25ème congrès du pays Kanak en Nouvelle-Calédonie : Les coutumiers veulent que leur parole pèse

©Sénat coutumier

25ème congrès du pays Kanak en Nouvelle-Calédonie : Les coutumiers veulent que leur parole pèse

Les huit aires coutumières du pays sont réunies depuis ce vendredi 29 août pour deux jours de réflexion sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie et du Sénat coutumier. Samedi, le nouveau président sera désigné et l’institution coutumière annoncera sa position officielle sur le projet d’accord de Bougival. Un sujet de notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.

Vingt-cinq ans, « l’âge d’une génération », a rappelé Mahe Gowe, président sortant du Sénat coutumier, lors de son discours d’ouverture du 25e Congrès du pays Kanak ce matin. C’est l’âge de cette institution née de l’accord de Nouméa et qui souhaite aujourd’hui, à l’issue de ces cinq mandatures, peser davantage dans l’organisation politique et sociale du pays.

Pendant deux jours, vendredi 29 et samedi 30 août, les représentants coutumiers des huit pays kanak ont rendez-vous à Nouville pour dresser le bilan de ces vingt-cinq années, mais également se projeter dans l’avenir. « La coutume s’est toujours adaptée, mais la parole est restée la même, c’est bien pour ça qu’on est toujours là aujourd’hui », a rappelé le sénateur du pays Xârâcùù Yvon Kona lors du geste d’accueil, et le Sénat coutumier entend bien prendre une place plus importante dans la future organisation du pays post-accord de Nouméa.

« Nos propositions n’ont pas été considérées »

L’institution représentant les coutumiers souhaite que le « statut consultatif du Sénat coutumier évolue pour que la parole coutumière soit prise en compte de manière effective », a insisté Mahe Gowe. « Les propositions développées par le Sénat à partir des années 2010 n’ont pas été retenues, n’ont pas été considérées. Nous pensons honnêtement que cela aurait pu changer le cours des choses », estime le président sortant.

Il a également rappelé l’essence de son institution, « porter le combat de l’identité Kanak au niveau institutionnel », rappelant que le découpage coutumier actuel, issu de la colonisation « ne correspond en rien à notre réalité structurelle coutumière ». Un héritage colonial « qui nous a aguerris, nous avons développé cette capacité de résistance et de résilience. »

« Concilier préservation de votre culture et développement économique »

« Je suis convaincu que votre rôle va être très important pour accompagner les défis de ce nouveau chapitre de notre histoire commune », a tenu à rappeler Jacques Billant, le haut-commissaire. « Il s’agira à la fois de concilier la préservation de votre culture et les exigences de la valorisation territoriale et du développement économique. Je vous appelle donc à être les facilitateurs de cette mutation et les garants de votre identité, car je crois sincèrement que l’accord de Bougival permettra de poursuivre ce partenariat unique entre les droits et les devoirs citoyens, d’une part, et la coutume et l’invisible, d’autre part », a plaidé le représentant de l’État.

Position sur Bougival et nouveau président

Après une journée consacrée essentiellement à une réflexion sur Bougival, demain, les coutumiers se positionneront officiellement sur le projet d’accord signé le 12 juillet en région parisienne. L’accueil plutôt froid réservé au document au lendemain de sa signature ne laisse que peu de doutes sur ce positionnement : « L’accord de Bougival, de notre lecture, risque d’être un frein aux trajectoires fixées par l’accord de Nouméa et les accords précédents », rappelle Mahe Gowe. « Mais nous sommes ouverts à continuer à chercher une voie commune qui puisse satisfaire les uns et les autres. »

Autre temps fort de la journée de samedi, la désignation du nouveau président de l’institution. Ludovic Boula, sénateur de Drehu et actuel vice-président du Sénat, serait pressenti.

Julien Mazzoni pour Les Nouvelles Calédoniennes