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Nouvelle-Calédonie : « L’Europe est un allié pour construire votre avenir » a assuré Stéphane Séjourné devant le Congrès
©Anne-Claire Pophillat / LNC

Si la signature d’un protocole sur les matières premières est au cœur du déplacement de Stéphane Séjourné, le vice-président de la Commission européenne à la prospérité et à la stratégie industrielle a également parlé énergie, formation et infrastructures, lors de son allocution ce lundi 19 octobre au Congrès. Opposés à l’accord sur le nickel, les indépendantistes étaient absents de l’hémicycle. Un sujet de notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.

« Nous avons trop peu pris la mesure de notre destin partagé », avance Stéphane Séjourné, en entame de son allocution donnée au Congrès ce lundi 19 octobre dans l’après-midi. Le vice-président de la Commission européenne à la prospérité et à la stratégie industrielle, arrivé samedi pour un déplacement de quatre jours, plaide ainsi en faveur d’un rapprochement entre l’Union européenne et la Nouvelle-Calédonie.

Et si la signature, le mardi 20 octobre, d’un partenariat sur les matières premières constitue le point d’orgue de son séjour, Stéphane Séjourné insiste sur le rôle que l’Europe peut jouer pour le Caillou, se présentant « comme allié pour construire votre avenir, comme partenaire de votre développement économique, comme trait d’union pour renforcer votre influence dans le Pacifique ».

Énergie, formation et infrastructures

Le représentant confirme : « je ne viens pas seulement vous parler du nickel », et évoque trois chantiers. Le premier a trait à l’énergie, « un des principaux handicaps à l’industrie », pour laquelle l’UE a engagé un programme de 3,8 milliards de francs depuis 2023, afin « d’accompagner la transition énergétique ». 

Une participation au projet de Step (station de transfert d’énergie par pompage) à la Tontouta, qui permet de stocker de l’énergie photovoltaïque, est également annoncée. Le vice-président de la Banque européenne d’investissement est justement attendu « début décembre, pour pouvoir concrétiser un certain nombre d’investissements ».

Le deuxième chantier, liste le commissaire, concerne la formation professionnelle, l’insertion et la cohésion sociale. L’UE affirme y consacrer 600 millions de francs. Une convention de financement doit être signée dans ce cadre avec le président du gouvernement, Milakulo Tukumuli, et le membre en charge du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle, Gilbert Tyuienon, le mardi 20 octobre à l’université. « Ce programme sera effectif dès le premier trimestre 2027. »

Enfin, le troisième chantier relève des « grandes infrastructures qui permettront de diversifier l’économie ». Stéphane Séjourné mentionne le port autonome, en vue de développer un pôle de maintenance et de réparation navale ; l’aéroport, avec là aussi, un projet de pôle de maintenance aéronautique et de formation aux métiers de l’aviation et, enfin, l’installation de câbles numériques sous-marins pour relier la Nouvelle-Calédonie et d’autres territoires du Pacifique et de l’Asie.

Nickel : un partenaire « plus impliqué »

Néanmoins, le nickel reste « un pilier essentiel ». Et l’Europe « peut devenir un partenaire plus impliqué », afin de relancer la filière. Un sujet sur lequel « nous avons des intérêts communs » et qui s’inscrit dans le cadre de la nouvelle stratégie adoptée par l’Union européenne en termes de matières premières, d’énergie et d’infrastructures numériques.

La Nouvelle-Calédonie possède du nickel. Et l’UE souhaite être davantage souveraine dans l’approvisionnement de ce minerai, la dépendance à certains pays la rendant plus vulnérable, estime Stéphane Séjourné. L’objectif fixé est « d’éviter que plus de 65 % de notre consommation annuelle ne dépendent d’un seul pays tiers ».

Le Caillou peut participer « de cette diversification ». L’accord vise à « rapprocher les producteurs calédoniens et les acheteurs européens », « accompagner les investissements » et « donner un cadre de travail permanent à notre partenariat » et être « un signal pour les investisseurs ».

Un message entendu par Gil Brial (Les Loyalistes), qui soutient la démarche, nécessaire selon lui pour récréer des emplois. « Il faut que les investisseurs qui ont la capacité de reprendre soit l’usine du Nord, soit l’usine du Sud, aient des perspectives. Et là, ce sont des marchés qui s’ouvrent à eux. L’aide de l’Europe est essentielle pour nous. Beaucoup de personnes souffrent dans la filière nickel, et beaucoup d’emplois pourraient être sauvés, si tous les Calédoniens acceptaient la main qui leur est tendue ». 

Le conseiller fait référence à l’absence des élus Kanaky NC, annoncée dans un communiqué dimanche, et de ceux de l’UNI, à l’exception de Doriane Tjibaou, dans l’hémicycle cet après-midi. Kanaky NC voit dans l’accord « l’abandon de notre souveraineté minière », et appelle, dans un nouveau communiqué ce lundi, a d’abord élaborer une stratégie au pays avec les acteurs concernés, afin de porter « une vision commune de l’avenir de notre filière ».

« L’absence ne saurait tenir lieu de positionnement politique », a regretté Jordan Courtot (Le Rassemblement). « Sur un enjeu aussi déterminant pour notre territoire, la responsabilité devrait toujours l’emporter sur la posture politique. »

Des craintes, le FLNKS en a également exprimées. Le Front reproche au protocole qui doit être signé de « cantonner notre pays au rôle de fournisseur de minerai » et de « laisser les décisions liées à la stratégie industrielle […] être dictées par des intérêts extérieurs ». 

Stéphane Séjourné y a répondu dans son allocution, tentant de faire taire ces critiques, assurant que « nous ne vous demandons pas de céder la maîtrise de la richesse des terres, et nous ne serons pas non plus les décideurs par la suite ».

Anne-Claire Pophillat pour Les Nouvelles Calédoniennes