Martinique : Distribution alimentaire, des marges globalement proches de celle de l’Hexagone, des spécificités dans la logistique, selon une étude publiée par l’IEDOM

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Martinique : Distribution alimentaire, des marges globalement proches de celle de l’Hexagone, des spécificités dans la logistique, selon une étude publiée par l’IEDOM

Une étude publiée par l’IEDOM analyse les marges et la rentabilité financière des entreprises de la chaîne de distribution alimentaire en Martinique. Fondée sur les données comptables de 2023, cette publication compare la situation martiniquaise à celle de l’Hexagone et des autres départements d’Outre-mer, dans un contexte marqué par des tensions persistantes sur les prix alimentaires.
 

La question de la vie chère a été remise au premier plan à la suite des manifestations de l’automne 2024 en Martinique. En 2022, les prix à la consommation des produits alimentaires y étaient en moyenne 40 % plus élevés que dans l’Hexagone, un écart qui s’est maintenu, voire accentué, avec une inflation alimentaire plus forte sur le territoire (+3,1 % par an en moyenne entre janvier 2023 et septembre 2025, contre +2,6 % dans l’Hexagone).
Les produits alimentaires représentent le deuxième poste de dépenses des ménages martiniquais, qui y consacrent environ 16 % de leur budget. Cette situation est d’autant plus sensible que la Martinique connaît des taux de pauvreté et de chômage plus élevés que ceux observés dans l’Hexagone.


L’étude montre que, dans le commerce alimentaire de détail, les marges des entreprises martiniquaises sont globalement proches de celles constatées dans l’Hexagone. Elles sont équivalentes pour les grandes surfaces et légèrement inférieures pour les petits commerces et les commerces spécialisés.
La rentabilité des distributeurs martiniquais est toutefois pénalisée par un poids plus important des achats de marchandises dans leur chiffre d’affaires. Ce surcoût est en partie compensé par des charges salariales proportionnellement plus faibles que dans l’Hexagone.


Dans le commerce alimentaire de gros, les entreprises martiniquaises dégagent des marges légèrement supérieures à celles de leurs homologues hexagonales. Là encore, le poids des achats de marchandises reste élevé, mais il est contrebalancé par des dépenses d’approvisionnement (combustibles, fournitures, emballages) sensiblement plus faibles qu’en Hexagone.

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La logistique, un secteur à part

Le secteur de la logistique se distingue davantage. Les entreprises martiniquaises y affichent des taux de valeur ajoutée plus élevés, susceptibles de contribuer aux niveaux de prix observés. Ces marges sont toutefois entièrement absorbées par des dépenses de personnel nettement plus importantes que dans l’Hexagone. Finalement, le taux d’excédent brut d’exploitation (EBE) demeure proche.
L’IEDOM précise que l’analyse repose sur des données comptables non consolidées, afin d’isoler les activités de distribution alimentaire au sein des groupes. Cette méthode comporte néanmoins des limites, certaines opérations internes pouvant influencer la rentabilité réelle des activités.


Un paysage dominé par les grandes surfaces

En Martinique, environ 70 % des achats alimentaires des ménages sont réalisés dans les grandes surfaces, un secteur dominé par cinq groupes de distribution. À la fin de l’année 2025, l’île compte sept hypermarchés, quatre sous enseigne Carrefour et trois E.Leclerc, ainsi que 42 supermarchés. Les hypermarchés sont majoritairement concentrés dans le centre de l’île, qui regroupe près de 42 % de la population martiniquaise.


Le secteur connaît par ailleurs des évolutions, avec la reprise annoncée de l’hypermarché de La Batelière par le groupe Sainte-Claire, sous l’enseigne Ecomax, et l’ouverture de magasins de plus petite taille, adaptés à une population vieillissante et moins mobile.

Déclin démographique et rôle du tourisme

La grande distribution doit composer avec une baisse démographique marquée : en dix ans, la Martinique a perdu près de 25.000 habitants et près d’un tiers de sa population a plus de 60 ans. Ces évolutions influencent les comportements de consommation et les stratégies d’implantation des enseignes.
Dans ce contexte, la consommation liée au tourisme constitue un relais de croissance. En 2024, la Martinique a accueilli 57. 511 touristes de séjour, un niveau record sur quarante ans. Chaque visiteur dépense en moyenne 980 euros sur le territoire, dont environ 8 % consacrés aux achats alimentaires dans les commerces.

Selon l’IEDOM, ces différents facteurs montrent que, si les marges de distribution alimentaire en Martinique ne s’écartent pas fortement de celles observées dans l’Hexagone, la formation des prix reste influencée par des contraintes structurelles propres au territoire, notamment en matière de logistique, de démographie et de contexte socio-économique.