Le gouvernement vient de publier le bilan 2024-2025 de sa « Stratégie de lutte contre la pollution au chlordécone 2021-2027 ». Ce document présente les actions concrètes mises en œuvre pour protéger les populations et renforcer les connaissances scientifiques. Il met notamment en lumière les dispositifs de contrôle et d’analyse des denrées alimentaires et des sols, les campagnes de dépistage par dosage sanguin gratuites visant à évaluer l’exposition des communautés concernées, l’accompagnement des personnes les plus exposées ainsi que l’indemnisation des maladies professionnelles. Il revient également sur les avancées de la recherche, les perspectives d’action et les moyens budgétaires mobilisés.
Depuis 2021, le Plan Chlordécone IV, également appelé « Stratégie Chlordécone », concrétise l’engagement de l’État et de ses partenaires dans la lutte contre la pollution au chlordécone, selon le bilan du gouvernement. Déployé autour d’une quarantaine de mesures couvrant de nombreux domaines d’intervention, il vise à mieux informer la population sur les risques, à protéger la santé des habitants et à accompagner la prise en charge des conséquences de cette contamination.
Son ambition est double : garantir à court terme des conditions de vie « sans risque chlordécone » et progresser vers un avenir durablement « sans chlordécone », face à ce pesticide qui a contaminé les sols des Antilles françaises pour des dizaines et même des centaines d’années selon les zones, et affecté sensiblement la santé de ses habitants (cancers et autres pathologies).
D’après le rapport, en Guadeloupe et en Martinique, « En 2024 et 2025, les services de l’Etat ont poursuivi le renforcement des contrôles des denrées alimentaires (fruits, légumes, poissons, viandes, crustacés, œufs, etc.), (…) des zones d’interdiction de pêche et de l’eau potable. Le nombre de contrôles inter-services des circuits de vente dits informels (ventes de bord de route par exemple) a été augmenté sur les deux territoires. L’État a pris en charge le surcoût du traitement de l’eau potable engendré par la pollution à la chlordécone, de façon exceptionnelle et dérogatoire, dans les 7 stations où c’est nécessaire ; à hauteur de 2 M€ par an depuis 2023 ».

Le gouvernement souhaite continuer de proposer des analyses de sols gratuites à tous les jardiniers pour manger local sans risque ; donner un accès gratuit à tous, au dosage de chlordécone dans le sang, pour que chacun puisse connaître et réduire son exposition au pesticide (renforcer notamment les dispositifs d’accompagnement des femmes en âge de procréer, des femmes enceinte et des nourrissons) ; et informer tous les habitants sur les bons gestes et sur leurs démarches pour se protéger et accéder à leurs droits.
Les solutions existent, selon l’étude gouvernementale. L’ensemble des agriculteurs bénéficie aujourd’hui gratuitement d’analyses de sols et d’un accompagnement technique. Depuis 2021, les éleveurs bovins concernés par la contamination sont également accompagnés afin de sécuriser leur production, grâce à la réalisation d’un diagnostic, à l’élaboration d’un plan de sécurisation et à la mise en place d’aides matérielles adaptées. Une prime à l’engagement comprise entre 210 et 250 euros est versée pour chaque animal abattu. Dans la filière pêche, un dispositif d’aide financière est déployé depuis 2022. Simplifié au début de l’année 2024, il a permis de doubler le nombre de bénéficiaires, passé de 400 à 800.
Par ailleurs, « le fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP) est opérationnel depuis 2020 et son accès est facilité par la reconnaissance du cancer de la prostate comme maladie d’origine professionnelle liée à une exposition aux pesticides (dont chlordécone). L’indemnisation est versée sous forme de rente à vie pour les travailleurs ou exploitants et d’un capital pour les enfants », souligne le bilan du gouvernement.
.jpg)
Cependant, il est indispensable d’améliorer les connaissances pour agir. Une large communauté scientifique est déjà active dans le combat contre le chlordécone. Elle est principalement animée par deux instances : le Comité de pilotage scientifique national (CPSN) et la Coordination locale de la recherche sur le chlordécone aux Antilles (CLoReCA).
Selon le rapport, le gouvernement va bientôt « partager les résultats scientifiques lors du colloque scientifique de 2026 « Chlordécone : Comprendre & agir » à l’Université des Antilles et donner suite aux travaux scientifiques présentés ; Préfigurer un démonstrateur territorial « solutions chlordécone » ; et Renforcer les travaux sur la dépollution des sols, la santé de la femme, grâce au doublement du budget de recherche à horizon 2030 ».
Ainsi, initialement doté d’un budget prévisionnel de 92 millions d’euros pour la période 2021-2027, le plan IV a fait l’objet d’un renforcement progressif de ses moyens à compter de 2023, avec l’attribution d’une enveloppe complémentaire de 2,5 millions d’euros par an. Cette trajectoire financière traduit la volonté des pouvoirs publics d’intensifier l’effort consacré à la recherche et à l’innovation, avec pour objectif un doublement des crédits dédiés à l’horizon 2030. À terme, le budget global du plan devrait atteindre 130 millions d’euros.


