À Mayotte, l’écosystème du lagon menacé d’étouffer sous la pression constante des nuées de boue

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À Mayotte, l’écosystème du lagon menacé d’étouffer sous la pression constante des nuées de boue

La Journée mondiale des zones humides 2022 du 2 février, inaugure un mois d’animation centrée autour de la thématique « Agir pour les zones humides, c’est agir pour l’humanité et la planète » ; l’occasion de revenir sur un danger bien présent : l’envasement du lagon. Explications de notre partenaire France Mayotte Matin.

Durant le mois de janvier, le Parc Naturel de Mayotte, en partenariat avec des acteurs privés et publics, a installé deux filets anti-déchets, l’un à Koungou et l’autre à Pamandzi. Si, pour Christophe Fontfreyde, il s’agit pour l’heure d’une expérimentation afin de préparer l’installation de quinze nouveaux dispositifs pour la saison des pluies 2021-2022, la quantité et l’étude des déchets charriés apportent, d’ores et déjà, un éclairage sur la situation environnementale de Mayotte.

Selon le directeur du Parc Naturel de Mayotte, les quantités jusqu’alors recueillies sont inquiétantes. Outre les bouteilles en plastique, la ferraille et autres cannettes en aluminium, les filets se remplissent essentiellement de boue, notamment celui de Majicavo. Une catastrophe environnementale qui menace l’écosystème du lagon. En effet, chaque année, c’est environ 20 000 tonnes de boue charriées par les eaux de pluie qui finissent au fond du lagon soit, ni plus ni moins, l’équivalent... de deux tours Eiffel. Cette boue étouffe les coraux et participe directement à la disparition des herbiers, à l’origine de la chaîne alimentaire de nombreuses espèces marines, à l’instar du dugong.

Pour Christophe Fontfreyde, deux hypothèses raisonnables apportent un éclairage sur la genèse de ces boues. La première est directement liée à l’érosion des sols. Les padzas sont un témoignage de ce phénomène. L’absence d’arbres, et donc de leur système racinaire pour maintenir le sol, ne permet pas, en cas de forte pluie, de prévenir les écoulements et autres coulées de boue qui dévalent les reliefs escarpés jusque dans le lagon. Or, ce phénomène naturel est aggravé par l’expansion de la déforestation illégale, notamment pour la culture du manioc ou de la banane.

Autre hypothèse plausible, la négligence sur les chantiers de construction, qu’ils soient publics ou privés. En effet, suite, entres autres, à des opérations de terrassement, la terre extraite s’accumule en tas qui ne sont pas protégés. Au moment des fortes pluies ces derniers sont emportés et terminent leur course dans le lagon. Ainsi, pour Christophe Fontfreyde, il en va de la responsabilité de chacun, par des petits gestes quotidiens, de préserver le lagon.

Pierre Mouysset pour France Mayotte Matin