Consultante en communication, coprésidente du Centre des Jeunes Dirigeants de La Réunion (CJD ) et fondatrice d’Enjoy, la première cave sans alcool de son territoire, Olivia Morel multiplie les casquettes avec une conviction chevillée au corps : faire du marketing un outil utile au service de la transition. Celle qui se bat pour ouvrir l’entrepreneuriat aux jeunes illustre également que l’on peut bâtir une carrière d’impact sans quitter son île. Portrait d’une femme qui a choisi l’engagement comme modèle économique.
C’est en ce mois de décembre 2025 qu’Olivia et Julien Morel inaugurent le lancement d’Enjoy, leur cave 100 % sans alcool. Le couple est porté par un souhait : que tout le monde puisse trinquer à égalité pendant les fêtes de fin d’année. L’idée fait son chemin lorsqu’en 2024, enceinte, Olivia Morel découvre le concept dans l’Hexagone.
De retour à La Réunion, le constat s’impose : lors des fêtes de fin d’année, face au champagne des autres convives, aucune alternative adulte n’est proposée. « Quand on est adulte, à partir du moment où on ne boit pas d’alcool, qu’on ne souhaite pas en boire ou qu’on ne peut pas en boire, on est un peu exclu de la fête », résume-t-elle. Enjoy propose donc des boissons sans alcool et faibles en sucre. « L’objectif, c’est vraiment de pouvoir offrir à tout le monde, peu importe s’ils ont des soucis de santé, des convictions religieuses, ou l’envie de ne pas consommer de l’alcool, la possibilité de partager la fête », précise-t-elle.

Disponible pour le moment en ligne, la cave veut multiplier les événements ponctuels avant d’envisager l’ouverture d’un lieu physique en 2026. Pour construire son catalogue, le couple a contacté directement les producteurs spécialisés dans les vins et champagnes désalcoolisés. « J’ai trois fournisseurs qui ont été très rapides à me répondre et à me dire qu’ils étaient prêts à me suivre et à me faire confiance », témoigne Olivia Morel. Elle est toujours dans l’attente de potentiels fournisseurs belges, spécialisés dans la bière sans alcool.
Quand la communication devient un levier de transition
Avant Enjoy, il y a Green Marketing Réunion dans la vie professionnelle d’Olivia Morel. Le cabinet de conseil est lancé il y a quelques années, après qu’elle a démissionné de son poste de responsable de communication. Une rupture professionnelle assumée, portée par une volonté de transformer en profondeur les pratiques du secteur.
« L’idée, c’était de transformer le monde de la communication tel qu’on le connaissait et de pouvoir faire des campagnes plus vertueuses, plus engagées », explique-t-elle. La structure, labellisée Lucie Progress, label RSE accessible, aligné sur la norme internationale ISO 26000, depuis juillet 2024, accompagne entreprises, associations et médias dans la définition et la mise en œuvre de leur stratégie marketing et RSE. « Je voulais redonner un peu ses lettres de noblesse au marketing et faire quelque chose qui soit vraiment utile ».

Olivia Morel assure d’ailleurs depuis plusieurs années la gestion de projet du Trophée Entreprise & Territoire pour le compte d’Antenne Réunion et de la Confédération des petites et moyennes entreprises de La Réunion. Cet événement annuel récompense les entreprises et chefs d’entreprise pour leur engagement RSE, mettant en lumière ‘le dynamisme économique du territoire’. Une mission parfaitement alignée avec son fil rouge : contribuer à des projets ancrés dans leur territoire.
Mais c’est dans son rôle de mentor que l’engagement d’Olivia Morel prend peut-être tout son sens. Réinstallée depuis deux ans à Saint-Philippe, sa commune natale, elle intervient dans le collège qu’elle a fréquenté adolescente pour accompagner des élèves sur un projet de création d’entreprise via la structure Entreprendre pour Apprendre. « Je suis fière de pouvoir y revenir et de leur montrer que, même en habitant à Saint-Philippe, on peut évoluer à La Réunion, on peut créer son entreprise, on peut faire plein de choses. »
Ouvrir les possibles
Les jeunes sont une part importante de l’engagement d’Olivia Morel. « En 2021, quand j’ai intégré le CJD de La Réunion, dès le départ, l’idée était de créer des partenariats entre le monde de l’entreprise et les jeunes. Je voulais répondre à ce besoin que j’avais quand j’étais plus jeune », confie-t-elle. Un besoin né d’un manque : grandir dans une famille de fonctionnaires et d’enseignants, sans aucun entrepreneur dans son entourage, avec le sentiment que le monde de l’entreprise ne lui était pas destiné.

« À l’époque, on orientait plutôt les mauvais élèves dans les filières professionnelles. Moi, j’étais une bonne élève, donc c’était forcément les filières générales. Et puis, du coup, on ne parlait plus du tout d’entreprise », raconte-t-elle. Après son BTS, ses professeurs l’encouragent à poursuivre ses études dans l’Hexagone, mais elle refuse d’imposer à ses parents ce coût. Elle poursuit donc son cursus entièrement à La Réunion. « Au début, c’était compliqué. J’avais cette impression que je devais faire plus pour montrer que j’étais tout autant capable que quelqu’un qui avait étudié ailleurs ». En 2024, elle est élue coprésidente du CJD de La Réunion.
Les quelque 60 adhérents répartis en deux sections sur l’île bénéficient de formations mensuelles ou encore de temps d’échange collectif pour prendre du recul sur leur activité. « Un chef d’entreprise qui est épanoui, qui prend du temps pour soi, c’est un chef d’entreprise qui peut prendre soin de ses salariés et faire grandir son entreprise ». Son mandat s’achèvera mi-2026. « On prépare une grande conférence avec un invité prestigieux pour clôturer cette mandature et permettre aussi au public de découvrir notre structure. »























