Le système de santé polynésien respire, mais reste sous surveillance. Dix jours de grève au CHPF et à la Direction de la santé, et une semaine à l’Arass, se sont achevés ce vendredi, suite à des rencontres « constructives » la veille à l’Assemblée. Les syndicats attendent maintenant de voir si les promesses des élus se retrouveront dans le budget primitif 2027, voté mi-novembre. Si ce n’était pas le cas, le mouvement pourrait reprendre. Les équipes du CHPF s’organisent maintenant pour relancer leurs activités, ce qui s’annonce « compliqué » avec de nombreux patients qui ont été décalés ou reprogrammés. Précisions avec notre partenaire Radio 1.
Suite à leurs rencontres “très positives” avec les représentants et le président de l’Assemblée ce jeudi après-midi, l’intersyndicale CSTP-FO et A Ti’a i mua a décidé ce vendredi matin de suspendre le mouvement de grève qui affecte le CHPF et la Direction de la santé depuis onze jours, ainsi que l’Agence de régulation de l’action sanitaire et sociale (Arass) depuis lundi.
“Nous avons confiance en nos élus pour faire en sorte que le système de santé ne s’écroule pas”, avait réagi Patrick Galenon, secrétaire général de la CSTP-FO, à l’issue des discussions à Tarahoi qui ont duré trois heures jeudi. Après avoir consulté les grévistes dans la matinée, l’intersyndicale a donc pris cette décision, effective à compter de ce jour, afin d’envoyer “un message fort aux membres de l’Assemblée de la Polynésie française. C’est ‘on a discuté avec vous, vous nous avez entendus, on vous fait confiance’”, explique le Dr Jonathan Larson, secrétaire général de la branche des praticiens hospitaliers de A Ti’a i mua. “Les représentants nous ont dit que lors des sessions sur le budget primitif 2027, ils donneraient une attention particulière et nous soutiendraient pour mettre en place les mesures nécessaires pour réanimer notre système de santé polynésien. Bien entendu, nous restons aussi ouverts aux discussions avec le gouvernement, mais à l’heure actuelle, nous n’avons toujours pas eu d’invitation.”
Un statut unique des praticiens promis dès le 1er janvier 2027
L’intersyndicale souligne qu’une attention particulière a été réservée à la création, dès le 1er janvier 2027, d’un statut unique des praticiens des structures publiques de santé, qu’ils exercent au CHPF, dans les hôpitaux périphériques, à l’Arass ou à la Direction de la santé, “parce que nous travaillons tous de la même façon et nous sommes tous diplômés d’un doctorat en médecine”, souligne le Dr Jonathan Larson, qui exerce au CHPF en tant que médecin coordonnateur de l’Unité de chirurgie ambulatoire.
Dans un communiqué, l’intersyndicale ajoute qu’elle “restera vigilante, car le vote du budget primitif 2027, mi-novembre, sera le véritable test des engagements exprimés.” “Sans traduction concrète de ces engagements dans le budget, les soignants se réservent la possibilité de reprendre le mouvement », est-il précisé. L’intersyndicale doit maintenant transmettre, “sans délai”, son chiffrage envisagé pour ces réformes statutaires à Tarahoi, afin que la commission de l’économie et des finances se penche sur la question.
Une reprise qui s’annonce « compliquée »
Quant aux démissions administratives déposées la veille par 23 chefs de service de l’hôpital, ainsi que par le président et le vice-président de la commission médicale d’établissement (CME), l’instance représentative de la communauté médicale hospitalière, elles sont toujours maintenues. En attendant qu’elles soient acceptées, ou refusées comme ce fut le cas en mai 2024, les différents services du CHPF et des autres structures de santé impactées par le mouvement sont en train de se réorganiser afin de reprendre leurs activités comme avant.
“La reprise va être compliquée parce qu’il va falloir reprogrammer les patients qui ont été décalés et déprogrammés. Mais on va faire le nécessaire pour que la population ne subisse pas toutes les conséquences de ce manque d’attractivité. Il y a des cellules de reprogrammation qui sont en train de réfléchir sur quels patients sont prêts pour la semaine prochaine”, conclut le secrétaire général de ATIM-PH.
Dans le même temps, une autre grève a été évitée ce vendredi à l’hôpital par la signature d’un protocole de fin de conflit entre la Fédération des interprofessionnels des services de la santé en Polynésie (Fissap) et le Pays jeudi soir. À l’issue d’une réunion de négociations à la présidence, le Pays a annoncé qu’il allait “proposer une rencontre élargie à l’ensemble des organisations syndicales concernées”. Une rencontre qui “portera sur l’accès aux soins dans les cinq archipels et sur le parcours des patients”, mais aussi sur “les besoins des équipes, leurs conditions de travail et la soutenabilité du financement”, a-t-il fait savoir dans un communiqué. Le gouvernement s’est également engagé à finaliser les travaux sur la révision des cadres d’emploi, profession par profession, avant le 30 juin 2027, “pour une adoption avant la fin de l’année” prochaine.

