Les chefs de service du Centre hospitalier de Polynésie française (CHPF) ainsi que le président de la commission médicale, le Dr Tony Tekuataoa, et son vice-président, ont remis leur démission administrative ce jeudi, au dixième jour de grève dans la santé publique. Un sujet de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
Ce jeudi, l’ensemble des chefs de service du CHPF ont démissionné de leurs fonctions administratives, annoncent les syndicats CSTP-FO et A Ti’a i mua, qui mènent la grève qui dure depuis dix jours au CHPF. Vingt-trois chefs de service, ainsi que le président et le vice-président de la commission médicale d’établissement (CME), l’instance représentative de la communauté médicale hospitalière, ont ainsi déposé leurs démissions en bloc.
Un mouvement qui fait écho à celui de mai 2024, lorsque 13 des 26 médecins avaient déposé leur démission sur le bureau du ministre de la Santé afin de dénoncer les tensions d’effectif à l’hôpital.
« On a fait ça en 2024 pour lancer un cri d’alerte. Les démissions ont été refusée. La situation s’est encore plus aggravée », rappelle le Dr Tony Tekuataoa, membre du Syndicat des praticiens publics de Polynésie française et président de la CME. « Est-ce que nous, on doit porter la responsabilité administrative d’un système qui s’effondre ? Non. En plus de nos vies de professionnels de santé avec le turnover, les équipes qui changent, les formations qu’on doit faire… ça n’a pas de sens, on s’épuise. »
Une rencontre « très positive » avec les représentants de l’Assemblée
Le chef du service des urgences et les autres représentants des praticiens hospitaliers, mais aussi quelques infirmiers et médecins de la santé publique, ont été reçus ce jeudi après-midi à l’Assemblée territoriale par le président de l’institution et les chefs des groupes politiques. Au terme de 3 heures d’échanges, ils sont ressortis satisfaits de cette rencontre, qu’ils ont jugée « très positive ». « Ça fait plaisir d’être entendus, écoutés et compris », a souligné le Dr Tony Tekuataoa.
« Nous avons confiance en nos élus pour faire en sorte que le système de santé ne s’écroule pas. Parce qu’on en est malheureusement au stade où nos médecins veulent démissionner », a réagi Patrick Galenon, secrétaire général de la CSTP-FO. « Déjà, en temps normal, c’est difficile, mais là, avec la grève, il y a beaucoup de perte de chance et on se rend compte de la responsabilité que nous avons. Plus vite on sortira de la grève, mieux on se portera. Et je suis sûr que les représentants du peuple nous ont entendu et rassuré. »
Alors que les discussions sont au point mort avec le gouvernement local, les syndicats des praticiens hospitaliers ont donc souhaité se tourner vers l’Assemblée pour tenter de se faire entendre. « Car ce sont les élus du peuple qui votent le budget. Le Pays nous oppose qu’il n’y a pas de budget. Mais les élus nous ont dit qu’ils vont nous soutenir », se réjouit Patrick Galenon, qui ajoute que la grève pourrait même être levée à la suite de ces promesses, mais non sans avoir préalablement consulté la base des grévistes vendredi matin.
La grève à la Fissap « risque de faire mal »
Ce premier conflit pourrait donc se résoudre ces prochains jours alors qu’une autre menace plane sur le CHPF ce vendredi. Du côté de la Fédération des interprofessionnels des services de la santé en Polynésie (Fissap), qui a mobilisé ses agents jeudi midi à l’hôpital, le mouvement prend forme.
Le syndicat de Mireille Duval a rencontré le gouvernement ce jeudi soir afin de formuler plusieurs contre-propositions aux annonces faites la veille. Parmi celles-ci figurait la prime mensuelle Va’a Ora, d’un montant de 18 000 francs mensuel, proposée à tous les agents. Prime dont bénéficieraient aussi les praticiens hospitaliers, alors qu’il leur a également été proposé une revalorisation des gardes et du temps de travail additionnel, estimée à 116 000 francs net, qu’ils ont refusé lundi soir.
Les membres de la Fissap dénoncent une « inégalité de traitement ». « On nous demande de prendre un train sans rail alors qu’à côté de ça, nos collègues PH vont prendre la fusée », s’insurge Mireille Duval, secrétaire générale du syndicat, qui a notamment demandé au Pays de revoir le montant de la prime Va’a Ora à la hausse.
En cas d’échec des négociations ce jeudi soir, la Fissap entre donc en grève à minuit. Les agents grévistes, principalement des catégories B à D, doivent se réunir dans la nef de l’hôpital à 6 h 30 pour lancer, à leur tour, leur mouvement, qui risque de « bloquer » le CHPF et de « faire mal », prévient Mireille Duval.
Lucie Ceccarelli pour Radio 1 Tahiti

