Présentée cette semaine à Cayenne dans le cadre de la CTU ICT Week, une technologie d'échographie mammaire portable développée par le chercheur canadien Alexandre Saint-Vincent Villeneuve vise à faciliter l'accès au dépistage dans les communes isolées. Le dispositif, assisté par intelligence artificielle, permet d'acquérir des images sans connexion Internet. Focus grâce à l’interview du chercheur à l’origine de ce nouvel outil, par nos partenaires de Radio Péyi.
Chercheur en doctorat en intelligence artificielle appliquée à la détection du cancer du sein à l'Université du Québec à Montréal, Alexandre Saint-Vincent Villeneuve travaille sur cette technologie depuis 2021. Le dispositif est aujourd'hui commercialisé et a déjà fait l'objet d'un brevet. Il est notamment présent au Japon, aux Philippines et au Canada pour l'instant.
Sa conception répond notamment aux contraintes d'accès aux soins dans les territoires isolés. Là où les équipements d'imagerie traditionnels sont fixes et particulièrement lourds, cette machine ne pèse que 260 grammes.
« Cette machine, on change complètement de paradigme, c'est-à-dire qu'au lieu d'amener les patientes à l'hôpital, ce qu'on fait depuis maintenant mille six cents ans, on va plutôt amener les technologies vers les patientes. Avec cette machine, on peut bien sûr aller dans les communautés éloignées. Donc au lieu de venir à Kourou ou Cayenne, on peut aller directement vers eux. C'est un dispositif portable, échographique, assisté par l'intelligence artificielle. La volonté, c'était d'avoir un accès pour les communautés éloignées. Je voyais mal comment déplacer une machine d'une tonne, soit sur une moto, soit sur une pirogue. Donc il fallait revoir la conception de la machine. La machine, maintenant, elle pèse deux cent soixante grammes, c'est l'équivalent de votre smartphone », explique le chercheur.
Une acquisition des images en quelques secondes
Le dispositif repose sur une technologie échographique non invasive. Selon son concepteur, il permet d'acquérir plusieurs centaines d'images en quelques dizaines de secondes. L'intelligence artificielle intervient ensuite pour identifier d'éventuelles lésions.
« D'abord, la machine, elle est échographique, c'est-à-dire que c'est non invasif, sécuritaire à utiliser sur soi. Et puis la machine va prendre cent images par huit secondes. Et donc, avec trois bandes échographiques du sein, on peut aller chercher trois cents images en moins de trente secondes. Et peut-être que vous ne pouvez pas lire l'imagerie médicale. Par contre, l'intelligence artificielle, elle peut le faire pour vous. Et là, c'est très important, elle va venir identifier des lésions actuelles. Et ce n'est pas un diagnostic, donc ce n'est pas du tout pour remplacer les médecins, bien au contraire, c'est pour amener les patientes à l'hôpital avant qu'il soit trop tard », précise Alexandre Saint-Vincent Villeneuve.
Les images peuvent être transmises en Bluetooth vers un téléphone, une tablette ou un ordinateur portable. L'acquisition peut par ailleurs être réalisée sans connexion Internet, un élément présenté comme particulièrement adapté aux secteurs où l'accès au réseau peut être limité.
Dans le fonctionnement présenté par le chercheur, l'échographie pourrait être réalisée par une sage-femme ou une infirmière, sans nécessiter la présence immédiate d'un radiologue.
« L'idée, c'est d'avoir des cliniques de santé préventives qui sont directement situées dans les communautés éloignées. Une sage-femme ou une infirmière, donc on n'a pas besoin du médecin spécialiste, du radiologue. Et c'est bien important de comprendre que c'est un pré-diagnostic en amont. Et une fois qu'il y a des lésions actuelles, on amène les femmes dans le parcours traditionnel de santé ».
Un équipement annoncé à 15 000 euros
Le coût constitue également un élément mis en avant par le chercheur. Les équipements d'échographie traditionnels peuvent représenter plusieurs millions d'euros, selon Alexandre Saint-Vincent Villeneuve. Le dispositif portable est, lui, annoncé autour de 15 000 euros par unité.
« On peut penser aux machines traditionnelles, les grosses machines fixes à plusieurs millions d'euros. Donc, on a complètement redessiné la stratégie, à savoir d'avoir une machine beaucoup plus accessible pour les communautés éloignées. Elle va coûter beaucoup moins cher et on peut faire beaucoup plus. On est autour de 15 000 euros par machine, comparativement à plusieurs millions d'euros pour une machine traditionnelle ».
Le projet prévoit notamment l'utilisation de ces équipements dans des cliniques de santé préventives implantées directement dans les communautés éloignées.

