Interrogé par le Medef-NC lors de la rencontre des entreprises de France -LaREF 2025-, ce jeudi au stade Roland Garros, le ministre des Outre-mer est revenu sur l’accord de Bougival et l’accompagnement de la Nouvelle-Calédonie, dans un contexte politique particulier, à la fois à l’échelle nationale et locale.
« Je réaffirme ici, devant vous, ma volonté de préserver l'accompagnement de la Nouvelle-Calédonie, compte tenu des enjeux économiques et sociaux (…) qui la concerne », a assuré Manuel Valls devant des entreprises inquiètes. À l’échelle nationale en premier lieu, avec la probable chute du gouvernement le 8 septembre et à l’échelle calédonienne ensuite, avec le rejet de l’accord de Bougival par le FLNKS.
« Je veillerai à ce que les dispositifs fiscaux, en lien avec le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, demeurent adaptés aux besoins spécifiques » a-t-il ajouté, en réponse à des entreprises calédoniennes qui s’interrogent sur le maintien des aides aux entreprises en cas de création d’un « État de la Nouvelle-Calédonie ». « Je défends l'idée d'une préservation des taux majorés d'aides fiscales en faveur des politiques publiques prioritaires, comme par exemple le développement des énergies renouvelables, du développement ou de la reconstruction de certains territoires ».
Dans ses échanges avec les entreprises ultramarines, la question institutionnelle et des liens avec l’État -qui traverse aussi la Guyane ou la Polynésie française- est naturellement posée. « Quand je me déplace dans les territoires ultramarins, on me parle de la Nouvelle-Calédonie. Parce que dans l'inconscient collectif, ce territoire, depuis 1988 surtout, a pris une place particulière. C'est un statut différent, c'est une histoire différente, mais on sent bien qu'il y a une part de la relation de la France avec ces territoires qui s'y jouent » a estimé le ministre, qui prône la « démétropolisation ».
Sur l’accord de Bougival, Manuel Valls a martelé la nécessité de le « réussir », « pour la Nouvelle-Calédonie, mais aussi pour la France ». « C'est possible », estime-t-il. Après huit jours passés en Nouvelle-Calédonie, Manuel Valls souligne le « sentiment favorable » de « l’immense majorité de la population » et du monde économique, « parce qu'il a besoin d'apaisement, de paix pour pouvoir construire, reconstruire et investir ». « Nous sommes dans un moment difficile, mais décisif et c'est pour ça qu'il faut réussir cet accord » insiste le ministre qui rappelle que « le dialogue a repris avec le FLNKS ».
L’accord de Bougival « dépend aussi de ce que nous allons pouvoir mettre en œuvre dans les réformes qui viennent : décalage des élections provinciales, réforme constitutionnelle pour permettre une consultation au mois de février, création de la loi organique spéciale et de la loi fondamentale que le Congrès de la Nouvelle-Calédonie, lors de la prochaine mandature, devra élaborer ».
« Les émeutes et les violences de 2024 ont créé de nouveau les conditions d'une image dégradée dans laquelle s'engouffre toute une série d'adversaires et fait perdre des opportunités à la Nouvelle-Calédonie » dans un monde où la France « n’a pas que des amis ». « Dans le Pacifique, la France a eu une image très dégradée après le Rainbow Warrior », ce navire de Greenpeace qui, amarré à Auckland en 1985, a été saboté par les services secrets français, alors qu’il devait se rendre à Moruroa et gêner un tir nucléaire en Polynésie française. Le sabotage avait fait une victime.
« Les accords de 88 et de 98 ont permis de restaurer cette image » estime encore Manuel Valls. « L'accord de Bougival peut redonner au fond un modèle, une manière de traiter les conflits entre communautés ».