pas être constitué entre des collectivités territoriales ou leurs groupements pour exercer des missions relevant d’organismes publics de coopération locale tels que les EPCI (établissements publics de coopération intercommunale).