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La Polynésie française découvre son champion du surf dans les années 2000. La vingtaine à peine, Michel Bourez fait forte impression à Hossegor, en éliminant les pontes de l’époque -Andy Irons et Kelly Slater notamment- lors de la Quiksilver Pro France, en septembre 2007. Depuis, le surfeur tahitien a occupé pendant plusieurs années le top 10 du classement mondial, jusqu’à participer aux premières épreuves olympiques de surf, en 2021 au Japon, et de quitter le circuit professionnel en 2024. Quelques jours après la sortie de son autobiographie, Michel Bourez s’est confié dans l’émission Transmissions d’Outremers360.

Ce n’est pas pour la compétition que Michel Bourez fait parler de lui ces dernières semaines, mais pour son autobiographie « Spartan », parue aux éditions Au Vent des Îles, et dans laquelle il se livre sans concession, avec l’aide du journaliste de l’Équipe David Michel.

« Ça fait plus de 15 ans qu'on se connaît. Un an après avoir pris ma retraite, il est venu me voir, m'a demandé si ça me disait de faire une autobiographie et de raconter un peu mon histoire. Il pensait qu'il y avait énormément de choses à raconter. J'ai tout de suite dit oui. C'était une bonne opportunité pour moi pour pouvoir un peu m'ouvrir au monde », raconte le surfeur, qui reconnaît la complexité de l’exercice. « Je suis quelqu'un qui n’est pas très ouvert (…), donc il faut avoir confiance avant tout. Le fait que je le connaisse très bien, qu’il soit devenu un bon ami aussi, facilitait un peu la relation ».

Le Spartan, comme il est surnommé sur le circuit mondial -un surnom qu’il doit à son ami Alain Riou-, est né sur l’île de Rurutu et arrive très jeune à Tahiti. C’est là, sur les côtes sud-ouest, que Michel Bourez s’éprend d’un coup de foudre avec les vagues. « J'ai grandi à Mataiea », raconte-t-il. Si la commune n’est pas connue pour ses spots de surf, Michel Bourez admire cette passe qui, lorsque les conditions le permettent, offre de belles vagues en bord de mer. Surtout, Mataiea est voisine de Papara. « Et à Papara, on trouve un des meilleurs « beach break » à Tahiti ».

Lire aussi : Avec son autobiographie Spartan, le surfeur tahitien Michel Bourez raconte « la vérité », souvent difficile, d’une carrière de sportif

Le passage de l’enfant qui surfe par plaisir au jeune professionnel se fait, pour Michel Bourez, « naturellement ». « J’ai été à l’école, j’ai été au lycée, j’ai eu mon bac mais j’ai bien vu que je n’étais pas fait pour les études. Ce n'est pas que je n'étais pas bon à l'école, c'est juste que je ne voulais pas... Ce n'était pas ce que je recherchais. Je me disais que j'avais un bon potentiel pour réussir dans le surf, alors pourquoi ne pas essayer et me donner les moyens de réussir ? Juste après le bac, à 17 ans, j'ai décidé de partir et de ne pas envoyer mes demandes pour aller à l'université. J'ai tenté ma chance comme ça, directement ».

Au regard de la carrière qui allait s’en suivre, il va sans dire que Michel Bourez a fait le bon choix. Mais encore faut-il s’accrocher et se lancer corps et âme, s’inscrire aux compétitions professionnelles pour gravir, succès après succès, les échelons : des compétitions locales aux régionales, puis des régionales aux internationales. Le graal pour un surfeur : intégrer le circuit de qualification du championnat du monde de surf qui permet d'atteindre le World Championship Tour (WCT). Michel Bourez est passé par cette étape à la fin des années 2000 pour finalement intégrer, dans les années 2010, le WCT, où il occupera plusieurs années d'affilée le top 10 des meilleurs de sa discipline.

« Dans la compétition, il n'y a plus personne, il n'y a plus d'amitié qui tienne »

« Tu fais partie des grands maintenant » se dit Michel Bourez, face à des Kelly Slater, Andy Irons ou encore Joel Parkinson, trois surfeurs qu’il avait éliminés en 2007 et 2008, lors des Quiksilver Pro France. « C'est vrai qu'au début, c'était un peu impressionnant de côtoyer les meilleurs mondiaux, surtout qu'on les idolâtrait. Mais à la fin, ils deviennent des amis avant tout. On a appris à se connaître et on ne fait plus la différence avec la personne et ce qu'elle représente. (…) Mais dans la compétition, il n'y a plus personne, il n'y a plus d'amitié qui tienne. C'est quelque chose que j'ai vite appris sur le tour parce qu'on était là pour gagner. Chacun est là pour essayer de remporter le titre à la fin de l'année ».

Avec son compatriote Jeremy Flores, Michel Bourez fait aussi partie des pionniers. En 2021, il participe aux JO de Tokyo, durant lesquels le surf fait ses tests en tant que discipline olympique, sur la plage de Kujūkuri. Si l’expérience est historique pour les 40 surfeuses et surfeurs sélectionnés, le contexte du covid-19 la rend particulière. « C'était compliqué, déjà, de s'y rendre », se souvient Michel Bourez. 

« Je crois qu'il y avait 80 pour cent de la population qui ne voulait pas faire les Jeux au Japon, mais le gouvernement a quand même décidé de les faire. Nous, on n'était pas dans le village olympique parce que c'est à deux heures de la compétition. On a décidé de rester dans un hôtel à dix minutes de la vague et de privilégier ce côté un peu plus renfermé : on était dans notre bulle, on ne voyait personne, on n'avait pas le droit de sortir (…). On faisait du point A au point B, et après du point B au point A, tous les jours », poursuit le surfeur tahitien. 

Paradoxalement, ce rythme ne s’éloigne pas de ce que Michel Bourez a connu dans ses années sur circuit professionnel. « C'est exactement ce qu'on fait d'habitude sur le World Tour. On n'est pas là pour aller visiter, on n'est pas là pour se faire des amis. On est là vraiment pour la compétition. C'est un travail avant tout ». La grosse différence vient finalement de l’absence totale de public. « Personne n'était là, il n'y avait personne pour t'encourager ou quoi que ce soit. Le site était immense, mais vide aussi en même temps ».

Lorsque les organisateurs de Paris 2024 et le CIO valident la vague de Teahupo’o comme théâtre des prochaines épreuves olympiques de surf, l’excitation s’empare des surfeuses et surfeurs professionnels. L’idée de décrocher une médaille olympique sur l’une des vagues les plus emblématiques de la discipline provoque une frénésie à laquelle Michel Bourez n’y échappe pas. Pourtant, le Tahitien ne pourra pas s’y qualifier, mais participe tout de même à l’aventure, en tant que commentateur pour une chaîne locale, mais aussi en amont.

« C'était hallucinant ! J'ai suivi le making-off des JO du début à la fin, parce que j'étais en interne aussi, je parlais un peu avec tout le monde pour que ça puisse se faire à Tahiti. Donc, pour moi, c'était un très gros objectif atteint pour nous, surtout en Polynésie, parce qu'on ne va sûrement jamais avoir les jeux chez nous » rappelle-t-il. Une « opportunité » aussi pour Tahiti de briller sous le drapeau tricolore. « C'est chez nous, on connaît bien la vague ». Mission accomplie pour la Polynésie, et surtout Kauli Vaast, médaillé d’or olympique.

Vu ainsi, la carrière d’un surfeur professionnel a tout pour faire rêver les plus jeunes, ceux qui aspirent à l’aventure, aux défis, aux luttes acharnés face aux plus belles vagues du monde. Mais Michel Bourez en est témoin ; la carrière de sportif de haut niveau est faite de haut et de bas, parfois beaucoup de bas. Le Tahitien n’y a pas échappé puisqu’après avoir quitté le circuit, il confie sans honte sa chute dans la dépression. Si dans son autobiographie, Michel Bourez n’hésite pas à évoquer ce passage à vide comme un témoignage à la jeunesse, encore faut-il s’en rendre compte et l’accepter à l’instant T. 

Michel Bourez raconte, avec ses mots, sa dépression : « À quel moment est-ce que tu te dis que là, ça ne va pas ? Quand tu commences à faire n'importe quoi, que tu n'as plus le contrôle de ce que tu fais, en fait, ou que tu ne fais pas les choses comme d'habitude. Tu as l'impression d'être perdu. Tu te dis que non, ça va aller. Tu essaies de t'en sortir, mais en fait, pas du tout. Tu commences aussi à t'éloigner de tout le monde, à t'isoler. Ça, ce n’est pas bon. Et puis, tu ne veux rien faire, il n’y a rien qui te donne envie de te lever le matin ». Il ajoute : « Si je n’avais pas eu mes enfants, ça aurait été beaucoup plus difficile. C'est eux qui me rattachaient à l'envie de me lever le matin ».

©Outremers360

Si la question de la santé mentale est de plus en plus abordée ; dans le monde sportif, où les athlètes de haut niveau sont rompus à la performance physique, le sujet est à peine évoqué. Il y a bien quelques exemples médiatisés -comme le cas de Florent Manaudou après les JO de Paris-, mais les prises de paroles sont encore rares. Un angle mort du monde sportif qui mériterait une réelle prise de conscience, car on ne peut pas d’un côté exiger des athlètes d’enchaîner les performances et de l’autre, négliger leur santé physique et mentale.

Prendre en compte la fin de carrière des sportifs

Et à l’instar de beaucoup de sportifs, Michel Bourez a, lui aussi, commencé par intérioriser son mal-être avant finalement de se confier. Parmi ses confidents, un confrère qui vivait la même épreuve. « Il a été deuxième mondial, il est venu avec sa famille à Tahiti et je les ai accueillis. On a bien discuté toute la journée. C'est bizarre parce que tous ceux qui ont arrêté le surf pro, ils sont partis en dépression. Il y a beaucoup qui se sont séparés de leur femme aussi. Il y en a qui sont revenus ensemble, il y en a d'autres pas du tout. Il y en a qui sont partis en cacahuètes complet et il y en a qui ont changé de vie ».

« C'était bizarre de l’entendre et de me dire que je ne suis pas seul. Tout le monde est passé par là et ça m'a fait du bien aussi de discuter J'étais avec quelqu'un qui a vécu la même chose que moi. Et tu vois que ce n'est pas quelque chose à prendre à la légère et il faut se préparer à ça. Tu ne peux pas arriver et te dire : Non, moi, ça va aller. En fait, pas du tout. Parce que du jour au lendemain, il y a tout qui s'arrête. Il n'y a plus d'objectif et il faut pouvoir rebondir sur ça et se concentrer sur autre chose », confie le Tahitien.

Pour lui, la fin de carrière est finalement « aussi importante que le début ». « C'est même plus important, parce que tu rentres dans une zone inconnue : tu es passé du niveau de stress ultime à plus de stress du tout. Et on doit se dire : « maintenant, qu'est-ce que je fais ? ». Il faut vraiment prendre ça en compte ».

Les jeunes surfeuses et surfeurs tahitiens « ont tout pour réussir »

Deux ans après cette épreuve, Michel Bourez assure avoir repris du plaisir, à réapprécier une « session de surf », et pose un regard enthousiaste sur la jeune génération, qu’il contribue aussi à former. « Il y a énormément de potentiel. Ils sont à peu près quatre garçons qui ont un très bon potentiel et beaucoup plus chez les filles. C'est ça qui est bien : on a beaucoup de diversité. Il y a Takihei Ellacott qui vient de faire le quatrième au championnat du monde », assure Michel Bourez. « C’est une génération qui côtoie les pros, comme Kauli Vaast. Ils les voient venir à Teahupo’o chaque année. Ils ont vu ce que j'ai fait et maintenant, je suis là pour leur raconter mon histoire. Ils ont tout pour réussir ».

C’est à travers son petit frère, Kévin Bourez, cadre à la Fédération Tahitienne de Surf, que Michel peut voir de près la formation des futures générations du surf tahitien. « La Fédération trouve les budgets pour pouvoir les déplacer, pour les coacher aussi en même temps. Du coup, ça facilite énormément leur carrière. C'est quelque chose que nous, on n'a jamais eu. Ils voient qu'ils ont le potentiel pour réussir, ils se donnent les moyens pour réussir et les parents sont derrière. Donc, il n'y a pas mieux ».

Michel Bourez veut aussi lancer une alerte à la jeunesse polynésienne : « faites attention à ce que vous faites ». « On a beaucoup de problèmes de drogue à Tahiti en ce moment. C'est un sujet qui est très compliqué pour nous », constate le surfeur. « Faites comme moi, n'essayez pas. Tout ira bien ! » et « si on vous propose, ne prenez pas. C'est aussi simple que ça », insiste-t-il. « Mettez-vous au sport, à fond, allez transpirer, allez travailler votre cardio, allez à la mer avec vos amis, profitez de la nature, c'est beau chez nous, et surtout, prenez soin de vos amis aussi, de votre famille, avancez dans votre vie et faites ce que vous aimez ».

Michel Bourez sera présent au 26ème Salon du Livre de Tahiti, qui aura lieu du 15 au 18 octobre prochain. L’occasion pour son public de rencontrer, échanger avec le surfeur, et découvrir davantage le monde sportif, souvent difficile, à travers sa carrière.