Après une expérience canadienne prometteuse, Alexis Mompert revient en Martinique avec la volonté de rendre la mer plus accessible à tous. Fondateur de Boat Paradise, il développe aujourd’hui MiBelBoat, une plateforme tout-en-un destinée à centraliser les offres, les réservations et la gestion des professionnels du nautisme. Récompensée à VivaTech 2026 dans le cadre du tout premier Challenge Innov’Ultramarin, cette innovation pensée depuis la Martinique porte une ambition caribéenne et, à terme, pourrait se déployer dans les territoires ultramarins des trois océans.
Un secteur qui peine à se structurer
Lorsque Alexis Mompert revient en Martinique en 2018, après huit années passées au Canada, il pense retrouver un terrain propice à la vente et à la location de bateaux. Après tout, l’île est entourée d’eau et dispose d’un important potentiel nautique.
La réalité se révèle pourtant plus contrastée :« À ma grande surprise, je me suis rendu compte que le secteur était moins organisé, moins structuré et moins rentable qu’au Canada », raconte-t-il.
Parti initialement au Canada pour reprendre ses études, il y obtient un bachelor en sciences de la consommation et multiplie les expériences professionnelles, notamment dans la vente et les solutions de paiement. Il mène également une carrière sportive de haut niveau et devient champion du monde amateur de kick-boxing.
Son parcours canadien semble alors parfaitement tracé. Il y devient propriétaire, accède rapidement à des fonctions de management et construit sa vie familiale. Mais la séparation avec la mère de son fils, qui décide de revenir vivre en Martinique, change la trajectoire. : « J’ai décidé de sacrifier mon rêve canadien pour ne pas perdre les moments de vie de mon fils. Je ne le regrette pas, parce que je ne serais probablement pas devenu entrepreneur. »
Rendre le nautisme plus accessible
De retour en Martinique, Alexis Mompert travaille pendant deux ans dans la vente de bateaux avant de créer Boat Paradise, une entreprise de charter et de conciergerie nautique haut de gamme.
Son ambition est alors double : proposer aux Antilles des prestations comparables à celles développées à Miami ou sur la Côte d’Azur, tout en ouvrant davantage le nautisme à la population locale. « Quand j’étais jeune, je voyais les bateaux à la marina, mais nous restions sur le quai. Nous n’allions pas sur l’eau. Pour moi, le bateau était réservé à une élite. »
Alexis Mompert commence par envisager un modèle de location entre particuliers, avant de se heurter au manque de professionnalisation de certaines offres et aux nombreux imprévus liés à leur gestion. Il décide alors de s’appuyer exclusivement sur des opérateurs professionnels.
Boat Paradise développe des sorties à la journée, des privatisations, des croisières et des prestations sur mesure. L’entreprise permet notamment à des groupes de partager les coûts d’un bateau avec skipper, sans avoir à verser de caution ni à gérer les contraintes administratives.
La société gagne progressivement une image haut de gamme et de fiabilité, en travaillant pour des personnalités publiques et des productions audiovisuelles. Mais derrière les yachts et les événements privés, Alexis Mompert conserve sa volonté initiale : faire découvrir la mer à ceux qui en restent encore éloignés.
MiBelBoat : relier les professionnels et les particuliers
Cinq années passées aux côtés des opérateurs nautiques lui permettent surtout d’identifier un problème commun à toute la filière nautique caribéenne : l’extrême fragmentation du marché. « Les réservations sont encore majoritairement gérées par téléphone, WhatsApp, Instagram ou par mail. Les offres sont dispersées et cela crée une véritable lourdeur administrative. »
Les professionnels disposent souvent de peu de ressources pour répondre rapidement aux demandes, promouvoir leurs bateaux ou actualiser leurs disponibilités. Dans le même temps, une grande partie des flottes reste sous-exploitée en dehors des quatre ou cinq mois de haute saison.
C’est de ce constat que naît MiBelBoat.
Développée avec son cofondateur Aurélien Blanc, chargé de la partie technologique, la plateforme rassemble les réservations de bateaux, les excursions, les croisières et les expériences liées à la mer. Elle utilise également l’intelligence artificielle pour intégrer plus rapidement les offres, qualifier les demandes et accélérer les réponses adressées aux clients.

Mais la véritable innovation de MiBelBoat repose sur son fonctionnement B to B to C : la plateforme relie les opérateurs nautiques, les agences et les clients finaux dans un même environnement numérique. Les professionnels disposent ainsi d’un espace de gestion pour administrer leur flotte, suivre les calendriers, enregistrer leurs réservations et commercialiser directement leurs offres. Ils peuvent aussi ouvrir leur inventaire à des agences partenaires, qui revendent les prestations auprès de leurs propres clientèles.
« Habituellement, il existe soit une plateforme de revente, soit un logiciel de gestion, soit une agence intermédiaire. Nous voulons réunir ces fonctions dans un agrégateur tout-en-un. »

Faire vivre la Caraïbe douze mois sur douze
MiBelBoat entend également dépasser la simple location de bateaux. La plateforme veut valoriser les événements et les expériences propres à chaque territoire : Tour des yoles en Martinique, carnaval de Sainte-Lucie, festivals, croisières thématiques ou circuits entre plusieurs îles. « Nous ne voulons pas seulement vendre un bateau. Nous voulons proposer une expérience globale, liée à la culture et à l’identité de chaque destination », précise Alexis Mompert.
Cette stratégie consiste à réduire la saisonnalité de ce marché qui fragilise les entreprises et les emplois de la filière nautique. En augmentant les réservations pendant les périodes creuses, Alexis Mompert espère contribuer à stabiliser l’activité des skippers, des équipages et des nombreux prestataires qui gravitent autour du secteur.

Un déploiement commercial pour 2027
Initialement pensée pour la Caraïbe, MiBelBoat suscite déjà l’intérêt d’autres territoires ultramarins. À VivaTech, l’équipe a notamment été approchée par des acteurs de La Réunion, de Polynésie française et de Nouvelle-Calédonie, confrontés eux aussi à la saisonnalité et à la fragmentation de leurs offres.

Encore en phase de prélancement, la plateforme revendique déjà plus de 600 bateaux référencés. L’année 2026 doit être consacrée à l’intégration des professionnels, à l’enrichissement de l’inventaire et à la standardisation des processus, avant un déploiement commercial plus large en 2027.
Avec MiBelBoat, Alexis Mompert entend démontrer qu’une innovation à vocation internationale peut aussi se construire depuis les Outre-mer : « J’aurais pu repartir au Canada, aller à Saint-Martin ou à Miami. Mais j’ai envie de montrer que l’on peut créer depuis la Martinique un projet capable d’avoir une résonance internationale. »

