Les éditions Quae ont publié récemment un ouvrage collectif intitulé « Chlordécone aux Antilles : Une approche One Health en construction ». Cette étude propose une analyse pluridisciplinaire des conséquences durables de la pollution au chlordécone dans ces territoires, et met en avant la pertinence d’une approche fondée sur une prise en compte conjointe des enjeux liés à la santé humaine, animale et environnementale (« One Health »). Rédigé par une quarantaine de chercheurs, ce livre d’environ 280 pages revient sur les connaissances scientifiques disponibles et les enseignements de plusieurs décennies de recherche et d’action publique.
Bien qu’interdit aujourd’hui, le chlordécone, utilisé dans les bananeraies de Martinique et de Guadeloupe de 1972 à 1993, demeure une source majeure de préoccupation environnementale et sanitaire. Sa persistance dans les milieux naturels entretient une contamination durable des sols, des eaux et de certaines productions agricoles, affectant à la fois les écosystèmes et les populations exposées. « En dépit de son interdiction en 1993, le chlordécone continue de nos jours à être présent dans les sols ou il a été appliqué et sa persistance est estimée de plusieurs dizaines d’années à plusieurs siècles selon la nature des sols rencontrés en Martinique et en Guadeloupe », souligne l’ouvrage.
Confrontée à cette situation, la recherche vise à approfondir la compréhension des mécanismes de transfert du chlordécone dans l’environnement, à mieux évaluer les risques associés et à identifier des solutions permettant de réduire l’exposition des populations. Ces enjeux requièrent une approche pluridisciplinaire mobilisant des compétences variées et intégrant les spécificités sociales, économiques et territoriales des Antilles.
Dans cette perspective, l’étude collective offre une synthèse actualisée des connaissances scientifiques les plus récentes. Elle examine les impacts de cette contamination, les défis qu’elle soulève ainsi que les politiques et dispositifs mis en œuvre pour limiter l’exposition et gérer les risques, dans un contexte où cette pollution continue d’affecter durablement la santé humaine, les écosystèmes et les territoires concernés.

« Coordonné dans le cadre du Comité de pilotage scientifique national (CPSN) de la Stratégie Chlordécone, cet ouvrage défend une approche intégrée des risques. Le concept One Health, ou « Une seule santé », repose sur le constat que la santé humaine est étroitement liée à celle des animaux et à l’état des milieux naturels. Appliquée à la pollution au chlordécone, cette approche permet de mettre en relation les phénomènes de contamination environnementale, les voies d’exposition des populations et les mesures de prévention », rapporte la présentation du livre.
L’ouvrage analyse les outils de mesure de la contamination, ses impacts sur l’environnement et la santé, ainsi que les moyens de limiter l’exposition des populations. Il met également en lumière l’apport des sciences humaines et sociales dans la compréhension des perceptions du risque et de la mise en œuvre des politiques publiques.
Exemple, concernant les pistes essentielles pour de nouvelles recherches, « ces priorités concernent principalement le développement d’outils et de méthodes permettant de caractériser précisément, rapidement et à moindre coût les teneurs en chlordécone et de ses produits de transformation dans les différentes matrices alimentaires, environnementales et biologiques. Elles indiquent également la nécessité de renforcer les activités des laboratoires aux Antilles pour la mise en œuvre des outils et méthodes élaborés », précise les auteurs du livre.

L’étude « Chlordécone aux Antilles : Une approche One Health en construction » a été coordonnée par quatre chercheurs qui s’inscrivent dans une démarche pluridisciplinaire : Magalie Jannoyer (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement [CIRAD], caractérisation de la pollution et de la réduction des risques ; Pierre Benoit (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement [INRAE], unité EcoSys, spécialiste du devenir et du transfert des contaminants dans les sols ; le Martiniquais Malcom Ferdinand (Centre national de la recherche scientifique [CNRS], dimensions écologiques, historiques et sociales de la pollution) ; et Jeanne Garric, experte en écotoxicologie et en stratégies de recherche sur le chlordécone.
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