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Interview. Nickel, maritime, numérique, tourisme, fiscalité, Christopher Gygès, vice-président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie dévoile sa feuille de route pour remettre le territoire sur « la voie de la prospérité »
Christopher Gygès, vice-président du gouvernement calédonien le 1er octobre 2026 à Choose Outre-mer © Outremers 360

De retour du sommet Choose Outre-mer à Paris, où la Nouvelle-Calédonie s'est particulièrement distinguée par plusieurs annonces d'investissements et de partenariats, Christopher Gygès, vice-président du gouvernement calédonien, depuis le 1er juillet 2026, entend accélérer la refondation économique du territoire. Homme d'action et de terrain, Christopher Gygès est convaincu que 2027 sera l'année du redémarrage économique de la Nouvelle-Calédonie. Dans un entretien accordé à Outremers360 en exclusivité, il détaille ses priorités et sa stratégie de diversification. Avenir de la filière nickel, coopération avec l'Union européenne, développement d’infrastructures maritimes et numériques, relance du tourisme, réformes fiscales et souveraineté alimentaire, le vice-président de Nouvelle-Calédonie entend bien menerE de front ces chantiers structurants. À cinq mois du premier sommet Choose NC, prévu en mars 2027 à Nouméa, il affiche sa volonté de fédérer les acteurs politiques, institutionnels et économiques autour d'une ambition commune : remettre la Nouvelle-Calédonie sur la voie de la prospérité.

Outremers360 : Vous êtes désormais vice-président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, avec un portefeuille qui couvre notamment l'économie, la fiscalité, les télécommunications, le commerce extérieur et l'attractivité. Quelle est votre feuille de route ?

Christopher Gygès : Nous nous inscrivons dans un pacte de gouvernance dont l'une des priorités est la refondation et le redémarrage de l'économie calédonienne. Nous observons déjà des tendances encourageantes. À fin mars, nous enregistrons plus de 1 400 véhicules vendus supplémentaires par rapport à l'année dernière, une progression de la fréquentation touristique et des recettes fiscales en hausse.

Sur les secteurs dont j'ai la responsabilité, ma priorité absolue est le redémarrage de l'économie, notamment à travers l'attractivité, pour faire revenir à la fois des capitaux et des consommateurs sur le territoire.

Cela passe par plusieurs mesures de simplification fiscale, notamment une réforme de la taxe générale sur la consommation (TGC), mais également par la suppression des droits de succession et de transmission, afin de favoriser le retour des capitaux.

Nous travaillons aussi sur des dispositifs de zones franches ou de secteurs francs pour dynamiser l'activité économique.

Le nickel reste un pilier stratégique de l'économie calédonienne, mais la filière demeure confrontée à d'importants défis de compétitivité et de financement. Quelle est aujourd'hui votre vision de son avenir ?

Nous avons eu une bonne nouvelle hier, avec la signature du MoU, un protocole d'accord avec l'Union européenne, en présence de Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne, qui a passé plusieurs jours sur le territoire. Nous avons notamment échangé sur la compétitivité de la filière nickel calédonienne et sur ses débouchés.

Sur la compétitivité, il s'agit de bénéficier d'un accompagnement de l'Union européenne, notamment à travers des financements destinés à soutenir la transition énergétique du secteur. Le vice-président de la Banque européenne d'investissement (BEI) doit également venir en décembre 2026 pour évoquer le projet de STEP (station de transfert d'énergie par pompage), qui doit contribuer à cette transition énergétique et à l'amélioration de la compétitivité de la filière. Nous travaillons également sur les débouchés au sein de l'Union européenne, avec des possibilités d'achats par des entreprises européennes.

Parallèlement, nous travaillons avec les différents acteurs locaux pour améliorer leur compétitivité. Aujourd'hui, les délais d'obtention de certaines aides, de permis ou d'autorisations sont trop longs et pèsent sur leur activité. C'est un travail que nous menons directement avec eux.

Enfin, la question des repreneurs est traitée en lien avec l'État et concerne principalement les provinces. Sur l'usine du Sud, plusieurs dossiers avancent.

Signature d'un protocole d'accord stratégique pour la filière nickel© Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie 

À Paris, un projet de pôle de maintenance navale de 70 millions d'euros a notamment été mis en avant. Le développement d'une filière de maintenance navale peut-il positionner la Nouvelle-Calédonie comme une plateforme industrielle et maritime à l'échelle du Pacifique ?

Il y a bien sûr la question du nickel, mais nous avons véritablement une volonté de diversification de l'économie calédonienne, notamment dans le secteur maritime, avec le projet de pôle de maintenance navale.

Ce projet prévoit des infrastructures flottantes et des engins de levage qui permettraient d'assurer la maintenance des navires en Nouvelle-Calédonie, notamment ceux de la flotte militaire.

Nous avons engagé des discussions avec l'État, le ministère des Armées et les services de l'armée présents en Nouvelle-Calédonie pour assurer la viabilité de ce projet. Mais nous souhaitons également accueillir des navires opérant dans la zone Pacifique.

Ces infrastructures pourraient notamment être financées par l'État et l'Union européenne. L'enjeu est surtout de construire un modèle économique viable, avec des clients potentiels sur lesquels nous travaillons déjà.

Alors que la Nouvelle-Calédonie dispose d'un écosystème de start-up et de compétences technologiques, quelle place souhaitez-vous donner à ces filières dans le nouveau modèle économique du territoire ? Quels projets structurants envisagez-vous pour en accélérer le développement ?

Un autre axe important de diversification concerne le numérique, avec la volonté de faire de la Nouvelle-Calédonie un hub dans ce domaine. Nous souhaitons notamment accueillir davantage de câbles sous-marins. Nous échangeons avec l'Union européenne sur le financement d'un nouveau câble qui pourrait passer par Singapour et différents territoires du Pacifique. Ce projet est actuellement en phase d'étude.

Nous souhaitons également accueillir des câbles privés afin de développer une stratégie de data centers sur le territoire. La Nouvelle-Calédonie dispose de nombreux atouts dans ce domaine, notamment son statut français et européen, qui offre des garanties en matière de souveraineté et de protection des données.

Nous disposons aussi d'infrastructures, notamment portuaires, qui peuvent accueillir ces câbles et renforcer notre attractivité. C'est un véritable avantage comparatif par rapport à d'autres territoires de la zone Pacifique, où la souveraineté et la protection des données ne sont pas toujours garanties à 100 %.

Le tourisme constitue un autre levier important de diversification. À l'occasion de Choose Outre-mer, un partenariat d'environ 3,5 millions d'euros a été annoncé avec Atout France. Comment cet engagement s'inscrit-il dans votre stratégie de développement touristique ?

Le partenariat avec Atout France vient renforcer la stratégie de redynamisation du tourisme que nous avons engagée, avec un objectif annoncé en début d'année : accueillir 230 000 touristes à l'horizon 2032.

Pour y parvenir, nous avons d'abord doublé le budget consacré à la promotion internationale, qui est passé de 2,5 millions à près de 5 millions d'euros. Nous avons également développé des offres touristiques sous forme de packages associant Aircalin et les établissements hôteliers, notamment à destination du marché australien.

Signature de convention de partenariat avec Atout France © Gouvernement de Nouvelle-Calédonie

Le partenariat avec Atout France, qui représente environ 417 millions de francs CFP, va nous permettre de renforcer notre action autour de trois axes. Le premier concerne la promotion internationale, en bénéficiant à la fois des financements et de l'expertise d'Atout France pour mieux cibler les marchés touristiques prioritaires. Le deuxième porte sur le lancement d'appels à projets pour remettre à niveau les infrastructures touristiques du territoire. Enfin, le troisième vise à financer des formations pour améliorer le niveau de qualification des professionnels calédoniens du tourisme.

Nous travaillons également à faire venir de nouvelles compagnies aériennes afin de faciliter l'arrivée de touristes en Nouvelle-Calédonie.

Sur le volet formation, nous souhaitons nous appuyer sur les structures locales, mais également sur les professionnels du territoire. Nous disposons de chaînes hôtelières importantes et voulons privilégier la formation professionnelle directement en entreprise, afin de permettre aux personnes de se former au sein même de ces établissements.

Ces projets témoignent d'une volonté de transformation de l'économie calédonienne. Mais comment restaurer durablement la confiance, attirer de nouveaux capitaux privés et relancer l'investissement sur le territoire ?

Il faut d'abord faire la promotion de la Nouvelle-Calédonie. C'est quelque chose que nous faisions relativement peu par le passé.

Nous avons aujourd'hui une feuille de route consacrée à l'attractivité, avec une véritable stratégie de promotion du territoire à l'extérieur. Le sommet Choose Outre-mer participe de cette démarche, tout comme les missions économiques que nous souhaitons développer dans différents pays.

Nous devons valoriser notre position géographique dans le Pacifique, mais également notre statut français et européen, qui apporte des garanties en matière de sécurité et de stabilité. La Nouvelle-Calédonie dispose aussi d'une autonomie très élargie dans différents domaines, liée à son statut institutionnel. Cela nous donne une agilité plus importante que celle des départements d'Outre-mer, qui dépendent davantage des décisions de l'État.

Nous avons également des infrastructures de qualité : l'un des plus grands ports français, un très bel aéroport, des équipements de santé, dont le Médipôle et des polycliniques, ainsi que de nombreuses installations sportives. Ce sont des éléments importants pour notre attractivité et notre qualité de vie.

Mais cette stratégie de promotion doit aussi s'accompagner de mesures fiscales. Nous travaillons notamment sur un texte prévoyant une baisse de l'impôt sur les sociétés, pour passer de 30 % à 23 %. Nous avons également des textes sur la suppression des droits de succession et de transmission, afin de favoriser l'arrivée de capitaux.

Nous préparons aussi des dispositifs fiscaux destinés à encourager l'installation de retraités disposant d'un fort pouvoir d'achat, à l'image de ce qui a pu être mis en place au Portugal.

Notre stratégie repose donc à la fois sur la valorisation des atouts existants et sur de nouveaux dispositifs fiscaux pour attirer les investisseurs. Le sommet que nous organisons en mars prochain [NDLR : Choose NC du 16 au 18 mars 2027] permettra de présenter cette feuille de route pour l'attractivité.

Vous êtes également chargé du commerce extérieur et de la souveraineté alimentaire. Comment entendez-vous renforcer les filières agricoles et agroalimentaires locales tout en développant les exportations calédoniennes ?

Notre priorité est de mieux identifier les filières sur lesquelles nous pouvons être compétitifs. Il faut parvenir à définir cinq ou six filières prioritaires plutôt que de vouloir en développer une vingtaine simultanément au risque de disperser nos moyens et de ne pas obtenir les résultats attendus.

Nous devons donc travailler avec les professionnels pour identifier les productions sur lesquelles nous avons de véritables atouts, mais aussi les débouchés commerciaux correspondants.

C'est un travail qui a été insuffisamment réalisé ces dernières années, notamment dans l'agroalimentaire. Nous souhaitons lancer des appels à manifestation d'intérêt pour favoriser l'installation de nouvelles industries agroalimentaires sur le territoire. L'objectif est d'augmenter les capacités de transformation et les volumes de production de nos filières.

Nous travaillons également sur une loi qui imposerait à la restauration collective de s'approvisionner en produits locaux. Cela permettrait de créer des débouchés supplémentaires et d'atteindre une taille critique pour certaines productions.

Enfin, nous devons identifier les filières qui disposent d'un potentiel à l'exportation. Nous travaillons notamment avec la Polynésie française sur des possibilités d'exportation de viande calédonienne. Je dois d'ailleurs retourner en Polynésie en décembre pour avancer sur ce sujet.

L'enjeu est de concentrer nos efforts sur les domaines dans lesquels nous pouvons réellement être performants, plutôt que de multiplier les initiatives sans parvenir à développer nos exportations.

Vous avez annoncé à Paris la tenue du premier sommet Choose NC, du 16 au 18 mars 2027 à Nouméa. À cinq mois de ce rendez-vous, qu'en attendez-vous concrètement ?

Cette première édition doit permettre de montrer le nouveau visage de la Nouvelle-Calédonie en matière d'attractivité. Nous voulons valoriser les différents atouts du territoire, mais surtout présenter les projets économiques pour lesquels nous recherchons des investisseurs.

Annonce du premier Sommet Choose NC © Outremers 360

L'idée est de faire venir des investisseurs européens, mais également de la zone Pacifique, et de les mettre en relation avec les porteurs de projets dans nos filières prioritaires : l'énergie, le numérique, la souveraineté alimentaire, le nickel et l'économie maritime.

Nous souhaitons que les porteurs de projets puissent présenter directement leurs besoins, qu'il s'agisse de capitaux, d'aides directes ou d'autres formes d'accompagnement.

Choose NC 2027 doit donc être une vitrine de la Nouvelle-Calédonie, mais il ne faut surtout pas que ce soit une simple opération de communication. Nous voulons en faire une véritable opération économique permettant de faire venir des investisseurs.

Ce sera également l'occasion de montrer ce que nous sommes capables d'exporter, notamment dans le secteur agroalimentaire. J'ai évoqué la viande, mais nous avons également d'excellents produits comme la crevette calédonienne ou encore le santal. Nous disposons aussi de possibilités dans la filière bois.

L'objectif est de mettre en valeur l'ensemble de ces opportunités pendant trois jours.

Comment envisagez-vous la Nouvelle-Calédonie à l'horizon 2030 ?

La refondation et la reconstruction économiques doivent embarquer tout le monde. C'est ce que nous essayons de construire aujourd'hui.

Nous avons collectivement décidé que la question institutionnelle ne devait plus être le sujet prioritaire. Nous trouverons un accord institutionnel lorsque nous parviendrons à un accord, mais aujourd'hui, nous devons avancer sur l'économie.

C'était tout le sens de la mission transpartisane à Paris et de notre déplacement à Choose Outre-mer, où nous avons réuni des représentants du secteur public et du secteur privé pour montrer les atouts de la Nouvelle-Calédonie.

Nous partageons cet objectif commun de faire redémarrer l'économie calédonienne. Cette ambition rassemble au-delà des partis politiques et au-delà des frontières entre les secteurs public et privé.

Je suis convaincu que 2027 sera l'année du redémarrage économique de la Nouvelle-Calédonie et qu'en 2030, nous serons en capacité d'avoir un territoire de nouveau engagé sur la voie de la prospérité.

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