Martinique: les outils contre la vie chère "utiles mais insuffisants", estime l'Autorité de la concurrence

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Martinique: les outils contre la vie chère "utiles mais insuffisants", estime l'Autorité de la concurrence

Les outils de lutte contre la vie chère en Martinique sont "utiles mais insuffisants", estime dans un avis publié mardi l'Autorité de la concurrence, qui pointe des raisons "multifactorielles et structurelles" pour expliquer la persistance des écarts de prix avec l'Hexagone.

 

Elle juge toutefois les marges des distributeurs "pas anormales".

L'institution avait été saisie par le gouvernement en janvier 2025 sur "les marges des grossistes-importateurs et des distributeurs" de la chaîne de distribution alimentaire en Martinique, après les manifestations contre la vie chère, parfois émaillées d'émeutes, qui avaient secoué l'île à l'automne 2024.

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Selon l'Insee, en 2022, les prix en Martinique étaient supérieurs de 13,8% à ceux de l'Hexagone, un écart grimpant à 40% pour les produits alimentaires.

"C'est un constat d'échec collectif en matière de vie chère en Martinique", a déclaré Benoît Coeuré, président de l'Autorité de la concurrence (ADLC), lors d'une conférence de presse. Plusieurs mesures de lutte contre la vie chère se sont accumulées au fil du temps, relève l'avis, sans parvenir à enrayer la hausse des écarts de prix.

Les outils déjà en place, tels que le "bouclier qualité prix" qui fixe le prix d'un panier de produits de première nécessité, restent "insuffisant", tranche l'Autorité, qui dénonce aussi "le manque de moyens des OPMR (observatoires des prix, des marges et des revenus) pour accomplir les missions qui leur sont dévolues".

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Dernier dispositif en date: le protocole signé en octobre 2024 par l'État, la collectivité territoriale de Martinique et différents opérateurs, a fait baisser les prix sur 6.000 références entre janvier et juillet 2025, mais a conduit à des hausses de prix sur d'autres produits pour respecter la neutralité budgétaire.

"Les spécificités de l'économie martiniquaise (...) expliquent pour une large part le niveau élevé des prix", ajoute l'ADLC, citant l'étroitesse du marché, la dépendance à l'Hexagone, le poids de la fiscalité locale ou encore l'existence de "frais d'approche importants".

Ces frais, qui représentent les coûts liés à l'acheminement des marchandises, ont bondi de 28% en 2019 à 33,3% du coût d'achat des marchandises aujourd'hui et représentent "un surplus de 49,9%" pour les distributeurs.

Concernant les marges des acteurs de la distribution, l'Autorité de la concurrence estime en revanche que "le niveau pratiqué par les grossistes-importateurs et des acteurs de la grande distribution" martiniquais "ne semble pas anormal".

L'Autorité déplore toutefois "le déficit d'informations disponibles, en particulier sur la façon dont sont retraités les résultats comptables" des principaux groupes.

Le géant martiniquais de la distribution GBH, régulièrement accusé de contribuer au coût de la vie élevée, s'est réjoui de l'avis dans un communiqué, soulignant qu'il confirme que "les niveaux de marges pratiqués (...) sont comparables à ceux observés dans l'Hexagone" et que les écarts de prix "s'expliquent avant tout par des facteurs structurels persistants".

L'autorité recommande "la mise en place d'un dispositif pérenne, assorti de sanctions" pour assurer un suivi rigoureux des prix et marges, et préconise d'impliquer davantage les grossistes-importateurs dans la lutte contre la vie chère, "pierre angulaire de l'approvisionnement" dont l'activité est "plus profitable que celle de distribution".

Elle encourage aussi "l'intégration régionale" dans la zone Caraïbes, saluant l'adhésion de la Martinique à la Caricom en février 2025, qui pourrait "diversifier les importations et diminuer les coûts logistiques".

Avec AFP