Le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO a annoncé le 26 juillet le placement du centre historique de Paramaribo, capitale du Suriname, sur sa liste des sites en péril. Une décision qui intervient après des années d'alertes sur des constructions non conformes, des bâtiments à l'abandon et un incendie majeur en 2025 qui a détruit plusieurs édifices historiques.
Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2002, le centre historique de Paramaribo est une ancienne ville coloniale hollandaise des XVIIe et XVIIIe siècles, implantée sur la côte nord tropicale de l'Amérique du Sud. Son tracé de rues en damier, hérité de 1683, est resté intact, et ses édifices majoritairement en bois illustrent la fusion progressive de l'architecture néerlandaise avec les techniques et matériaux locaux. Parmi ses monuments emblématiques : Fort Zeelandia (1667), le palais présidentiel (1730), la cathédrale catholique néo-gothique (1885) entièrement construite en bois, et la vaste promenade du bord du fleuve Suriname.
Des projets de construction ignorant les recommandations de l'UNESCO
Mais depuis quelques années, ce patrimoine est menacé. Deux projets de construction ont particulièrement suscité l'inquiétude de l'organisation internationale : l'édification de la nouvelle Assemblée nationale et d'une tour de parking dite « Yogh », toutes deux réalisées sans tenir compte des recommandations de l'UNESCO. Ces constructions, selon les experts mandatés, portent atteinte au paysage urbain protégé.
Le centre historique souffre par ailleurs d'une vacance persistante. Les maisons, largement constituées de bois, se vident et se dégradent, attirant des occupants sans titre et augmentant les risques d'incendie. En avril 2025, un sinistre important a détruit plusieurs bâtiments historiques, accélérant la dégradation du tissu urbain exceptionnel qui avait valu à la ville son classement.
La fragilité du site n'est pas nouvelle : depuis 2014, l'UNESCO alertait régulièrement sur les lacunes du cadre juridique, les faiblesses de l'autorité de gestion (SGES) et l'absence de plan de zonage effectif. Le plan de gestion adopté en 2011 n'a jamais été pleinement mis en œuvre, faute de moyens humains et financiers suffisants.
Une mise en garde
L'inscription sur la liste en péril ne signifie pas la perte immédiate du statut de patrimoine mondial. Elle constitue un signal d'alarme officiel de l'UNESCO, enjoignant l'État surinamais à prendre des mesures correctives sous peine de déclassement. Le Suriname rejoint ainsi cinq autres sites nouvellement inscrits en péril lors de la 48e session du Comité du patrimoine mondial en 2026.
Paramaribo est aujourd'hui à un tournant : préserver les 291 monuments classés de son centre historique, dont la valeur tient précisément à leur authenticité en bois et à l'intégrité de leur tracé urbain, ou risquer de perdre une reconnaissance internationale acquise de longue date.

