Tourisme. Jean-Luk Le West, président du Comité du tourisme de Guyane veut faire de Cayenne un hub aérien en Amérique du Sud

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Tourisme. Jean-Luk Le West, président du Comité du tourisme de Guyane veut faire de Cayenne un hub aérien en Amérique du Sud

Avec environ 140 000 visiteurs par an, le secteur du tourisme en Guyane progresse, porté par des offres singulières, authentiques, écotouristiques, principalement autour des atouts naturels et de la richesse du patrimoine culturel». Mais l’accessibilité, les normes et l’intégration régionale  demeurent des leviers stratégiques incontournables. Jean-Luk Le West, président du Comité du Tourisme de la Guyane et vice-président de la Collectivité territoriale, fixe un cap : 250 000 touristes à l’horizon 2030, à condition de « déverrouiller » l’aérien et les échanges avec le bassin sud-américain.

 

 

Une dynamique positive

Sans détour, Jean-Luk Le West affirme que le tourisme en Guyane montre des signes positifs. Selon lui, le territoire accueille aujourd’hui 85 000 touristes arrivant par avion, environ 9 000 croisiéristes et 30 000 visiteurs frontaliers, soit près de 140 000 visiteurs au total. Une dynamique en nette progression depuis 2005, avec plus de 23% d’augmentation. Mais cette croissance ne profite pas à tous de la même façon. Si les hébergements en forêt et les sites ruraux fonctionnent bien, le président déplore un « petit tassement » du côté des hôtels littoraux, souvent associés au tourisme d’affaires.

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« La Guyane c’est la France, c’est l’Europe »

Sur le plan touristique, la Guyane se distingue des territoires ultramarins : « On est loin du tourisme de masse », insiste-t-il, décrivant une clientèle d’agrément en hausse, prête à payer pour une expérience rare : biodiversité, immersion, culture différente, et ancrage amazonien. Il avance aussi un argument qui pèse dans le choix des voyageurs : la perception de sécurité. La Guyane, dit-il, attire notamment parce qu’elle combine Amazonie sud-américaine et cadre sanitaire et institutionnel français. « La Guyane, c’est la France et l’Europe », résume-t-il.

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Faire de Cayenne un hub aérien régional

Derrière les chiffres en progression, un sujet revient avec prédominance : l’aérien. L’accessibilité, martèle-t-il, conditionne le tourisme, les échanges économiques, l’attractivité du territoire : « Quand on modifie des créneaux, cela peut déstabiliser les connexions, décourager des voyageurs et pénaliser les professionnels. Notre attractivité dépend fortement de la fluidité des déplacements. »  rapelle t-il. Son propos est d’autant plus appuyé préside également le conseil d’administration de la Société Concessionnaire Aéroport de Cayenne, gestionnaire de l’aéroport Aéroport Félix Éboué. Il assume la nécessité de « rentabiliser les investissements » mais surtout d’augmenter la connectivité. Avec la volonté de faire de Cayenne un véritable hub régional : « Il faut renforcer le rayonnement de l’aéroport Félix Éboué. Multiplier les opérateurs, c’est créer de la compétitivité, donc de la demande. » L’objectif est d’attirer des flux en transit, à l’image d’autres plateformes internationales, comme celle de Dubaï.

Pour y parvenir, il plaide pour un changement d’échelle : « Il nous faudrait une compagnie européenne, de préférence française, basée en Guyane, qui puisse rayonner sur l’ensemble de l’Amérique du Sud, faire du cabotage et structurer les liaisons. »  Au-delà de la seule question touristique, Jean-Luk Le West élargit l’enjeu à l’intégration régionale : « Les échanges avec notre bassin régional sont essentiels. La Guyane est sur le plateau des Guyanes, entre le Guyana, le Suriname et le Brésil. Il faut penser échanges touristiques, économiques, culturels. »

Visa Brésil : un « verrou » à lever pour le bassin régional

Dans cette perspective, la question du visa imposé aux ressortissants brésiliens apparaît, selon lui, comme un frein majeur. « On nous a parlé d’une levée possible avant la fin de 2026, mais nous aimerions que ce soit avant la fin du premier semestre 2026. C’est fondamental pour faciliter les flux touristiques et économiques. » souligne-t-il

Son argument dépasse le seul cadre touristique. Il se veut géopolitique et économique : « Quand la France parle du Mercosur, elle oublie que sa plus grande frontière terrestre longue de 750 km, touche le Brésil. » Pour Jean-Luk Le West, maintenir cette contrainte administrative revient à freiner les échanges naturels entre territoires voisins, alors même que la Guyane pourrait jouer un rôle stratégique dans le bassin sud-américain.

Une stratégie touristique qui tient en 3 mots : Nature, Sciences et Cultures

Pour Jean-Luk Le West, la stratégie touristique tient en trois mots : « nature, culture, science ». Un triptyque qu’il présente comme la colonne vertébrale du modèle guyanais. « Notre richesse naturelle est exceptionnelle, le spatial participe à notre rayonnement et la culture est fondamentale », affirme-t-il. Le patrimoine culturel ne peut, selon lui, se concevoir sans ceux qui la portent. « Les peuples premiers, les Amérindiens notamment, font la grande fierté de notre territoire ».  

Le développement touristique, souligne t-il, ne doit pas se construire en surplomb : « Il doit se faire avec le patrimoine humain que nous avons. » Autrement dit, une croissance pensée à partir des habitants, de leurs savoirs et de leur histoire, pas en marge d’eux.

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« La Guyane a besoin d’un changement d’échelle »

Pour Jean-Luk Le West, le tourisme ne peut pas être isolé du reste de l’économie. Il en est même l’un des leviers structurants. « Le tourisme, c’est plus de 6 000 emplois sur l’ensemble du territoire », rappelle-t-il. Un poids non négligeable dans une Guyane où 53% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Dans un contexte où la question de l’industrialisation reste en suspens et où la prudence des banques freine encore certains projets, le tourisme apparaît comme un levier plus immédiatement mobilisable. « L’attractivité, c’est la clé du développement économique », ajoute t-il.

À l’horizon 2030, il fixe un cap ambitieux mais atteignable : 250 000 touristes par an. « C’est une ambition qui correspond à notre potentiel. Pourquoi pas plus ? Parce qu’il faut préserver notre biodiversité, nos peuples, notre patrimoine. On veut se développer, mais intelligemment. »

26e édition du Salon du tourisme et des loisirs de Guyane

Le Salon du tourisme et des loisirs de la Guyane, prévu du 5 au 8 mars 2026 au PROGT de Matoury, accueillera notamment des représentants du Suriname, du Guyana et du Brésil. « L’objectif est d’ancrer la Guyane dans son bassin régional », explique-t-il, évoquant des coopérations concrètes, notamment sur les liaisons aériennes.

Un rendez-vous stratégique pour un territoire qui revendique désormais son rôle de passerelle entre l’Europe et l’Amérique du Sud.