Transport maritime : L'usage du vent pour se décarboner encore très marginal

Le Canopée de Zéphyr et Borée qui a transporté des éléments d'Ariane 6 de l'Europe vers la Guyane, et le Neoline Origin qui prévoit de transporter des marchandises entre Saint-Nazaire et Baltimore, en passant par Saint-Pierre et Miquelon et Halifax

Transport maritime : L'usage du vent pour se décarboner encore très marginal

A l'approche d'un sommet crucial sur la décarbonation du transport maritime à Londres, les projets de fret maritime à voile, bien que balbutiants, étaient bien présents cette semaine à Paris au Salon international du transport et de la logistique.

La propulsion vélique, soit des cargos qui s'aident du vent pour naviguer, « c'est une goutte d'eau dans l'océan », fait remarquer François Daniel, délégué général de TLF Overseas, qui regroupe les entreprises françaises organisatrices de transports aériens et maritimes. D'après l'association Wind Ship, qui milite pour le développement de la propulsion vélique, il existe environ 60 navires équipés de voiles solides, de rotors ou de kites pour réduire l'usage des moteurs fonctionnant au gaz ou au fioul lourd.

L'immense majorité de ces bateaux sont des navires rétrofités, sur lesquels des dispositifs pour s'aider du vent ont été installés, ce qui permet de « réduire de 3, 5, jusqu'à 20% de la consommation de carburant », explique la déléguée générale de Wind Ship, Lise Detrimont.

Une centaine de projets sont dans les carnets de commandes pour l'année 2025, a-t-elle précisé. « D'ici 2030, on s'attend à ce qu'il y ait environ 1 600 bateaux » utilisant le vent au moins partiellement pour leur propulsion, « et pour 2050, on vise 33 000, soit 45% de la flotte mondiale équipée de systèmes véliques », affirme Lise Detrimont.

Porte-conteneur doté d'ailes rigides

Une projection « optimiste », pour François Daniel de TLF Overseas. D'après lui, « le vélique fait partie des solutions », mais au même titre que beaucoup d'autres comme les carburants alternatifs (méthanol, ammoniac) voire la propulsion nucléaire, qui n'en est qu'à la phase de recherche. Certains acteurs se sont déjà lancés avec des navires à voile, comme Grain de Sail, qui fait des rotations avec deux bateaux entre Saint-Malo, New York et les Caraïbes pour transporter du café et du chocolat.

Le navire Canopée de l'armateur Zéphyr et Borée transporte lui les différents morceaux du lanceur Ariane 6 entre l'Europe et Kourou, en Guyane. Il est partiellement propulsé par le vent, ce qui génère une réduction de 30% de ses émissions de gaz à effet de serre. Zéphyr et Borée prévoit de construire un porte-conteneur doté d'ailes rigides qui permettraient de réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre.

Actuellement, aucun des 7 283 porte-conteneurs dans le monde n'utilise le vent. Mais la nouvelle compagnie Neoline entend bien être pionnière en lançant le 21 juillet son cargo roulier (transport de véhicules) vélique capable d'embarquer aussi des conteneurs entre Saint-Nazaire, Saint-Pierre et Miquelon, Halifax et Baltimore, principal port d'entrée des voitures ou véhicules agricoles importés aux États-Unis.

Réduction des émissions

Selon Madeleine Poulin-Poirier, responsable commerciale de Neoline, « il y a beaucoup d’enthousiasme autour du projet ». Le Neoliner Origin a été mis à l'eau le 31 janvier en Turquie et ses deux mats ont été installés la semaine dernière. Ce sera le plus grand cargo roulier à voile au monde, affirme-t-elle. « Le conteneur sera un peu plus cher mais en termes de roulant, on sera dans les clous du marché », prévient Madeleine Poulin-Poirier.

Actuellement, le transport maritime est responsable de 3% des émissions mondiales de CO2 et près de 99% des navires dédiés au transport international utilisent du fioul lourd ou du gaz naturel liquéfié. L'Organisation maritime internationale (OMI) vise une réduction des émissions de 20 à 30% d'ici à 2030 pour atteindre le « zéro émission » net en 2050.

Les États membres de l'OMI se réuniront du 7 au 11 avril pour discuter des mesures à déployer pour atteindre cet objectif, avec comme possibilité l'instauration d'une taxe carbone mondiale pesant sur le secteur. Ils doivent aussi se mettre d'accord sur une norme internationale permettant de mesurer l'intensité carbone des navires et évaluer leur efficacité énergétique. « C'est ce qui va donner la température des prochaines années », annonce Lise Detrimont.

Avec AFP